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Politique : Chronique d’une abstention annoncée

L’événement est passé quasi inaperçu le week-end dernier. Il y avait des élections politiques en Guadeloupe ! Il s’agissait bien évidemment des élections départementales partielles dans les cantons de Abymes1, Baie-Mahault 1 et Baie-Mahault 2.

Rappelons que les élections dans ces trois cantons avaient été annulées suite à un imbroglio administratif. En effet, les binômes arrivés en tête avaient été déclarés élus alors qu’aucun d’entre eux n’avait atteint la barre fatidique des 25 % des inscrits.

Le positionnement des élections Départementales et Régionales à la fin du mois de juin et la situation sanitaire perdurant, avaient sans doute disait-on émousser l’engouement populaire autour de ces élections locales. Que nenni !

La crise du politique va de pair avec une défiance, et se traduit par un désintérêt des attentes en politiques. Sé biten a yo, an pa ka déplasé. De ce fait, aucun binôme dans toute la Guadeloupe n’était parvenu à atteindre le quart des inscrits.

On avait donc assisté à une situation quelque peu rocambolesque puisque la Préfecture au vu des procès-verbaux déclarant ces trois binômes élus, avait dû refuser l’inscription des binômes pour le second tour, laissant ainsi au Tribunal administratif de Basse-Terre le soin d’annuler ces élections.

Mais entre-temps, les trois binômes ayant été élus officiellement ont pu participer aux affaires du Département et même participer à l’élection du président. Encore plus singulier, le président élu, Guy LOSBAR fait partie des binômes invalidés par la suite.

Du coup, ces élections partielles doivent tout simplement permettre de remettre les pendules à l’heure. Mais, la situation sanitaire ne s’est pas améliorée depuis le mois de juin. Bien au contraire. La 4e vague est passée par-là faisant des centaines de victimes.

L’instauration du passe sanitaire et la réticence d’une partie des soignants à se soumettre à l’obligation vaccinale ont divisé encore le champ social. Les hôpitaux sont le siège d’une guérilla sociale sans précédent.

La vaccination dans l’ensemble de la population est quasiment au point mort alors que se profile le retour des vacanciers et touristes pour le début de la haute saison d’une part et que la relance économique est incertaine.

En plus, ces trois scrutins ont lieu, le jour même de la dernière étape du 70e Tour cycliste de la Guadeloupe. Mais peut-on attribuer à cette conjonction d’évènements — aussi prégnants soient-ils — cette chronique d’une abstention annoncée. Et ce, même s’il est vrai que sur le plan médiatique, cette élection partielle, entrant aussi en concurrence avec la bataille pour la CCI, était remisée à la portion congrue.

Toutefois, même dans une démocratie tropicale, quand la légitimité du pouvoir vient de l’électeur, il faut quand même s’interroger sur cette abstention persistante.

Certes les raisons citées plus haut, ont pu occuper un espace psychique expliquant un repli « thérapeutique » sur ses propres préoccupations. Néanmoins, ne nous voilons pas la face, car il existe depuis plusieurs années une tendance à la baisse de la participation aux différents scrutins.

Si, jusqu’alors les scrutins locaux n’étaient que peu impactés par cette baisse, ce n’est clairement plus le cas aujourd’hui. Car dans le canton de Baie-Mahault 1 où le seul binôme qui se présentait, conduit par le maire de la commune Hélène POLIFONTE, ne recueille que 10,5 % des électeurs inscrits.

Autant dire que la représentativité de ce binôme qui sera élu dimanche prochain en prend un coup en matière de légitimité. C’est le cas également dans les autres cantons. À Baie-Mahault 2, le président sortant du Département, chef du premier parti de Guadeloupe et allié du président de Région, Guy LOSBAR, se représentait. Son binôme qui virait largement en tête ne mobilisait pourtant que 10,8 % des inscrits. Loin donc d’un engouement marquant cette fusion, cette confiance inébranlable entre l’élu et le peuple. Mais que dire à Abymes 1 pour le binôme FAITHFUL/RAUZDUEL arrivé en tête dans cette triangulaire (en augmentant son pourcentage par rapport à juin dernier) qui ne mobilise sur son nom que de 9,7 % des inscrits.

Aurait-on touché le fond ?

Au moment où divers mouvements de revendications d’une gouvernance locale semblent faire consensus, on peut donc s’interroger sur le poids réel des politiques en Guadeloupe. Cette désaffection durable exprime-t-elle un authentique déni de représentativité pour nos élus et pire de leur efficacité, quand il faut se remettre davantage à Paris et/ou à Bruxelles, alors que certaines compétences sont de leur ressort ? Faut-il croire que les Guadeloupéens si déboussolés, aient perdu la foi dans la politique ?

La confiance cela se mérite et ne se décrète pas. Mais la démission n’est pas la solution. Car toutes ces questions qui impactent notre quotidien et impacteront notre futur, requièrent des réponses des politiques. Car la politique c’est aussi un choix, un engagement partagé, sur des valeurs et des ambitions. Au-delà des partis, la Politique (avec un grand P), c’est l’affaire aussi de la société civile, des chercheurs et autres politologues, sociologues et philosophes.

Cette situation de grande « solitude » des élus ne peut et ne doit plus s’aggraver sauf à prendre le risque de plonger dans une sorte de vide démocratique. Et l’on sait qu’en la matière, la nature a horreur du vide. Et ils sont si nombreux, si pressés d’occuper l’espace ! Suivez mon regard !

RJC

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