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Pour une insurrection des consciences.

27 Sep 2018
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Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c’est Jocelyn Durizot, Rédacteur en chef du Progrès Social,  nous soumet son « libre propos ».

 

« Nous vivons sous un ordre absurde, et même cannibale, du monde. Karl Marx est mort, épuisé, le 14 mars 1883 à Londres. Jusqu'à son dernier souffle, il a cru que le « couple maudit » du maître et de l'esclave allait cornaquer l'humanité pendant de nombreux siècles encore. Or, là, il s'est trompé ».  

  Jean Ziegler

 

La route qui mène à la justice et à l’humanisation, est encore trop semée de cadavres. Beaucoup de « consciences » depuis la nuit des temps, ont appelé pour le bonheur des peuples à des insurrections. Hélas, de nos jours encore, toujours pas au rendez-vous.

Pourtant, laïcs, religieux, athées, militants, citoyens, libéraux, collectivistes, n’ont de cesse, de faire miroiter la « terre promise », alors que les analyses et les moyens proposés pour « élever » l’homme sont si opposés. Et si au-dessous de l’intelligible !

L’histoire en témoigne. Gardons-nous de ces insurrections qui font tomber des murs, mais pour ériger d’autres murs. Quand on parle de migrations, d’esclavage moderne, de potentat, de goulag, de guerre civile, de chômage de masse, de discrimination, d’apartheid spatial, quid de ceux qui ont assassiné tant d’espérance ? Souvent, à leur seul profit personnel, familial et clanique ! Qu’en est-il de l’égoïsme des « biens-pensants » à la bouche pleine de cette hostilité et cette indifférence des peuples du nord envers ceux du sud ?

 ’ La Haine de l'Occident

Qu’en est-il ici, de la cécité des peuples devenus davantage des « idolâtres » des populistes que des citoyens vigilants.

Si l'on suit le raisonnement de Jean Ziegler l'auteur de « la haine de l’occident » que j’ai relu pour vous, les peuples du tiers-monde ont bien raison de haïr l'Occident. Les Occidentaux* ont arraché à leurs foyers des dizaines de millions d'Africains dont ils ont fait des esclaves. Plus tard, par le fer et le feu, ils ont colonisé et exterminé les peuples qui vivaient sur les terres de leurs ancêtres en Afrique, en Australie, en Inde (Il a oublié les Antilles et l’Amérique précolombienne). Ils se souviennent des humiliations, des horreurs subies dans le passé. Ils ont décidé de demander des comptes à l'Occident".

Le temps a coulé depuis mais "les peuples, écrit Jean Ziegler, sont d'autant plus fondés à le faire, que l'ordre mondial actuel ne fait que perpétuer la mainmise historique de l'Occident.

*A noter ici que les arabes sur le continent africain et même l’africain natif natal, hier comme aujourd’hui encore, continuent à tremper dans ce commerce de l’humain, réduisant l’homme, son « semblable » à une simple marchandise. Un commerce qualifié d’esclavage moderne. D’où le cri de notre député Max Mathiasin à l’Assemblée nationale !

.Jean Ziegler s’en prend ici sans concession aucune, au capitalisme, qu’il ne faut pas réformer mais détruire, comme il faut détruire le racisme, le colonialisme, l’impérialisme. Et le mal. Ces systèmes dit-il ne peuvent être réformés, parce que non- réformables, non amendables, mais détruits.

L’homme est à civiliser et le pouvoir peut rendre fou ! Jean Ziegler, et c’est dommage à notre avis, en s’appesantissant excessivement sur le capitalisme a oublié les dérives des systèmes dictatoriaux et totalitaires. Comme certaines économies administrées, qui à l’Est, comme à l’Ouest, en Amérique du sud comme dans la Caraïbe, sont loin de répondre aux besoins économiques et de la libre expression de leur population. D’où cette vague d’émigration de la peur et pas seulement de la misère !

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Jean Ziegler, né Hans Ziegler est un homme politique, altermondialiste et sociologue suisse. Il a été rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde. Il est vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations unies depuis 2009.

Jean Ziegler dénonce à juste titre l'émergence de multinationales dans les pays du Sud et pas suffisamment à notre avis, les succès de la Chine convertie au capitaliste et tout comme hier la Russie. Et quid du référendum le 24 février 2019 à Cuba pour l’ouverture des marchés, des investissements étrangers et la reconnaissance de la propriété privée. Contre révolution ou la nécessité de réformes pour le moins libérales ? Ou pragmatisme du réel !

Les oligarchies du Sud, soutient l'auteur, se contentent de reproduire le système mondial de domination et d'exploitation inventé par les Occidentaux. Même les droits de l'homme - un héritage des Lumières- participent du complot. Alors qu'ils devraient être "l'armature de la communauté internationale" et le "langage commun de l'humanité", ils sont instrumentalisés par les Occidentaux au gré de leurs intérêts.

Sé pa ma fot !

Les frontières sont les cicatrices de l'histoire, or les cicatrices sont faites pour disparaitre  (Georges Bidault). Pourquoi faire peser encore, toujours et exclusivement sur les Occidentaux tous les errements du monde ? Quid de cette culture de l’excuse permanente de l’auto dédouanement. Peut-il y avoir de maitres s’il n’y a pas d’esclaves ! Quid de cette voracité pour le pouvoir, et ces pwofitasyon du fannkyou partout dans le monde. De l’incompétence notoire d’une classe politique et de ces « affairistes sans éthique ». Et quid de ce lourd silence de la société civile et de nos intellectuels qui commentent, distribuent les bons et mauvais points, sans jamais énoncer de solution. Je vous le demande. Le problème de l’eau, les malversations de la complicité et d’autres inadmissibles dérives, est – ce de la faute exclusive (je dis bien exclusive) des occidentaux ? Nos cœurs saignent. Nous sommes remplis de colère, de frustrations, alors que nous avons les atouts de la réussite. Quid de notre formidable gisement encéphalique, de notre métissage de l’universel, des bienfaits du climat, et des énergies de la réussite de demain ? Si ces pays « dominés » du sud et leur élite, ne se respectent pas, s’ils n’instruisent pas leur peuple, piétinent les médias, s’ils se contentent d’endoctriner leur peuple, s’ils dénaturent leur insurrections, est- encore la faute et toujours de l’occident ? Est- ce encore et toujours la faute de l'Occident si on assassine au nom d’idéologies à recycler , d’une religion, d’un pouvoir patriarcal, excluant nos sœurs du savoir et des responsabilités   ? Quid ici de la volonté des peuples ?

Tristesse, colère et peur sont des sentiments qui nous poussent à chercher un coupable à un problème. Mais être mature ça signifie d’ arrêter de rejeter la faute sur les autres. Ça signifie être responsable et répondre de ses actes et de ses silences ?

Sus à cette culture de l’excuse !

Dieu ne nous en voudra pas et encore moins les Guadeloupéens éclairés, car nous ne sommes pas des négationnistes. Et encore moins des aveugles de la complaisance nombriliste. Notre intention ici n’est pas d’occulter les millions de victimes de peuples « colorés »du sud, par une arrogance aveugle de l’occident. Et encore moins de faire l’apologie des bienfaits de la colonisation, des missionnaires, du capitalisme sans éthique et de leur relais locaux.

L’histoire n’est pas figée. Les civilisations sont mortelles et la roue tourne heureusement pour les vaincus. Parce que nous croyons à la résilience et au génie des peuples, à leur verticalité, nous réfutons le réflexe de cette culture de l’excuse ne poussant pas au dépassement et à l’estime de soi. Mais à la résignation

Cannibalisme du monde

Comment contraindre le nouvel ordre du capitalisme mondialisé, à cesser de soumettre le reste du monde à sa domination meurtrière, comment conduire l'Occident, comme nos élites à assumer leurs responsabilités ? Ce combat contre le capitalisme sans éthique et les féodalités a été mené et continuent à l’être, sur tous les continents et dans tous les pays. En première ligne, il y a eu les « Lumières », les marxistes, les progressistes, les anti colonialistes, les féministes. Car la femme fut l’esclave de l’homme avant que l’esclavage fut ! Il faut entendre ici Rousseau, Marx, le cri de Fanon. Celui de Césaire, de Félix Rodes, de Gerty Archimède, l’indignation de Wole Soyinka et de ces illustres anonymes, comme vous. Comme tous ceux et celles, qui dans leur foyer, dans leur administration, entreprise, association et médias, mènent le combat du refus de toute dominance. Et la bêtise qui déshumanise.

On voit la paille dans l’œil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien. C’est dire que nous sommes toujours plus sensibles aux défauts d'autrui, si infimes soient- ils, qu'à nos propres défauts, si flagrants soient-ils.

La question et nous ne cessons de le dire, est celle des évaluations de ces luttes menées avec le sang du peuple, au nom du peuple, pour le peuple. Avec des sacrifices qui n’ont pas toujours servi le peuple. Faire ici le procès uniquement et exclusivement, du capitalisme mondialisé, n’est- ce pas trop facilement dédouaner  les dominés et les pays du sud, dans lesquels, il y a aussi beaucoup de riches. S’il s’agit de dénoncer (et comment faire autrement devant tant d’injustice, d’insuffisances) il faut aussi énoncer. Car il s’agit de réussir durablement le combat de l’insurrection des consciences. Mais quid ici du culte de la croissance mis aux bancs des accusés.

Faut- il absolument conclure.

Les Occidentaux étant limités dans l’exercice de la violence par les armes, ont-ils trouvé dans le capitalisme spéculatif et, au-delà, dans l'inflammation consumériste, compétitrice, marchande, un moyen d'exercer « autrement » leur pulsion belliqueuse ?

Malgré des insurrections, ces dernières décennies, les droits de certains hommes ont progressé, ceux d'une grande partie des hommes ont stagné, voire reculé. L’insurrection des consciences est d’abord une urgence et mieux encore un devoir.  

Quid de cette économie du partage au service d’abord de l’homme. Mais une question demeure. Celle d’apprendre à consommer mieux pour son contentement et son plaisir. C’est mieux que de consommer beaucoup, n’importe quoi et inutilement. Et c’est peut-être d’abord là que doit s’initier l’insurrection des consciences.

Jean Ziegler a raison. L’espérance doit continuer de primer sur l'abdication. Faisons ici nôtre l’'impératif catégorique de Kant : « L'inhumanité infligée à un autre détruit l'humanité en moi. » « Je suis l'autre, l'autre est moi ».

Oui ! Le révolutionnaire doit être capable d'entendre pousser l'herbe. La révolution avance sur les pas d'une colombe. Et tant pis pour les (nos) faucons !


JD.

 

 

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