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« Une certaine idée de l’hospitalité à la française »

11 Mai 2020 Laurence Maquiaba
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Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, le groupe Ansanm pou nou menm qui nous soumet leur billet.

« Une certaine idée de l’hospitalité à la française »... c’est avec cette formule légère que le Préfet a expliqué les choix des autorités quand à la gestion du Coronavirus en Guadeloupe. Des choix qui interpellent à plus d’un titre. A l’heure où nous écrivons ces lignes ce sont pas moins de 27 cas de guadeloupéens atteints du COVID-19 qui sont officiellement connus... 102 pour une île qui compte seulement 390000 habitants . Faut-il rappeler que la Guadeloupe n’est pas assez outillée en offre de santé? Faut-il rappeler la population vieillissante?

Pourtant, dès le 27 février, le président de région a organisé, en concertation avec le Préfet, la présidente du Conseil Départemental et la Directrice de l’ARS une rencontre à laquelle étaient conviés des parlementaires, des présidents des communautés d’agglomération, de personnalités du monde médical, des autorités sanitaires et des organisations socio-économiques. Ary Chalus a exprimé sa vive préoccupation face à l'arrivée imminente d'avions provenant de zones contaminées par le coronavirus. Rappelons qu’à cette date, il n’y avait aucun cas en Guadeloupe et même si la prise de position, forte a été moquée ou perçue comme à l’emporte pièce, il s’avère aujourd’hui, avec cruauté qu’elle était parfaitement justifiée (Malheureusement une position qui s’est effacée devant le diktat d’un état distant de 8000 km loin de nos réalités).

Ainsi malgré les alertes, malgré les questionnements de la population, des risques insensés ont été pris. Dès le 26 Février 2020, certains ports de la Caraïbe ont commencé à refuser les accostages de bateaux de croisière, quand dans le même temps l’arrivée de 200 touristes italiens pour une croisière était autorisée et facilitée le 10 Mars en Guadeloupe! Des passagers provenant de Milan à la faveur du dernier vol avant la mise en quarantaine de la Ville, déjà connue comme foyer majeur de contamination.

Quelle impérieuse nécessité explique cette prise de risques quand les voix se sont très vite élevées contre ce débarquement? Quelle logique économique prime quand on sait que la fermeture de la plupart des ports de la Caraïbes (dès février), les conduiraient à errer en Mer des Caraïbes sans but?

Pire, avec nonchalance, le Préfet explique le 16 Mars 2020 qu’aucune prise de température n’était effectuée, qu’une simple information était transmise aux passagers quand depuis le mois de Février l’ARS demande de lui faire confiance et exhorte à la responsabilité et au civisme des Guadeloupéens. De même, les vols acheminant des touristes avides de plages et farniente se posent encore sans qu’aucune consigne ne soit donnée et qu’aucune précaution sanitaire ne soit prise à l’arrivée ... autre qu’une information. Les guadeloupéens exposés reçoivent des brochures! Et quand les maires de Marie-Galante, prennent courageusement les dispositions qui s’imposent leur action est mise à mal.

Désormais, la Préfecture découvre la possibilité d’imposer une quatorzaine stricte.
Quand on fait le ratio par habitant, la Guadeloupe et la Martinique, sont les 2 pays de la caraïbe enregistrant le plus fort taux de personnes atteintes. Quel point commun ont ceux deux 2 îles par rapport aux autres de la Caraïbe?

Les faits sont là. Un traitement léger qui met en danger la population. Une légèreté à laquelle nous ne sommes que trop habitués. Une légèreté qui est en fait un mépris caractérisé pour la vie humaine, pour la santé des Guadeloupéens, la santé des soignants par ceux qui ont la responsabilité d’assurer la sécurité de la population et sa santé! 


Un mépris que nous avons déjà vu dans la gestion de l’incendie du CHU déjà branlant après des décennies de promesses de reconstruction, que les médecins fuient en nombre et pour lequel la gestion de l’ARS n’a consisté en premier lieu qu’à nier la parole des soignants... trop émotifs, qu’à exiger des réductions d’effectif avant de prévoir les conditions de travail et de réception des patients normales... conditions qui sont toujours loin d’être réunies à ce jour.

Un mépris que nous avons vu dans la gestion du cyclone Irma où les syndicats patronaux ont été reçus avant les collectivités territoriales, et où encore, en vue de la mise à jour des nouvelles règles de constructions, le passage de délégations d’ « experts » se font sans concertation avec les professionnels locaux.

Un mépris que nous voyons depuis plus d’une décennie dans le dossier de la pollution au chlordécone. Une procédure judiciaire sans aucune avancée majeure, peu d’études qui quand elles sont réalisées, ne mènent à aucun protocole de prise en charge spécifique (des naissances précoces, de l’endométriose, des cancers), quasi aucun financement de la recherche malgré les projets des chercheurs locaux, 3 plans chlordécone mis en place depuis 2008.

Nous pourrions continuer encore...

Nous sommes atterrés et lassés par cette insécurité, fatigués d’assister aux manoeuvres dirigées à 8 000 kilomètres qui dans une indifférence criminelle mettent nos vies en danger, en privilégiant une certaine économie en laissant le plus grand nombre, les Très Petites Entreprises qui composent la majorité des entreprises, sur le carreau. La population elle s’organise, crée de nouveaux circuits de distribution pour l’alimentation. Mets en oeuvre une solidarité efficace.

Nous sommes fatigués de cette impuissance des responsables politiques locaux empêtrés dans des jeux politiques mesquins, des opérations de communication qui ne sont pas la hauteur des enjeux. Une étroitesse de vue politique (gérer la cité) qui sclérose des dossiers majeurs pour la population, l’eau au premier d’entre eux.

Alors que chaque fois qu’il y a un minimum de consensus face à l’Etat, les résultats sont probants: moratoire sur la suppression de postes d’enseignants ou encore la Loi-cadre Biodiversité. Ces exemples sont trop rares. Ceux que nous avons choisis démocratiquement localement semblent figés dans leurs prises de position face à l’état central, y compris dans sa plus simple expression qui est ici un préfet qui va et qui vient.

Face à la catastrophe annoncée, allez-vous poursuivre cette diplomatie polie à coup de courriers adressés aux Ministres, au Président qui ont peu d’effet en temps normal?
Faut-il vraiment se plier à l’organisation d’une autorité qui n’a pas les moyens de prévenir, les moyens de protéger, les moyens de soigner et qui met nos soignants en danger? Faut-il se plier à une autorité qui tente de museler la presse et les médias dans son devoir d’information de la population? Faut-il vraiment attendre l’autorisation de l’autorité étatique pour constituer un comité scientifique local pour nous aiguiller sur la marche à tenir afin de limiter la propagation du virus?

Nous en appelons aujourd’hui, à la responsabilité et au courage. Un sursaut salvateur pour trouver en ces circonstances exceptionnelles des solutions exceptionnelles. Des solutions adaptées, des solutions réfléchies pour nous et par nous. La diplomatie républicaine a atteint ses limites... et nous perdons un temps précieux. Il est temps que la confiance mise dans le choix de représentants politiques soit respectée. Il est temps que ces représentants politiques se montrent à la hauteur des enjeux en faisant front pour l’intérêt général.

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