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PGPG à la manœuvre : la Guadeloupe est sous contrôle !

16 Oct 2019
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Fini de jouer. On se souvient que l’an dernier (sept 2018) lors de son passage à Saint Martin, le président des français, Emmanuel Macron, avait donné comme le signal de départ de la reprise en main, affirmant urbi et orbi, que l’Etat allait renforcer la lutte contre la « fraude, la corruption, le blanchiment » A cette époque, Philippe Gustin était Préfet là-bas à Saint-Martin …

Et puis, le même Philippe Gustin a été parachuté en Guadeloupe. Et là, il a endossé son nouvel habit. Le représentant de l’état colonial devient Philippe Gustin - Préfet Gouverneur - (PGPG).

Le moins que l’on puisse dire c’est que PGPG n’a pas dormi. Sitôt arrivé dans notre pays, il a mis en route sa machine.

Dans un premier temps, maladroitement et en coulisses, il a tenté, par des manœuvres politiciennes assez grossières, d’empêcher l’élection de Joël Beaugendre à la présidence de la CASBT. Il a échoué, car le sous-marin qu’il avait désigné n’a pas pu torpiller le maire de Capesterre.

Ensuite, PGPG a déclenché une rude campagne contre le maire de Pointe-à-Pitre, Jacques Bangou, qu’il a menacé de révocation. La pression a été si forte que Bangou a craqué. Il a finalement démissionné de son fauteuil de maire. Première vraie « victoire » pour PGPG.

Dans la foulée, il a aussi un temps, envisagé la liquidation du SIAEG. Il n’a pas encore réussi, mais il n’a pas vraiment lâché l’affaire…

Puis ce fut au tour de Simon Vainqueur, le président de la Chambre des Métiers d’être dans le collimateur de PGPG. Sa révocation est à l’ordre du jour ...

Entretemps, les radars-tourelles ont fait leur apparition dans le paysage routier. Cela a tout de même suscité une réaction citoyenne d’un Guadeloupéen qui a exprimé à haute voix ce que beaucoup disaient à voix basse.

Plus de 15 000 Guadeloupéens ont signé une pétition contre l’installation de ces radars-tourelles. Le député Max Mathiasin est même monté au créneau, il a rencontré PGPG, mais ce dernier est resté inflexible puisque 48h après son intervention, d’autres radars ont été installés dans le sud basse-terrien.

Au bilan de toutes ces interventions qui ont semblé surprendre certains, on a ici et là parlé de « reprise en mains ».

Quel est le sens de cette soi-disant « reprise en mains » de l’Etat ? Doit-on la considérer comme une nouveauté ?

Pas pour ceux qui, comme nous, n’ont jamais cessé de dire, d’écrire, de clamer que la Guadeloupe est ENCORE comme la « propriété exclusive » de l’Etat français en situation de « dépendance politique, administrative, économique ».

A bien considérer, PGPG est bien dans son rôle et en phase avec notre réalité coloniale. Il peut donc « couper et hacher ». Mais le fonctionnaire français qu’il est, demeure jusqu’ici dans le cadre de la « légalité française ».

Mais comment pouvons-nous valablement le disputer quand il décide de faire respecter le droit républicain français ? La Guadeloupe demeure quoi qu’on dise un « territoire français » donc en situation coloniale.

Une fois cela posé, nous avons aussi le droit en tant que peuple dominé, de nous opposer au cadre colonial dans sa globalité. Mais encore faut-il pour cela que nous soyons unanimes dans la qualification de la situation actuelle !

D’une manière générale, depuis des décennies, la classe politique guadeloupéenne, celle qui est élue et participe aux élections françaises a décidé unanimement de ne plus considérer la Guadeloupe, comme une colonie. Ainsi donc, ce terme a définitivement disparu du vocabulaire de tous ces partis, même ceux qui comme le PS, le PPDG, se disent de « gauche » !

Reste alors le camp de patriotique, qui continue à se dire « anticolonialiste » mais pour l’heure, il n’a plus l’audience des années 80, donc PGPG est comme sur un boulevard :

Aucune force d’opposition.

La Guadeloupe est donc bien encadrée.

Peut-on, en 2019, imaginer une réelle sortie du cadre français ? D’où pourrait venir l’idée d’une rupture avec la « patrie » coloniale ?

Rêvons un peu. Il faudrait pour cela que le camp patriotique, du moins ce qui en reste, et qui fut porteuse de l’idée de quitter le cadre français, s’unifie, se rajeunisse et se fasse entendre. Cessons de rêver. Le camp patriotique est affaibli, inaudible et n’est plus en mesure de porter la contestation.

Pourtant, quand avec un brin de nostalgie, on jette un regard rétrospectif, force est de constater que ce sont les idées et pratiques nouvelles des patriotes qui ont, un tant soit peu, bouleversé l’ordre colonial au cours des années passées. Après la création du PCG, dans les années 50, le 2è souffle anti colonialiste est né de l’après-Gong (1967).

On a vu se créer des organisations syndicales de « type nouveau » telles l’UTA, l’UPG, l’UGTG, le SGEG. (En France, les étudiants au sein de l’AGEG préparaient activement le retour « o péyi » et la révolution) qui ont un temps secoué l’ordre colonial. Plus tard, des organisations politiques radicales telles le PTG, l’UPLG, le MPGI, Bijengwa, le KLNG ont beaucoup œuvré pour la construction d’une conscience nationale guadeloupéenne. Ce sont aussi ces organisations qui ont permis que la culture nationale guadeloupéenne (musique, langue, traditions) s’affirme dans le contexte colonial.

A un autre niveau, d’autres patriotes ont même engagé le combat sur le « front militaire » : Le GLA et l’ARC ont été, pendant quelques années, très actifs. La Guadeloupe a vécu quelques « nuits bleues ».

Mais tout cela, c’était hier. Le colonisateur peut aujourd’hui dormir sur ses deux oreilles car rien ne semble pouvoir véritablement venir troubler son sommeil. La fièvre sociale (LKP) qui, en 2009, a mis la Guadeloupe en ébullition, est très éloignée du champ social actuel. Les organisations syndicales ont tout tenté : grève à Milénis, conflit au CHUG, pour recréer les conditions d’un nouvel embrasement social, mais en vain.

On peut donc l’affirmer et enfoncer, avec force, une porte ouverte : notre pays est pour l’heure sous contrôle.

La classe politique, celle qui « gère » les affaires courantes et ne s’agite qu’en période électorale, ne se préoccupe guère de la prise du pouvoir politique et de la lutte contre le système colonial.

On le sait, les batailles électorales traditionnelles (Municipales, Cantonales, Régionales, ...) ne peuvent en aucun cas faire avancer la conscience nationale, ni même les Congrès de ces élus.

En d’autres termes, nous sommes sous contrôle et pour quelques temps encore, sauf si le peuple guadeloupéen, souvent imprévisible, en décide autrement. Mais quelle étincelle peut mettre le feu à la plaine ?

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Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

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