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La réforme des retraites : qui va (vraiment) gagner plus ?

12 Déc 2019
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Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c'est Didier Destouches qui nous soumet son libre propos.

La réforme des retraites a provoqué une grève de la fonction publique et des avocats (et non pas une grève générale). Cette réforme qui n’est pas encore aboutie et en cours de négociations, a été voulue et surtout conçue par le Président de la République. Bien qu’étant l’objet d’une féroce bataille de communication entre le gouvernement et les syndicats, elle est en réalité illisible pour la plupart des citoyens.

La réforme des retraites a pour principe l'instauration d'un système universel par points à partir de l’idée politique d’égalité entre retraités plutôt que celle de justice et d’équité qui caractérisait le système actuel. Le problème fondamental de cette idée est la définition d’un critère commun de l’égalité pour une société ou les inégalités de situation professionnelle et de déroulement de carrière sont innombrables.

 Il ne faut pas oublier que notre système de retraite, avec tous ses défauts, est un des plus généreux au monde. Il assure aux retraités un niveau de vie équivalent à celui des actifs, sans effort d’épargne personnel, sans recours aux marchés financiers et fonds de pension privés, à un âge relativement précoce. la réforme en uniformisant le régime général, va accélérer et garantir la baisse de 20 %selon certains économistes, du montant de votre retraite par rapport a votre salaire.

La réforme en tout état de cause, devrait éviter la hausse des cotisations qui seraient nécessaires pour maintenir le niveau actuel des retraites : et donc ce sont les entreprises , et le secteur privé qui seront les gagnants, ce qui explique peut-être le manque de mobilisation de ce secteur. Que vous soyez du public ou du privé, la mise en place du calcul de vos droits sur l’ensemble de la durée de votre carrière risque de vous nuire si vous avez eu une carrière non linéaire, avec des périodes de chômage, d’instabilité à cause de problèmes de santé ou de précarité.

Ce calcul qui va remplacer celui de vos vingt-cinq meilleures années si vous êtes dans le privé ou de vos derniers six mois si vous êtes dans le public avantagera certains , mais au détriment d'autres (en particulier les enseignants).

Plus généralement, la réforme sera préjudiciable à ceux qui sont sous le plancher qui sera choisi que ceux qui sont au-dessus et qui seront surtout à haut revenus. Dans la fonction publique par exemple, si vous êtes un fonctionnaire avec un faible niveau de prime vous serez désavantagé par rapport à ceux qui ont des primes importantes. Enfin, si vous bénéficiez de régimes spéciaux, vous perdrez vos avantages, même si ceux-ci ne font que compenser la pénibilité et les contraintes de votre emploi.

Le gouvernement veut maintenir l’objectif de ne pas augmenter la part des retraites dans la richesse nationale : le PIB, et d’augmenter de deux-trois ans l’âge de départ à la retraite; le nombre de retraités va augmenter par rapport à celui des actifs, alors que le niveau des retraites va baisser par rapport à celui des salaires. En conséquence: Les retraités auront en 2050 un niveau de vie bien plus bas que ceux d’aujourd’hui.

Ce mercredi le premier ministre a présenté son projet de réforme des retraites. Un exercice très difficile qui a révélé une certaine habileté politique de l’exécutif dont on peut douter cependant qu’elle suffise à calmer la colère sociale. On retient de son discours une proposition essentielle: celle de laisser la fixation de la valeur financière du point de retraite aux partenaires sociaux et syndicats.

C’est leur renvoyer la patate chaude ! Toutefois on note objectivement des avancées obtenues lors des négociations avec les syndicats: la retraite sera de 1000 euros minimum pour tous les cotisants ayant eu une carrière complète, , (smicards compris). Il y'a aussi une mesure visant à faire les hauts revenus (plus de 120 000 euros) contribuer à une solidarité nationale sur les retraites, ainsi que certaines compensations pour les femmes et aides soignants. Un plan de valorisation des salaires des enseignants (sur 10 ans) sera construit parallèlement. Un âge légal de départ maintenu (62 ans), un alignement de la pénibilité pour toute la fonction publique, et maintien d'un régime spécial pour les policiers. Ceux qui auront commencer a travailler avant l’âge de 20 ans, pourront partir plus tôt deux ans avant les 62 ans, et enfin la garantie que la valeur du point de retraite choisi ne diminuera jamais.

La copie est tout de même meilleure parce que plus claire et équilibrée mais insuffisante pour les syndicats dont les leaders affichaient un certain embarras devant les caméras, et qui restent opposés surtout au changement de l’âge de départ et au maintien du principe de limitation budgétaire du coût des retraites à 14% du PIB (richesse nationale).

En réalité cette réforme a des objectifs inavoués: le gouvernement veut prendre la main, et priver de tous pouvoirs les partenaires sociaux sur le dossier des retraites (comme il l’a fait pour l’assurance chômage), un autre objectif est celui à terme d’étendre la retraite par capitalisation en France puisqu’il vient parallèlement de faire voter la loi Pacte qui facilite le développement des fonds de pension privés (surtout américains) et qui donc ouvre aux marchés financiers le prochain juteux marché privé des retraites complémentaires (de près de 3 milliards d’euros).

En effet le gouvernement sait que sa réforme appauvrira des actifs dont vous faites peut-être parti et qui forcément auront recours à une nouvelle forme de capitalisation, cad de l’argent que vous allez investir de votre poche pour mettre plus de beurre dans les épinards , mais qui vous coutera probablement plus cher que les dispositifs actuels qui seront supprimés. L’égalité est donc devenue l’espace d’une réforme le justificatif de l’inégalité.

 

Didier Destouches

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