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De la pertinence des mots –dits…

19 Jan 2018
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Baie-Mahault. Vendredi 19 Janvier 2018. CCN. Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c’est  Christian Delannay, qui nous a soumis son « libre propos ».

Où sont-ils les  intellectuels, les authentiques, les vrais,  qui savent l’importance des mots et leur étroite corrélation avec l’esprit, et non pas ceux qui ingurgitent une quantité impressionnante de savoirs et se contentent  de les restituer avec plus ou moins de bonheur en faisant l’économie d’un indispensable et nécessaire travail de réflexion à mener au préalable, précisément cet effort intellectuel qu’ils sont censés fournir ?

Hormis trois pelés et un tondu (luc reinette, éli domota, frantz succab, danik zandwonis) et deux ou trois autres « malmakés » (mal marqués), sé dènié nèg mawon-la sur qui les empreintes d’aucune sorte n’ont laissé de traces suffisamment profondes pour leur empêcher de n’avoir  rien à faire de ce que pensent les « bien-pensants », les « gens comme il faut », les « bonnes gens » que méprisaient  tant l’ami georges (Brassens) ainsi d’ailleurs que Brel , les patriotes gwadloupéyen n’osent pas employer les mots justes quand ils parlent ou qu’ils écrivent. Il y a comme une crainte persistante de choquer. On a peur d’être mal vu, d’être taxé de racisme ou de xénophobie ou alors ne serait-il simplement question ici que d’un banal et candide mimétisme, ce que je n’ose croire. Pourtant il ne s’agit que d’exprimer avec sincérité et exactitude la réalité, que de dire la vérité en appelant un chat un chat. Un français est un français, un gwadloupéyen est un gwadloupéyen. Le fait de le dire n’induit en rien le fait de nier les relations fortes qui existent entre nos deux peuples. Lequel de nous n’a pas de proches ou de moins proches à vivre en France ou même à être français ? Qui un parent, qui un ami, un compagnon, une compagne, des enfants ou des petits-enfants, que sais-je ? Par la force des choses il ne peut en être autrement. On ne peut nier l’évidence. La relation est là qui ne peut être gommée ! Et aussi qui ignore que de nombreux français, dans un parfait anonymat, sans publicité aucune, bravant de grandes difficultés et prenant d’énormes risques, viennent en aide aux innombrables immigrés qui sont la cible des politiques des autorités gouvernementales françaises ?

Ceci ne nous empêche absolument pas, dans cette volonté de parler vrai, de dire « France » et « français » pour désigner la France et les français, ce qui encore une fois n’exprime en rien la moindre traduction d’un quelconque ressentiment. Le fait que la Gwadloup soit érigée en département ne peut rien y changer. Un gwadloupéyen ne peut être un français. Et s’Il peut être de nationalité française comme l’indiquent les papiers officiels, comme n’importe quel africain, chinois ou indien, il ne saurait en aucune manière être un français quand bien-même il le voudrait.

La France fut un temps allemande, je veux dire sous tutelle ou domination allemande. Si les allemands ne les méprisaient pas tant, ces braves français, ils auraient pu leur donner une carte d’identité allemande pour bien indiquer que la France avait été conquise par l’Allemagne et devenait ainsi l’un de ses territoires. Cela n’aurait jamais pu se faire, Goebbels et Hitler étaient bien trop fiers et hautains. Ils n’auraient  jamais accepté d’accorder ce « privilège » à ces petits français de rien du tout qu’ils considéraient comme des êtres inférieurs indignes de la race aryenne. Mais si malgré tout, par extraordinaire, ça avait été le cas, ces français seraient-ils pour autant devenus des allemands ? Je ne pense pas qu’eux répondraient par l’affirmative. Et ils auraient bien raison. Les lois des hommes viennent, changent et passent, mais la réalité vraie, elle, demeure.

Un français reste un français quelques soient les situations politiques qu’il traverse, comme un gwadloupéyen reste un gwadloupéyen. La Gwadloup, en dépit des lois, décrets, ordonnances ou autres décisions, ne peut en aucune manière faire partie de la France ou de l’Europe. Elle fait partie intégrante du bassin karibéen, du continent américain, qu’on le veuille ou non, c’est un état de fait ! Elle n’est pas d’ « Outre-Mer », mais bien située et ancrée quelque part, faisant partie d’un continent bien précis qui n’est pas l’Europe, n’en déplaise à beaucoup.

Il n’y a pas si longtemps lors d’une émission de télévision, un prof de droit de l’U.A., maître de conférence, disait vouloir préciser en liminaire de son intervention, qu’il notait avec satisfaction une évolution des mentalités dans le fait que les gwadloupéyens rejetaient de plus en plus, pour parler de la France, l’emploi du terme « métropole » qu’il qualifiait lui, d’ « horrible ». Ce sont ses mots. Mais il ne faudrait pas s’y tromper. Le rejet de ce terme par certains n’a rien d’une véritable prise de conscience et d’un sursaut d’orgueil et de courage, mais vient tout simplement d’un sentiment de dépit. Voilà que des guadeloupéens qui étaient si fiers d’être des français à part entière par la fameuse Loi de départementalisation et d’assimilation de 1946, apprennent soudainement, en découvrant le sens des mots, qu’ils ne l’ont jamais été véritablement par la réalité persistante de ce terme qui a la vie dure, et c’est la déception et la consternation. Bouleversés et blessés, ils continuent désespérément à s’accrocher pour faire valoir leurs droits et faire reconnaître leur pleine et entière citoyenneté française en refusant avec force le terme « métropole » qu’ils qualifient désormais d’horrible, puisqu’il leur jette à la face leur état de colonisé qui en fait n’a jamais cessé d’être.

Si nous patriotes, nous rejetons ce terme qui pourrait cependant nous servir pour insinuer subtilement que nous sommes toujours dans un lien de rapport de type colonial, c’est  bien sûr pour une toute autre raison et même la raison inverse. C’est précisément parce que nous refusons nous, la départementalisation, l’intégration, l’appartenance, l’assimilation et parce que ce terme de « métropole » loin d’être pris dans son sens véritable, signifie pour beaucoup « Mère Patrie ». La France c’est la France, la Gwadloup c’est la Gwadloup. IL n’y a aucune gêne à avoir à nommer les choses par leurs véritables noms au lieu de toujours chercher à travestir la réalité en remplaçant par exemple aujourd’hui le mot « Métropole » par celui de « Hexagone ». J’ai eu beau cherché sur toutes les cartes du monde, jamais je n’ai pu trouver un pays qui avait pour nom « Métropole » ou « Hexagone ».  Alors soyons désormais de plus en plus nombreux à être vigilant sur les mots que nous employons. C’est l’arme la plus dangereuse et la plus redoutable dont se sert le colonisateur.

Que les français emploient les termes « Outremer » et « Ultra-périphérie » pour désigner nos pays qui se situent de l’autre côté de la mer par rapport à eux et plus loin que leur périphérie, et donc « domiens » et « ultra-marins » pour nous désigner nous, rien de plus logique, normal et légitime, quoiqu’il y ait là-dedans de toute évidence un manque d’égard ou de respect. Mais que nous, nous nous désignions nous–mêmes ainsi, cela relève carrément de l’absurde et de la démence. Comment peut-on se situer soi-même au-delà de là où on se trouve ? L’Outremer pour nous ne saurait être que la France elle-même et tous les autres pays désignés comme départements français qui se situent au-delà des mers par rapport à nous et alors les domiens ne pourraient être pour nous que les français eux-mêmes et les habitants de ces autres pays. Toujours avec ce même esprit de dédain ou de condescendance, les européens ont convenu d’appeler les pays qui se situent à l’est de l’Europe « les Pays de l’Est », car ils sont, les européens, le centre du monde, et nous encore une fois comme toujours, nous répétons « les Pays de l’Est » sans nous rendre compte qu’à l’est de chez nous se situent précisément tous les pays d’Europe, notamment la France. En quoi la France, pour nous, ne ferait-elle pas partie des « Pays de l’Est » ? Alors que « le Noir » désigne notre race, si on peut parler de race, et « le Blanc » celle des hommes au teint pâle, on est arrivé à nous faire assimiler les termes « blanchir » et « noircir » au sens figuré que nous servons nous-mêmes à toutes les sauces. Cessons une fois pour toutes d’être d’absurdes et débiles caisses de résonnance.

Soyons sur nos gardes, nous avons chez nous pléthore de mots et expressions dangereux qui se transmettent comme de véritables virus très virulents  ciblant bien le cerveau pour l’attaquer et le paralyser, donnant des maladies dégénératives et invalidantes, abrutissantes et « débilisantes » souvent incurables. Ils sont facilement repérables. Il suffit juste d’en connaître le sens et d’y accorder un minimum d’attention. Ils ont toujours un lien avec la couleur de peau, la race , la religion, la classe sociale ou la situation géographique, bref tout ce qui rend l’autre de manière grossière ou frappante différent de soi. Pour en citer ceux qui ont le plus cours chez nous, il s’agit de : métropole, métropolitain, négropolitain, hexagone, hexagonaux, outremer, domien, ultra-périphérie, ultra-marin, noircir et blanchir au figuré, on bèl ti négrès, on bèl  pochapé, on négrès bien foncé mé on bèl ti fanm, noir mais beau, les Pays de l’Est, malmaké (celui sur qui la marque du maître ne se voit pas, donc un voyou !). N’oublions pas le gentil petit mot « dénigrer », innocent et inoffensif comme tout. On aurait tout aussi bien pu nous donner encore « ennègrer » comme synonyme de « dénigrer » pour signifier donc lui aussi « dévaloriser, rabaisser, ternir, salir », tiens-tiens  pourquoi pas « noircir » au figuré, « rendre nègre » quoi !, que nous nous en approprierions comme d’habitude, docilement et gentiment, avec un civisme exemplaire et louable pour être agréable au maître, la France, Son Excellence !  

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