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Société civile et politique en Guadeloupe

11 Aoû 2020
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Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c'est Didier Destouches, qui nous soumet son billet.

Si quelques observateurs dont je fais partie théorisent et plaident sans relâche pour une plus grande participation politique (électorale et a-électorale) de la société civile, c'est parce qu'elle est de fait la seule force sociale motrice dans des contextes de pénurie d'infrastructures, de paupérisation, de crises.

On le voit dans le chaos libanais actuel dans lequel la société civile ne peut que prendre les choses en main pour subvenir aux premiers besoins (eau, alimentation, électricité, etc...) face à l'incommensurable faillite de l'Etat. Dans notre archipel, nous sommes dans une certaine mesure confronté à de graves lacunes publiques accumulées face à des problématiques de plus en plus imposantes: Eau, Chlordécone, Sargasses, Atlantide financier des collectivités, chômage, Diabète et autres maladies, assainissement et gestion des déchets...

L'appel à consommer local n'est pas l'unique solution. Il faut aussi un appel au fonctionner local. C'est dans l'intelligence collective des organisations de consommateurs, dans les collectifs de citoyens que des solutions alternatives et innovantes peuvent émerger et nourrir les décisions des élus mais aussi des décideurs publics et semi-publics.

A l'inverse du Liban, il ne faut pas attendre qu'il soit trop tard et que le Péyi Gwadloup ne soit ravagé par une certaine classe politique de plus en plus impuissante qui confond développement et redistribution, progrès et confort matériel, soutien démocratique et clientélisme, et une certaine élite économique locale qui sous prétexte de lutte contre le chômage et effet d'entraînement économique maintient une domination monopolistique dans les domaines du commerce, du tourisme et de la consommation de masse.

Comme l’indique M. Alain Plaisir dans son dernier billet intitulé Guadeloupe: le mal développement : « ce n’est pas la création de richesses qui permet le financement des collectivités, mais bel et bien la consommation de produits importés.

Le libre-échange au niveau du commerce international, imposé par l’Union Européenne porte un coup mortel à notre production alimentaire et agro alimentaire. Dans ces conditions, le chômage touche plus de 25% de la population active et près de 60% des moins de 25 ans. ».

La mise en place consciente d'un nouveau contrat social guadeloupéen est un impératif que doit regarder en face les élus et l'ensemble des citoyens  et plus particulièrement les leaders d'opinion et les « créacteurs » locaux.

Un contrat social et politique pour proposer l'intégration de la société civile dans les processus de décision publique, un recalibrage de l'intervention publique vers un meilleur soutien à la production et à la protection de produits locaux, un nouveau cadre statutaire d'autonomie législative pour un pouvoir décisionnel concret dans des domaines déterminés et prioritaires, une politique effective de coopération internationale, et de nouvelles formes de solidarités économiques, écologiques et sociales.

Voilà la vraie voie de la responsabilité locale, par l'action collective et en toute lucidité dans le contexte de crises actuel.

Didier Destouches

Universitaire et essayiste

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Didier Destouches

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