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La revanche de « l’ancien monde »

Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c’est Didier Destouches, Maitre de conférences à l’université des Antilles  qui nous soumet son billet.

La République en Marche a sévèrement échoué dans toutes les régions et termine en dernière position de ce second tour des régionales.

Les suites de cette tentative ratée d’implantation locale, après des municipales catastrophiques, vont être une campagne très solitaire du président Macron pour sa réélection éventuelle dans quelques mois. LAREM ne représentant désormais qu’un pourcentage très et trop réduit des suffrages du corps électoral hexagonal.

L’avenir est presque identique pour sa rivale Marine Le Pen, patronne du Rassemblement National, qui contre de nombreuses attentes, et de nombreux sondages ; subit un revers électoral retentissant que n’explique pas seulement la très forte abstention. Les français ont clairement et violemment refusé la bipolarisation Macron/Le Pen de la vie politique.

Dans le même temps, la gauche expérimente avec un succès très mitigé l’union nouvelle de la gauche, tandis que Les Républicains réussissent à se positionner (comme d’habitude) à la fois comme première force politique de France (au niveau territorial) et à la fois comme seul adversaire politique crédible du RN et de LaRem. Il leur reste à trouver leur leader, malgré la stratégie médiatique efficace de Xavier Bertrand pour barrer la route à Pécresse et Wauquiez. La dynamique du macronisme, tant d’un point de vue structurel qu’idéologique, semble avoir atteint ses limites électorales.

Le président n’a ni second couteaux d’envergure, ni troupe d’élus (hormis la coalition à l’Assemblée nationale), ni ancrage local, ni parti solide et conquérant. Mais il reste en terme de popularité, présidentiable et presque favori à ce stade.

L’abstention reflète le manque d’incarnation de l’offre politique dans des élus qui depuis la dilution des anciennes idéologies structurantes de la Démocratie française (socialisme, communisme, gaullisme), ont beaucoup de mal à donner de la chair et de la consistance à leurs visions, à leurs idées et à leurs programmes. Ils ne sont plus audibles et ne sont plus convaincants.

Cette double lacune est renforcée par le contexte anxiogène de la mondialisation mais aussi par les bombardements critiques permanents que subissent les élus à travers les réseaux sociaux ; et les scandales judiciaires qui concernent certains d’entre eux. La gestion compliquée, décevante et cacophonique de la pandémie en France a accéléré la distanciation civique entre les élus et les citoyens.

Manifestement, le résultat du second tour des régionales lance la campagne présidentielle. Et force est de constater que “l’ancien monde” avec ses vieux partis, ses réseaux et ses ficelles tient sa revanche. Mais la crise sanitaire n’est pas qu’économique et sociale. Elle est aussi démocratique.

Didier DESTOUCHES

Universitaire et essayiste

Auteur de « la République à bout de souffle »

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