Terre de Blues ? c’est la fin : Vraiment ?

11 Jui 2019
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Qualité

Marie-Galante, île du sud de la Guadeloupe, a fait ce que la Guadeloupe dite « continentale » n’a pas réussi : imaginer, créer, développer et pérenniser 2 décennies durant un Festival musical International et de haute tenue. La 20ème édition du Festival Terre de Blues a tenu toutes ses promesses en matière de qualité de la programmation, de Malavoi a Akiyo, jusqu'à Jacques Schwarzt Bart ou Laureen Hill les festivaliers ont été gâté : mais...

Économie : débouya pa péché

20 ans après la 1ère édition, qui s’appelait encore « Créole Blues », le festival n’est plus seulement un rendez-vous musical de qualité, mais a entrainé avec lui, comme il sied une dimension économique.

Terre de blues, est devenu pour le marie galantisa lambda, restaurateur, loueur de voiture, giteur ou, artisans, etc… l’occasion de faire un peu de business (débouya pa péché). Bien-entendu, il faudra un moment que tout cela soit un peu encadré pour tempérer les petits abus… C’est vrai que dans toutes les villes Festivalières, il arrive que durant la durée de la « fête » que les prix flambent, en cela Marie-Galante n’est donc pas une exception. Je reste cependant persuadé que le côté bizness ne fera pas tâche.

Mais ce qui est très important dans Terre de Blues, c’est tout de même le professionnalisme avéré dans l’organisation et la logistique.

Renommée internationale

Quand on est un simple spectateur de la grande scène du Château Murat, lieu devenu mythique pour l’événement, on se rend alors compte de la vraie dimension prise par Terre de Blues. Outre nos meilleurs artistes (Kassav, Rotin, Mado, Laviso, Akiko) … de très grands noms de la scène mondiale, se sont produits à Marie-Galante. Je ne vais pas tous les citer, mais il y a eu vraiment du beau monde : Alpha Blondy, Alfredo de la Fe, Jimmy Cliff, Maceo Parker, Morgan Héritage, les fils de Bob Marley, Johnny Clegg, Angela Kidjo, Myriam Makeba, Salif Keita etc…

Ces artistes ont contribué à donner à ce festival sa renommée internationale et Terre de Blues, n’a rien, vraiment rien, à envier aux Festivals proches géographiquement de la Dominique et de Ste Lucie.

En résumé, Terre de blues est sur le plan économique déjà quasiment une réussite pour les habitants de la « grande galette »… et sur le plan artistique, la réputation de Terre de blues a vogué hors de Marie-Galante et de la Guadeloupe.

Festag et Gwadloup Festival

Curieusement dans le même temps, les tentatives de créer un Festival de cette dimension en Guadeloupe, « continentale » n’ont pas tenu la distance..

Qui se souvient encore du Festag qu’organisait le Conseil général jusqu’au milieu des années 80 ? il est vrai que le Festival des Arts de la Guadeloupe (Festag) avait sombré bien avant la mort en 1995 que son initiateur René Serge Nabajoth.

Plus récemment Victorin Lurel, président de Région a initié un Gwadloup Festival en 2008. Lui aussi a disparu corps et bien à l’arrivée du nouveau président de Région, qui n’a pas voulu emboiter le pas de son prédécesseur

Il n’y a que le Festival de Gwo-Ka de Sainte Anne, festival très identitaire créée en 1987 qui arrive à se maintenir.

Bugs et réunion de crise pour la presse

Terre de Blues 2019, année de la célébration, a encore été un incontournable rendez-vous qu’il ne fallait pas rater. Oui, il faut le dire, les 3 grandes soirées ont tenu leurs promesses en matière de programmation. Du côté de l’organisation qui se voulait sans aucun doute exemplaire et proche de la perfection quelques bugs ont montré que même une machine bien huilée peut avoir des ratés. Ainsi, les journalistes envoyés pour couvrir l’évènement ont eu souvent le sentiment justifié qu’ils n’étaient pas les bienvenus et restreints dans leur mouvement sur le site. Sitôt informée de cette situation, la présidente du Festival a convoqué une réunion dite de « crise ». Il fallait calmer les tensions : l’an prochain, c’est dit, la presse sera …mieux ? non, bien traitée !

Laureen ? ah… Laureen !

Mais pour ce 20ème la star qu’attendaient les 8000 spectateurs s’est fait quelque peu désirer. Elle avait promis 2 choses :  be in time and on stage. Car bien avant sa venue, les rumeurs les plus infondées ont circulé. Elle serait en retard, elle refuserait de chanter si… ceci ou cela. Caprice de star ?

Pourtant, Laureen Hill avait malgré les difficultés de son périple maritime entre Guadeloupe et Marie-Galante n'était pas en retard, elle a fait le show. Tout le monde a dû l’attende près de 3 heures (le temps d'une balance interminable). Le public impatient trépignait, mais l’ex-chanteuse des Fugees a tout de même comblé ses fans. Un peu avant Tiken Jah Fakoly le Bob Marley panafricain a aussi fait bouger la foule avec son reggae qui a sonné très Kingstown.

Dépendant

Terre de blues, est aujourd’hui, le modèle de la réussite, dans le show-biz made in Guadeloupe. Mais on le sait sans le soutien très important de la Collectivité Régionale et celui tout aussi important et privé de Canal Plus Antilles, ce festival aurait du mal verser 150.000 euros à une star. Pour 2h de show… !

En dépit de ses 20 ans, Terre de Blues, reste encore très dépendant de ses « sponsors ». Mais une chose est sure, ce festival a prouvé qu'en Guadeloupe, singulièrement à Marie-Galante on pouvait faire et faire bien.

Depuis déjà 10 ans les artistes, le public et le marie-galantais sont satisfaits, la machine Terre de Blues fonctionne.

Oui, Terre de Blue 2019, c’est vraiment fini...depuis lundi. Mais il faudra faire encore mieux en 2020

DZ

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Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

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