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Sortie de crise : De la nécessité de voir plus loin et plus fort que les organisations syndicales et les élus !

Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c’est Jean Marie Nol, économiste  qui nous soumet son billet.

En Guadeloupe, la science a perdu son innocence. La défiance à l’égard des recherches nouvelles sur les vaccins et de leurs retombées s’est amplifiée avec l’apparition de l’obligation vaccinale. Et les craintes sont fortes, comme le montre les résistances aux décisions des autorités étatiques. Cette situation de nature anxiogène est en passe de renforcer l’obscurantisme ambiant en Guadeloupe. Le progrès fait peur. Pourtant il nous fait avancer, évoluer, et nous permet de nous adapter à un monde qui se transforme à une vitesse accélérée. Le vif débat sur l’obligation vaccinale et le pass sanitaire, toujours en cours en Guadeloupe, nous rappelait récemment que l’évolution des technologies nous force à être de plus en plus pragmatiques et surtout nettement plus intelligents. Le progrès a deux moteurs, la science et la technologie. La science, c’est le savoir, un savoir acquis et stabilisé. La technologie, c’est ce qu’on fait avec ce savoir, c’est l’utilisation de ce savoir. Quand on construit la science, on passe par une étape où l’on est entre le savoir et ce qu’on ne sait pas, on est à la frontière de la science. Et c’est là qu’intervient la recherche qui est sans conteste à l’origine de l’extraordinaire mutation de la société. Les Guadeloupéens ont grandement tort de s’arcbouter sur une vision passéiste et manichéenne de la société créole, car demain ils prennent le risque de devenir des parias dans la mesure où le monde scientifique est en effet à l’aube d’une véritable révolution technologique. Moults exemples campent aujourd’hui le décor des avancées scientifiques dans notre société. Ainsi, en est-il de l’intelligence artificielle, qui comme l’intelligence humaine, fonctionne grâce à l’interconnexion d’un réseau de neurones. … Grâce à cette interconnexion de neurones artificiels, l’intelligence artificielle va à l’aide d’algorithmes se rapprocher au plus près du fonctionnement du cerveau humain.  Ainsi, Alexa, l’assistant vocal créé par Amazon, est capable d’interaction vocale, de lire seule de la musique, ouvrir la télé à la voix , allumer les lumières, faire des listes de tâches, régler des alarmes, lire des podcasts et des livres audio, et donner la météo, le trafic et d’autres informations en temps réel. Alexa peut également contrôler plusieurs appareils intelligents en faisant office de hub domotique. Cette technologie nous permet d’obtenir d’un appareil un ensemble de services, de réponses ou d’actions sur d’autres objets connectés, simplement par la voix. Alexa est le « cerveau » de la technologie. D’autre part, les robots de Google qui calculent le chemin optimal pour aller travailler, thermostat, climatiseur et autre objet connecté… L’intelligence artificielle est de plus en plus présente dans notre environnement. Elle est partout même si vous ne la voyez pas encore de façon concrète en Guadeloupe. Elle vous propose des films sur Netflix, elle vous crée une sélection musicale sur Spotify, elle vous propose des itinéraires sur Google Maps et elle bat votre radiologue dans la détection de tumeurs. Ainsi, une intelligence artificielle peut apprendre a? distinguer les maladies et en de?duire, par ge?ne?ralisation un diagnostic très fiable et beaucoup plus précis qu’un médecin.  L’utilisation de l’intelligence artificielle permet également de concevoir des voitures autonomes en matière de conduite. L’IA permet également de détecter les marquages au sol correspondant, par exemple, aux voies, aux bords de route, aux barrières. L’IA est aussi capable d’identifier et d’interpréter les panneaux de signalisation, et les feux de circulation. De plus, elle peut écrire automatiquement des articles de presse, faire circuler des voitures autonomes sans aucun conducteur, diagnostiquer les maladies, repérer les tendances sur les réseaux sociaux, recommander des contenus ou repérer les faux : l’intelligence artificielle promet des avancées qui pourraient modifier profondément la société guadeloupéenne. En libérant les salariés d’un certain nombre de tâches répétitives et automatisables, l’IA va leur permettre de devenir plus productifs mais aussi plus créatifs : elle devrait entraîner un doublement, ou presque, de la croissance économique de la France d’ici à 2035. L’autre exemple de disruption majeure dans l’évolution de la société se situe dans le secteur de l’énergie. Dans la recherche d’une source d’énergie fiable illimitée et sans carbone, des scientifiques du monde entier sont en train de générer de l’énergie par la fusion nucléaire et non pas la fission nucléaire.  Le projet ITER élaboré par un consortium représentant 35 pays et qualifié de “plus grand projet scientifique mondial actuel”, vient de franchir un pas historique dans la production d’une énergie du futur, inépuisable et créée par la fusion nucléaire. Imaginez un monde où non seulement le pétrole n’a plus d’intérêt, mais où les centrales nucléaires aussi sont obsolètes. Et même où le solaire, l’éolien seront déjà dépassés pour produire de l’électricité en Guadeloupe. Ce monde est en train d’être inventé avec l’énergie du futur, la fusion, celle qui pourrait remplacer toutes les autres.  Dans les prochaines années, les scientifiques et les ingénieurs devraient mettre au point les premières centrales à fusion, qui feront, disent-ils, la taille d’un terrain de tennis. Leur déploiement dans le Monde et notamment aussi en Guadeloupe pourrait commencer dès la prochaine décennie, dans les années 2030. Les technologies révolutionnent en effet notre environnement et nous poussent à développer de nouvelles voies de réflexion. En ce sens , il faut saluer la présentation d’une plateforme de propositions de sortie de crise des élus Guadeloupéens et qui se chiffre à près d’un milliard d’euros avec toutefois il faut le noter une participation financière de l’État à hauteur de 480 millions d’euros . Oui, force est de constater que l’exercice est salutaire et honore l’action des élus Guadeloupéens pour une sortie de crise. Mais la question se pose de savoir si l’État va suivre le mouvement, car le constat dressé par nous dans un article précédent ,montre l’ampleur du redressement des comptes publics de la France qu’il va falloir opérer si le futur chef de l’État entend stabiliser la dette publique à la fin de son mandat. Car pour l’heure, les dépenses publiques augmentent vite. Trop ? Entre 2019 et fin 2022, constatent les magistrats financiers de la cour des comptes, celles-ci auront progressé de deux points de PIB, de 53,8 % du PIB à 55,7 %, soit environ 50 milliards d’euros. Cela reflète évidemment l’impact du « quoi qu’il en coûte décrété par Emmanuel Macron. Mais qu’en sera-t-il pour le bouclage du plan financier des élus Guadeloupéens, sachant que dixit la cour des comptes, il faudra faire 9 milliards  d’économies par an pour ramener le déficit budgétaire à 3% en 2027?

Pour autant, nonobstant cette avancée significative pour une résolution du conflit actuel avec les organisations syndicales , il convient à mon sens de voir beaucoup plus loin que la résolution formelle du hiatus de l’obligation vaccinale et des problèmes sociaux qui se posent à court terme au sein de la société guadeloupéenne.

De nombreuses prospectives alimentent le débat sur l’évolution technologique de notre société, et mettent en lumière les compétences qui feront la différence sur le marché du travail de demain en Guadeloupe. Quelles sont les mutations à venir ? Quelles doivent être les priorités en termes d’enjeux de développement économique et donc des compétences ?

Comment allons nous travailler demain ? Quel avenir pour le salariat ? Comment la digitalisation, la robotisation, l’intelligence artificielle vont -t-elles modifier le marché du travail en Guadeloupe ?

L’introduction de la technologie peut avoir comme conséquence de baisser les salaires et même de détériorer les conditions de travail parce que la partie de l’automatisation effectuée par les machines va réduire la qualification du travail, et donc amener à une déqualification des personnes, et probablement à une baisse des salaires et, en même temps, le fait de mettre en place des systèmes automatisés risque de réduire les conditions de travail de la personne humaine, qui deviendrait guidée, esclave de la machine, et ce avec pour conséquence l’émergence de nouvelles tensions sociétales et sociales en Guadeloupe.

Aujourd’hui, la Guadeloupe est face aux nouveaux défis comme le changement climatique, la transition écologique, et les nouvelles technologies telles que la digitalisation des tâches et l’intelligence artificielle. Et le problème est qu’en Guadeloupe, les dangers à terme d’une économie sous perfusion publique sont occultés par nos responsables politiques. Nous mettons d’ores et déjà en garde un petit pays comme la Guadeloupe trop dépendant des emplois du secteur tertiaire. Ces derniers emplois sont d’après L’organisation international du travail (OIT) virtuellement menacés de déclassement par la numérisation, l’intelligence artificielle, et la robotisation d’ici une décennie.

La Guadeloupe est menacée du fait d’une trop grande vulnérabilité aux emplois du secteur tertiaire.

Les financements publics extérieurs, l’État et les institutions publiques représentent près de 90% du PIB de la Guadeloupe selon l’AFP. L’économie dépend des fonds publics par le biais des dépenses d’investissement, des dépenses de solidarité et des salaires des agents publics. Ceci est d’autant plus vrai que l’activité primaire et secondaire en est elle-même largement dépendante. Nous réitérons le fait que les transferts publics de la sur-rémunération des fonctionnaires en provenance de l’Hexagone tirent vers le haut les prix, alimentent l’assistanat, et empêchent la diversification vers une économie de production parce que le système subventionne de la consommation et non pas de l’investissement.

Tout l’enjeu est non pas de dépenser plus en projets de court terme , mais de rediriger l’argent en direction de l’investissement au lieu de surpayer les fonctionnaires notamment territoriaux au risque d’une profonde crise de la trésorerie des collectivités locales de Guadeloupe . Cet argent public doit donc être fléché vers le secteur de la production. L’on constate ainsi qu’il existe peu d’emplois par rapport à la population en âge de travailler et surtout des emplois moins productifs.

Les secteurs à forte valeur ajoutée étant peu développés en Guadeloupe, les emplois sont moins productifs. En fait, les emplois actuels en Guadeloupe ne sont pas à forte valeur ajoutée et donc risque de disparaitre à la fin de la décennie à venir avec la robotique. Désormais, il faut arrêter de tergiverser et prendre acte que nous ne pouvons plus faire reposer la croissance, le progrès, notre avenir sur les contingences du passé de la départementalisation.

Les facteurs qui concourent au fonctionnement actuel du système économique ne répondent pas aux besoins de la société guadeloupéenne. Le risque prégnant est de laisser sur le côté du chemin dans quelques années des dizaines de milliers d’individus. C’est que le socle culturel de la société guadeloupéenne ne répond plus aux enjeux de demain !

Il y a donc urgence à redéfinir les missions que notre pays confie à son économie et surtout à son école et université en matière de préparation de l’avenir, il y a urgence à réaffirmer le rôle déterminant de l’éducation en tant que creuset des valeurs de réussite , il y a urgence à donner davantage de cohérence à l’action des différents acteurs qui interviennent dans le champ éducatif, il y a urgence à effacer les traces de 10 ans de dénigrement systématique de l’entreprise et de casse d’un service public de proximité par ailleurs représenté par des collectivités locales exangues financièrement, pourtant si essentiel …

Nous devons donc remettre en question nos certitudes et changer de modèle de société. La révolution robotique et singulièrement numérique qui nous attend va remplacer en Guadeloupe près de la moitié de la population active par des machines à horizon 2030. Un bouleversement potentiellement catastrophique qui aggravera la pauvreté et les inégalités aux Antilles. Lors de nos nombreux articles sur la question, nous n’avons eu de cesse d’insister sur la nécessité de s’adapter au monde en mutation dans lequel nous vivons. Que ce soit au niveau mondial, national, régional et local. L’adaptation et la formation aux compétences du futur représentent un enjeu crucial pour les entreprises guadeloupéennes, qui ne doivent pas se laisser distancer par la concurrence et au contraire continuer à attirer les talents. Ces dernières années, l’espérance de vie d’une compétence est ainsi passée de 30 à 6 ans en moyenne. La population active, à l’horizon 2030, exercera à 85 % des métiers ou des fonctions qui n’existent pas encore. Au vu de ce constat, il est nécessaire pour chaque talent de travailler dès aujourd’hui les compétences qui maintiendront leur employabilité, et qui les aideront à être plus épanouis dans leur travail.

Pour nous, la Guadeloupe est ainsi face à de nombreux défis à relever, pour lesquels elle n’a malheureusement pas beaucoup d’atouts. Je suis totalement dubitatif pour l’avenir, car avec la crise sanitaire du Covld, le monde a changé d’échelle et ça les Antillais ne l’ont pas encore bien compris. Un domaine cristallise le malaise des Guadeloupéens : c’est l’insuffisance du niveau de formation requis dans l’économie mondialisée du savoir. Notre grand gâchis, il est là !  Demain, un grand nombre de travailleurs seront laissés au bord du chemin, du fait non seulement de la crise économique et sociale, mais également en raison de la révolution numérique ,de la robotisation, et l’intelligence artificielle . Il s’agit de ceux qui se situent au milieu de la hiérarchie sociale. Les conséquences sociales, et on le voit aujourd’hui politiques, de ces transformations seront radicales. Nous sommes encore loin d’accroître notre capacité à apporter un regard nouveau sur des questions nouvelles.

Les classes moyennes se sentiront déclassées, car elles ne pourront capter qu’une part infime de la valeur qui sera créée ces prochaines années. Qui plus est l’austérité à venir découlant de la crise de la dette et le blocage de l’ascenseur social ne permettra pas une projection sur les générations qui suivent et donc un appauvrissement attendu de notre territoire. Les hommes politiques de la Guadeloupe se doivent de réagir avant qu’il ne soit trop tard et pour ce faire, ils doivent impérativement se doter d’une vision prospective et anticiper le processus de dérèglement de l’économie pour prévenir le chaos annoncé du marché du travail en Guadeloupe.

« Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous » (Aristote, philosophe grec)

Jean-Marie Nol économiste

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