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Yves Leopold Monthieux

L’inertie créatrice des nationalistes martiniquais.

Pawol Lib (Libre Propos) est une rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c’est Yves Leopold Monthieux, qui nous soumet son billet.

Les nationalistes n’ayant pas eu la faveur du peuple, leur vieux slogan « élection piège à cons » s’était avéré inefficace, il a disparu. C’était aux temps de la démocratie triomphante où l’abstention aux élections était au plus bas. Aujourd’hui que les citoyens boudent les urnes, il est tentant pour les révolutionnaires d’y voir la réponse tardive à leurs vœux d’antan. C’est ce qui ressort de la production récente d’un militant nationaliste martiniquais.

Ainsi, par ces temps difficiles de la démocratie, l’abstention galopante leur apparaît comme une aubaine qu’il suffit pour s’en approprier de la déclarer « méritoire », militante, nationaliste, révolutionnaire, bref, vertueuse : des bons mots qui ne mangent pas de pain. Ils regrettent simplement que l’abstention-aubaine ne soit pas plus grande encore, faute pour les ennemis de la révolution que sont les « grands médias [de donner] la parole aux forces appelant à ne pas voter ». La bataille devrait donc se poursuivre en dormant par des révolutionnaires qui peuvent ainsi s’économiser un « maquis dans les Pitons du Carbet », comme le suggère un rebelle du nationalisme martiniquais. A défaut de combat, on se contente de faire semblant d’être les programmateurs de ce rétrécissement de la démocratie.

Revenons sur terre, ce phénomène abstentionniste ne se laisse pas saisir. Le mouvement n’est pas que martiniquais même si les circonstances particulières liées à l’activisme, au complotisme anti-vaccinal et autres catastrophes sanitaires, ainsi qu’à la « déconstruction » du citoyen martiniquais, en renforcent l’acuité. Toutes les vieilles démocraties en souffrent : les USA, le Royaume-Uni ainsi que la France et, avec elle, la petite « colonie » que s’estime être encore la Martinique.

Autre illusion de l’inertie créatrice de la révolution martiniquaise, il est hallucinant de lire « qu’aucune force politique française ne joue un rôle majeur dans la vie (même factice) politique martiniquaise ». C’est, au-delà de la sémantique, le contraire de ce que les indépendantistes et autonomistes dénoncent et qui justifie leur existence : tout remonte au gouvernement français. Or, d’où viennent les membres du gouvernement sinon des partis politiques nationaux ? Pas plus que la distance manifestée à l’égard de l’Etat par le refus d’accéder à des postes ministériels, l’autonomie des partis politiques locaux et la prétendue « césure entre la situation de la Martinique et celle de France » n’ont apporté de progrès à la situation des Martiniquais. Voire.

Ces postures pourraient avoir l’effet inverse si l’on considère l’évolution comparée du PIB de la Martinique et la Guadeloupe qui ne suivent pas le même chemin. En effet, le « marxisme révolutionnaire » martiniquais ne réussit pas à cacher ce que le nationaliste déjà cité nomme « l’aplat-ventrisme assimilationniste, tant des Autonomistes que des Indépendantistes ».

Fort-de-France, le 22 juin 2022

Yves-Léopold Monthieux

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