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Léon, Rameau Danquin s’en est allé : figure d’un intellectuel discret et efficient.

09 Juil 2019
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Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c'est  Georges Combé, pour le comité de Rédaction de la Revue Etudes Guadeloupéennes qui nous soumet son libre propos.

« Tout ce qui est grand se passe loin de la place publique et de la gloire » Friedrich NIETZSCHE

Léon Danquin, ancien professeur d’histoire-géographie au Lycée Faustin Fléret de Morne-à-l’Eau, membre fondateur et membre du Comité de Rédaction de la Revue Etudes Guadeloupéennes, est décédé au Moule, le 23 juin 2019.
Le 13 janvier 2018, il envoyait ce message de bonne année à ses amis : « Réfugié depuis plus d’un an sur la colline dominant la plaine rectiligne du Moule pour me soustraire à mes propres bruits et fureurs et mieux sentir et entendre l’écho vibrant et menaçant de mon corps, je vous offre à l’occasion de la nouvelle année les vœux les meilleurs, le plus sincère étant la santé. »

Ecce Homo. Voici l’homme. C’est le dernier message écrit d’un homme lucide qui sent la vie lui filer entre les doigts et qui s’efforce désespérément de la retenir. Du haut de sa silhouette longiligne notre ami aime jongler avec les mots, tantôt lyrique, tantôt grandiloquent au risque d’agacer ses interlocuteurs. Tant s’en faut, Léon assumait totalement ce côté quelque peu ringard.

Le style c’est l’homme, l’élégance des mots s’accordait avec une esthétique de la vie qui l’habitait au quotidien, une culture du goût dans l’art, la gastronomie. Discret, réservé, Léon ne se livre pas facilement. C’est à travers l’échange, l’argumentation qu’il découvre ses interlocuteurs et qu’il se découvre. Là, les choses ne sont pas faciles. Son caractère quelquefois ombrageux peut corser les discussions.

Affectionnant l’intellectualité, amoureux de savoir et de culture, il n’est pas moins doté d’une habileté manuelle impressionnante. Il sait d’où il vient, de ces contreforts mor neux de la Côte-sous-le-Vent, de Pigeon (Bouillante), dont l’accès en voiture a relevé pendant longtemps d’une expédition terrestre. Il est issu d’une famille modeste de travailleurs qui s’est construite An Tan Sorin. Il tient de son père, charpentier, l’amour du travail du bois. Fabriquer une étagère, une bibliothèque, voire des volets pour des fenêtres n’a pas de secret pour lui : il sait faire. De son milieu social d’origine, il a tiré une connaissance du pays profond, des difficultés et de la misère des couches populaires, qui constituera un facteur déterminant de son engagement militant et de son investissement intellectuel. Il estimait qu’on ne pouvait pas comprendre cette société ni vouloir la changer si on ne maîtrisait pas les mécanismes et processus qui l’ont amenée à être ce qu’elle est.

Enseignant, historien.
Léon choisit de faire des études d’histoire à Paris. Après avoir passé sa maîtrise, il revient en Guadeloupe au milieu des années 1970, en pleine période des luttes syndicales de l’UTA (Union des Travailleurs Agricoles) et de l’UPG (Union des Paysans pauvres de la Guadeloupe). Enseignant dans plusieurs collèges, il intègre le SGEG (Syndicat Général de l’Education en Guadeloupe) et devient un membre actif de sa commission pédagogique histoire. A la rentrée 1984, il sera affecté au Lycée Faustin Fléret d’où il prendra sa retraite de l’Education en 2012. Il était très lié à son collègue Raoul Cyril Serva, professeur de philosophie, dont le décès en 2001 l’affecta profondément.
Ce fut un enseignant apprécié par ses pairs et ses élèves pour ses qualités de pédagogue et sa profonde rigueur intellectuelle. Professeur attachant et bienveillant, il avait mis ses compétences au service de la réussite de ses élèves et de l’épanouissement de la communauté éducative du Lycée Faustin Fléret. Pendant plusieurs années, il fut accompagnateur des élèves candidats à l’entrée de Sciences-Po Paris. Passionné d’informatique, il contribua à la mise en place de la plateforme numérique du Lycée.
La qualité de son enseignement, reconnue de tous, il la devait surtout à son investissement dans la recherche historique. C’est parce qu’il avait justement cette passion pour la recherche, cette exigence de la méthodologie qu’il prenait goût à transmettre aux élèves et qu’en retour il était exigeant envers eux.

Sa passion pour la recherche trouvera un terrain d’exercice tout à fait indiqué lorsqu’il contribuera en 1987 à la création de l’Association Guadeloupéenne de Recherches et d’Etudes (AGRE) et en 1989 à la création de la revue Etudes Guadeloupéennes. Léon publiera au moins un article dans chacun des numéros de la revue de mai 1989 à mai 2018. Il n’avait pas d’objet de recherche de prédilection mais il s’est beaucoup investi sur l’histoire du travail en Guadeloupe. Il avait entrepris depuis 2012 une recherche sur ce thème qui l’avait déjà conduit à rédiger une centaine de pages, malheureusement son décès est venu mettre un terme à ce projet.

Avec la disparition de Léon Danquin qui traçait son chemin loin des bruits et des fureurs, en porte-à- faux avec une superficialité ambiante par trop médiatisée, la Guadeloupe perd un historien de qualité. Gageons que ceux dont le métier et/ou la responsabilité politique est de promouvoir la culture en Guadeloupe ne manqueront pas de se donner les moyens afin que ses écrits soient connus du grand public.

Articles parus dans les Etudes Guadeloupéennes

  • EG N° 1, mai 1989. Aspects politiques de l’histoire de la Guadeloupe sous Vichy ou An tan Sorin 1940-1943

  • EG N° 2/3, avril 1990. La Révolution entre utopie et inertie ; Petite bibliothèque du Bicentenaire

  • EG N° 4, février 1991. L’imaginaire, le symbolisme et le réel en histoire

  • EG N° 5, février 1992. La rencontre de l’Autre

  • EG N° 6, avril 1994. Delgrès, figure du tragique

  • EG N° 7, décembre 1995. Modalités et processus de formation du marché du travail en Guadeloupe (1848-1875)

  • EG Hors Série, décembre 2000. Un pays malade de son passé

  • EG N° 8, août 2003. Commémoration de 1802 : chronologie des événements de juin 1794 à juillet 1802 – La postérité de 1802 entre clameurs et discours – Autonomisme et autonomie : deux modèles d’évolution institutionnelle dans le cadre de la Nation française.

  • EG N° 9, juin 2006. L’immigration indienne, un système de salariat contraint

  • EG N° 10, mai 2008. 1967, la fin d’une illusion et l’amorce d’un nouveau départ. Article réactualisé en mai 2018 sous le titre « Le grondement des peuples avides de liberté : le cas de la Guadeloupe, 1945-1970. »

  • EG N° 11, avril 2011. Les grandes étapes de la dynamique sociale de 2009 ; Le passé et ses drames dans le mouvement social de 2009. 

Le 05 juillet 2019

Pour le Comité de Rédaction de la Revue Etudes Guadeloupéennes

Georges Combé

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