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Les conditions sont-elles déjà réunies pour une vraie révolte populaire ?

06 Nov 2019
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1/ C’était il y a déjà 10 ans, en janvier 2009, une partie importante du peuple guadeloupéen se révoltait et descendait dans la rue pour protester d’abord contre le prix du carburant puis plus tard, contre la vie chère. Ce fut LKP. Ce fut aussi Domota et près de 40 organisations unies sous un même sigle.

2/ Bien avant, en juillet 1985, le peuple guadeloupéen décidait, sous l’impulsion du Mouvement nationaliste, de bloquer tout le pays pour obtenir la libération de Georges Faisans, patriote injustement emprisonné. Excédé par l’attitude raciste d’un blanfwans qui avait botté un gamin, Faisans l’avait frappé sans grande gravité à l’aide d’un coutelas. Faisans étant libéré, le pays retrouva son calme. Mais ce mouvement avait réussi car l’ensemble de organisations politiques et syndicales du camp patriotique avait su taire leurs divergences.

3/ En mai 1967, après le mépris affiché par le patronat à l’encontre des travailleurs du bâtiment en grève et l’assassinat à Pointe à Pitre de Jacques Nestor militant du GONG, spontanément le peuple se révolta et utilisa, tout ce qu’il avait sous la main, pour faire face aux militaires français. Des dizaines -peut-être une centaine- de Guadeloupéens ont été abattus par les « forces » de l’ordre ». Des militants du GONG, des étudiants, de Pointe-à-Pitre à Paris ou à Bordeaux, furent arrêtés, emprisonnés et jugés, mais plus tard, ils furent tous libérés. Le peuple uni avait résisté.

Ces trois moments de notre histoire récente prouvent tout de même que dans l’ADN du peuple guadeloupéen, fils et filles de « nèg mawon » de l’époque esclavagiste, le sentiment de révolte contre l’injustice existe. A-t-il été dissous dans le « siwo » du système colonial qui souffle à dessein le chaud et le froid. ? Pas sûr.

Mais on le sait, les révoltes, les révolutions ne sont jamais totalement spontanées. Il faut parfois un détonateur, un catalyseur, un leader, un « facilitateur » qui aide ainsi à faire monter -non pas la mayonnaise, mais à mettre un piment 7 koubouyon dans le blaff.

En 2009, c’est Elie Domota qui joua implicitement ce rôle. En juillet 1985, de sa prison étant, c’est Georges Faisans qui alluma la flamme de la révolte.

En mai 1967, c’est l’assassinat de Nestor qui contribua à mettre le feu à Pointe-à-Pitre

Question : Qui aujourd’hui peut aider notre peuple à prendre conscience, qu’il ne peut plus continuer à accepter l’inacceptable ?

La réponse s’avère assez complexe. Nous sommes en fin 2019, ce qui semble importer à nos hommes politiques, c’est la préparation des Municipales de 2020.

Qu’importe si la misère augmente, si l’empoisonnement au chlordécone est considéré comme un crime d’état. Qu’importe si la dure réalité actuelle fait naître un juste sentiment de colère et qui finira un jour ou l’autre par exploser.

Pour l’heure, hélas, ils sont encore très nombreux ces politiques qui ne préfèrent ni voir ni entendre. En fait, ils ne jouent pas dans le même registre que le peuple. Car qu’ils soient députés, sénateurs, ou simplement conseiller général/régional, ils sont, selon leur « grade », rémunérés pour le « travail » politique qu’ils effectuent, et quoi qu’on dise, c’est pour eux un léger avantage. (Mais soyons justes, quand on a évoqué (par erreur ?) la possible remise en cause des 40 %, il y eut t une réunion d’urgence de l’Asso des maires, idem à la CASBT. Comme quoi…)

Nous l’avons aussi maintes fois dit et redit : ce qu’on appelait jadis, le « Camp Patriotique », le « Mouvement National », est pour l’heure « an michpo » et donc pas très audible. Il existe bien de la part de certains patriotes une volonté de lever la tête pour tenter une « remontada », mais le process qui était valable dans les années 80 ne fonctionne plus. Non pas que le peuple ne soit plus mobilisable ni que ses souffrances aient disparu. Non ! Il manque ce lien, ce lyannaj, cette étincelle qui, à chaque fois, a aidé à « mèt an wout ».

Mais il ne faut pas désespérer, car curieusement, les conditions sont tout de même en train d’être réunies.

Tout le monde a noté qu’au travers de tout le bla bla bla parfois improductif qui circule sur les réseaux sociaux, que le néo gouverneur est souvent ciblé. Toutes ses « actions », ses prises de position jugées abusives contre ceci ou cela, sont souvent commentées, décriées…

L’impression qui prévaut, c’est qu’on reproche au représentant de l’Etat colonial de vouloir faire appliquer les lois de l’État qui l’a mandaté. Je dis ici que le néo gouverneur est dans son rôle. Je dis même qu’il doit continuer, augmenter la pression, car objectivement il aide ainsi à la cristallisation populaire contre le système colonial.

On a presque envie de dire que les précédents préfets « trop gentils pas assez gouverneurs », contribuaient à anesthésier le peuple.

L’actuel néo gouverneur, en persistant dans son job macroniste, contribue à allumer la mèche. Ajoutée à cela la dégradation de la situation sociale, les colères existantes, (eau, santé, chômage, vie chère, ...), la montée du pouvoir citoyen, l’inconfiance et la méfiance à l’égard de la classe politique, autant d’éléments météo-annonciateurs d’un possible cyclone. Le ciel de la Gwadloup est déjà très lourd et s’assombrit.

Ki tan sa ké pété ? Pon moun pòkò pé di !

Personne ne souhaite vraiment que cela se déchire violemment, mais chacun, en Guadeloupe, sait, qu’à force de tirer sur la corde…

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CCN

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