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Guadeloupe. Justice & humanitaire : Dominique Panol victime de son coup de fusil

13 Mai 2019
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Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c'est Guy Flandrina, qui nous soumet son libre propos.

Il m’est arrivé, en conscience, de prendre la plume pour protester contre l’emprisonnement de personnes pour des raisons politiques. Mais je n’aurais jamais pensé qu’un jour je tenterai, raisonnablement, de sortir de mon encrier des mots propres à soutenir moralement un homme qui a tué…

Pourtant, c’est bien là ce que je voudrais tenter de faire pour épargner à l’artiste Dominique PanolL de finir le temps qui lui reste à vivre en prison.

Douze ans d’incarcération pour un père qui a tué son fils, c’est assurément une double peine.

Il ne m’appartient ni de juger les faits ayant conduit à l’irréparable, le 10 mais 2013, ni de la sévérité, ou pas, de la sanction car Térence, victime du parricide, comme tout être humain méritait de vivre…

Aucun homme, quelles que soient les raisons ayant pu le pousser à commettre un tel acte ne peut être en paix avec sa conscience. La sensibilité, souvent exacerbée, d’un artiste place -j’en suis sûr- comme un œil de Caïn dans le cerveau de Dominique PANOL pour constamment raviver la souffrance causée par la perte de cet être cher et un geste aussi malheureux que douloureux.

Dominique Panol, originaire de la commune du Gosier (Guadeloupe), est âgé de 64 ans.

A peine lâchera-t-il le biberon qu’il s’emparera du micro. Il n’a même pas dix ans quand il intègre le groupe de gwoka La Brisquante.

Un peu plus tard, je le retrouve sur les bancs du lycée, en classe de cinquième. Bon camarade ! Toujours de bonne humeur avec son ami inséparable, ce cher De La CRUZ. Leurs blagues et leurs mauvais tours de potaches aux copains ne sont jamais empreints de méchanceté ; ils entendent seulement dissiper la classe et y mettre de la bonne humeur, de l’ambiance.

Dès qu’il a le moindre moment de liberté, Dominique est en répétition chez Madame Adeli,ne ; un café bar/institution de la Place de la Victoire où se retrouvent les grands noms de la musique traditionnelle guadeloupéenne : Vélo, Guy Konket , Linlin et parfois Casimir Létang

Près de trente ans plus tard, alors que je dirige la Rédaction d’ATV (Antilles Télévision), je vois débouler dans mon bureau un homme : dreadlocks jaunes en bataille, T-shirt sous ses pectoraux laissant apparaître son nombril, pantalon fluo, souliers flamboyants, exubérant et hurlant : « Ti mal kaw fé ! Yo di mwen sew ki chef isidan, an pépa pa vini bow »[1]. Il me tombe dessus, m’enlace, m’embrasse… C’était mon camarade de classe, plus artiste que jamais et toujours aussi affectueux ; c’était notre dernière rencontre, il y a plus de quinze ans !

Tonbé lévé

Dominique, c’est un cœur sensible, la danse chevillée au corps et la musique dans l’âme. Après des études de musicologie à Paris et à New-York, où il se produira également, cet auteur-compositeur-interprète, joue de la basse, du piano et de la flûte. Nombreuses sont ses chansons et musiques qui deviennent des tubes. Lequel d’entre nous n’a encore en mémoire Do bay lanmen, Bolotte ou Zayann… Artiste éclectique et enraciné dans son terroir, Dominique Panol est certainement victime du coup de fusil qu’il a lui-même tiré et qui, en touchant mortellement son fils, a brisé l’homme, le père, l’artiste.

Ses proches se désolent d’un cancer, qui le dévore de la perte de son fils qui le ronge et d’une peine de prison qui l’achève...

Ceux qui connaissent Dominique Panol et savent qu’il n’est pas un criminel, mais un bohème emporté par un acte aussi passionnel que regrettable, espèrent que les juges sauront, cette fois, lui trouver des circonstances atténuantes pour ne pas l’accabler encore davantage.

Le titre intitulé Ti moun s’en fouté exprime, sans doute, une exaspération dans l’éducation des enfants : « ti moun san fouté an ka palé baw tèt aw touné…»[2]. Et aussi un espoir quant à l’actuel vécu de l’artiste : « Mwen tonbé lévé sé pou mwen woulévé »[3].

Chacun de nous souhaite que cet artiste qui a tant donné à son pays puisse avoir une fin de vie dans le Zayann[4] ou en paix chez lui et non derrière les barreaux…

 


[1] On m’a dit que tu es patron ici, je ne pouvais pas ne pas venir t’embrasser !

[2] L’enfant se moque de moi, je lui parle, il me donne le dos.

[3] Je suis tombé pour mieux me relever.

[4] Titre de Dominique PANOL.

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