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Travailler ou ne pas travailler avec des Guadeloupéens ?

16 Oct 2019
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Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c'est le Steeve Gadet qui nous soumet son libre propos.

L’un de mes bons amis m’a envoyé le document qui circule sur la formation spéciale pour travailler avec des Guadeloupéens et il m’a demandé ce que j’en pensais. Hasard ou pas mais il se trouve que j’étais en train de lire Ha-Joong Chang, un économiste d’origine coréenne que j’apprécie de plus en plus parce qu’en le lisant je me sens moins bête.

C’est un bon vulgarisateur. Il arrive à me faire comprendre les complexités du raisonnement économique sans que je m’en lasse.

Bref. Dans son livre Les Mauvais Samaritains (2008), il écrit un chapitre où il évoque justement le lien entre les traits culturels et le développement économique. Je lisais ce chapitre quand le SMS de mon ami est arrivé sur mon téléphone.

Beaucoup de gens qui ont de l’expérience vous diront que c’est compliqué de travailler à nos compatriotes en appuyant leur démonstration par plusieurs exemples bien précis. Ce seront des gens qui ont cherché à faire travailler des compatriotes sur des projets ou qui les ont eu comme collaborateurs, comme salariés ou comme supérieur.e. La culture peut vite devenir difficile à saisir.

Quand on pense l'avoir tenu, elle nous a déjà glissé entre les mains donc on doit la manier avec beaucoup de précautions. Elle est vivante. Une chose est sûre, chaque culture a ses caractéristiques. Certaines sont positives et contribuent au développement économique, d’autres sont négatives et freinent ce même développement.

La mauvaise santé de notre économie n’est pas étrangère à la présence de certaines attitudes. Selon Ha-Joong, c’est un raisonnement trop simpliste d’expliquer le retard économique de tout un pays que par des raisons culturelles. Savez-vous que durant les années 1920, des observateurs qui allaient au Japon en revenaient en notant que les travailleurs Japonais étaient lents, désintéressés et fainéants ?

Quand à la Suède, savez-vous qu’elle avait de gros problèmes de grèves dans ses usines durant les années 20 et 30 ? Et que dans les années 90 en Corée, on disait qu’il y avait une « heure coréenne » un peu comme on le dit chez nous ? Les gens pouvaient arriver 30 minutes voire une heure après l’heure d’un rendez-vous sans ressentir de gêne particulière.

Mais les choses ont changé ! Selon lui, si on veut inciter des comportements qui facilitent le développement économique, il faut qu’il y ait un bon mélange d’exhortations idéologiques (awa, sa pé pa kontinyé ! Fò nou chanjé sa ! Gwadloupéyen two kon sa! ), de mesures politiques et de changements institutionnels qui alimentent les changements culturels qu’on veut voir de nos yeux. Ce n’est pas facile d’obtenir le bon mélange mais une fois qu’on y arrive, les comportements culturels peuvent évoluer pour le meilleur et plus vite qu’on ne le pense. Ce qui paraît être une caractéristique culturelle bien ancrée dans un pays peut changer en quelques décennies s’il y a suffisamment de mesures prises au niveau des structures économiques et aux niveaux des institutions.

La disparation des traits culturels négatifs en Corée, au Japon et en Suède en quelques décennies est inspirante. Si on attend une révolution culturelle, que l’état d’esprit des gens change pour booster le développement économique, on y sera encore dans 100 ans.

En réalité, les changements économiques transforment la façon dont les gens vivent et interagissent entre eux, ce qui, en retour, transforme la façon dont ils comprennent le monde et la façon dont ils agissent. On peut alors rentrer dans un cercle vertueux entre développement économique et valeurs culturelles constructives. Il serait plus juste de dire que les gens deviennent plus disciplinés et plus volontaires à cause du développement économique au lieu du contraire.

Dans une société où il n’y pas suffisamment de travail, prêcher le fait de « travailler dur » ne sera pas très efficace pour transformer les habitudes des gens. Dans une société avec un très petit secteur industriel, encourager les jeunes à aller vers les métiers de l’ingénierie ne va pas forcément les inciter à poursuivre ces carrières.

Dans une société où les travailleurs sont maltraités, demander la coopération énergique sera comme parler fort à des personnes malentendantes.

C'est le résumé des idées que je lisais dans le chapitre du livre explosif d'Ha-Joong Chang que je viens de vous faire ici. Les changements d’attitude doivent être nourris par des changements réels dans l'environnement économique, dans les institutions et dans les politiques publiques.

Aucun pays n’est condamné au sous-développement à cause de sa culture donc ni la Guadeloupe et ni la Martinique ne le sont...

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CCN

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