Guadeloupe-Cuba. Coopération médicale : Dominique Théophile en marche vers la révolution !

12 Jui 2019
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La Havane. Mardi 11 juin 2019. CCN. C’est une petite révolution qui est en train de s’opérer dans le secteur de la santé dans notre pays. En effet,. le sénateur Dominique Théophile, qui fut président de la Fédération Hospitalière de la Guadeloupe, vient tout juste d’obtenir du gouvernement français, ( par amendement)) que des médecins cubains puissent venir exercer en Guadeloupe et en Martinique, ; une manière de combler provisoirement le déficit de praticiens dans nos pays. Mais au-delà du simple fait que ces médecins pourront s’installer chez nous, cela signifie aussi que la qualité de soins prodigués risque de s’améliorer car on sait que depuis la révolution de 1959, Fidel Castro avait décidé de doter Cuba d’un système de santé de haute qualité. Et 60 ans après, dans le domaine de la santé, Cuba est pour la Caraïbe et l’Amérique Latine, la référence. Chaque année ce sont des centaines de médecins cubains, qui partent dans les pays proches ou lointains pour faire bénéficier aux patients de leur compétence. Cette coopération médicale de « dépannage » ponctuelle pourra-t-elle s’exercer aussi sur le plan universitaire et permettre à nos jeunes formés à la Havane et de voir leur diplôme validé ? C’est à suivre…

  1. Toutes les personnes ont droit à la santé.

En avril dernier lors de la Journée mondiale de la santé, José Luis Di Fabio, représentant à Cuba de l'OPS, l'Organisation Panaméricaine de la Santé et de l'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé, a salué au cours d'une conférence de presse la manière dont le système cubain de la Santé tient compte des besoins de chaque individu.

« Chacun de nous à un rôle à jouer en ce qui concerne la santé universelle et partout, parce que nous ne pouvons laisser personne en arrière. Toutes les personnes ont droit à la santé et donc, nous devons tous faire quelque chose pour garantir l'accès de tous à la santé.

Les problèmes de santé comme l'obésité, l'hypertension ou le diabète requièrent l'effort commun pour leur solution. 

La réalité a changé et nous devons nous adapter aux nouvelles circonstances. Heureusement, chez vous, grâce au programme d'attention primaire de santé, vous tenez compte des besoins de chaque individu « 

Cette déclaration illustre bien la volonté du système de santé cubain, d’une réelle prise en charge du patient. On est donc loin, très loin du système franco capitaliste, dans lequel nous évoluons, qui fait de la santé une « marchandise »

qui se doit d’être « rentable »

Les médecins cubains issus d’une société non marchande qui arriveront en Guadeloupe ou en Martinique devront s’adapter, à un système que leur pays combat…

Avant de voir des médecins cubains recevoir et ausculter des patients guadeloupéens, il y a encore quelques obstacles administratifs à franchir.

2. Des médecins cubains en milieu hospitalier

Dominique Théophile précise à CCN : « Une fois que la loi sera définitivement votée au courant de ce mois, les ARS en lien avec les professionnels de santé de Guadeloupe, le ministère de la santé et celui des affaires étrangères, vont faire l'inventaire des besoins, et les contacts seront noués puis le mode opératoire sera clarifié. Les médecins seront à la fois en milieu hospitaliers et en soutien dans les zones sous denses (remplacement des libéraux etc..) une durée de 5 ans est établie, puis une évaluation du dispositif. Dans le cadre de la coopération qui sera désormais mise en place en matière de santé, nos étudiants pourront éventuellement se rendre à Cuba pour parfaire leurs spécialités. C’est bien une vraie coopération totale en la matière qui sera ma feuille de route. Mes rapports avec l'ambassadeur sont excellents et il souhaite aller dans le même sens. Si tout se passe bien, il s'agira d'une vraie révolution. »

Il faut cependant souligner qu’en matière de coopération médicale les cubains n’en sont pas à leur coup d’essai : « grâce aux valeurs de solidarité et d'humanisme qui nous caractérisent, de 1963 à nos jours, 407 000 professionnels de santé ont été présents dans 164 pays sur tous les continents. À l’heure actuelle, ils sont plus de 29 000 à offrir leurs services dans 66 pays », a annoncé récemment le ministre de la Santé publique, le Dr José Angel Portal Miranda, lors de la 72e Assemblée mondiale de la santé, qui s’est déroulée à Genève, en Suisse, jusqu'au 28 mai. » (« Granma » 10 juin 2019)

3. Face la crise sanitaire l’amendement Théophile est un médicament 

Cuba dans le domaine de la coopération est sans aucun doute le pays le plus approprié pour aider la Guadeloupe et la Martinique à satisfaire des besoins immédiats. De plus la proximité géographique est un facteur non négligeable, qui s’ajoute à la qualité des praticiens cubains. Face la crise sanitaire qui affecte la Guadeloupe et le départ forcé de nombreux médecins, depuis l’incendie du CHU

L’amendement proposé par Dominique Théophile, tombe comme un véritable médicament

L ‘arrivée déjà attendue des Cubains aidera notre pays et démontre aussi qu’en matière de santé publique la politique française appliquée en Guadeloupe est un échec. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ne laissent planer aucun doute.

Ainsi le quotidien cubain « Granma » explique que la densité médicale est de 8,5 pour 1000 habitants à Cuba

En Guadeloupe, où la situation est proche de celle d’un vrai désert médical, on compte à peine 1, 5 médecin généraliste pour 1000 habitants.

et d’ailleurs comme le souligne un rapport de l’ARS, « 211 médecins spécialistes exercent uniquement en médecine de ville… la densité est de 53 médecins pour 100.000 habitants »

4. Cap Excellence : la plus forte densité médicale

Il faut d e plus souligner que : « Avec 108 médecins spécialistes libéraux en exercice pour 100 000 habitants, la communauté d’agglomération de Cap Excellence concentre la plus forte densité de la région Guadeloupe, au 1er janvier 2016. Cette densité est significativement supérieure à la densité régionale. Le Nord Basse-Terre affiche la plus basse densité avec 4 médecins spécialistes libéraux pour 100 000 habitants. La majorité des communes de Guadeloupe (19 sur 32) n’a aucun médecin spécialiste ayant un exercice libéral intégral installé sur leur territoire. En Guadeloupe, les densités les plus élevées sont observées dans les villes ou communes abritant un ou plusieurs établissement(s) hospitalier(s) : Basse-Terre (386 pour 100 000 habitants), Pointe-à-Pitre (284 pour 100 000) et Baie-Mahault (137 pour 100 000) »

Autant dire que les cubains qui s’installeront ne risquent d’être au chômage surtout dans des régions aussi dépourvues que le Sud Basse Terre, le Nord Grande Terre et les iles telles La Désirade, les Saintes ou même Marie Galante !

5. Des médecins guadeloupéens désormais formés à Cuba

Mais la Guadeloupe, ne pourra pas non plus être ainsi ad vitam æternam assistée par Cuba. L’amendement Théophile veut aller plus s loin et le sénateur envisagerait, que cette coopération permette aussi aux jeunes guadeloupéens, de pouvoir suivre leur formation sans les facultés de médecine Cubaines.

Toujours selon « Granma » : Plus de 35 000 professionnels de 136 pays ont été formés dans nos universités et 8 478 jeunes de 121 pays font actuellement des études à Cuba. Ce bilan positif pour la vie de millions de personnes de dizaines de milliers de communautés en Afrique, en Asie et en Amérique latine et dans les Caraïbes est incontestable », a souligné le ministre cubain de la santé, le Dr Portal Miranda.

6. Plus de 30.000 coopérants cubains à l’Association des États de la Caraibe

En 2016, lorsque Cuba a accueilli les pays membres de l’Association des États de la Caraïbe (Marie-Luce Penchard pour la Guadeloupe et Alfred Marie Jeanne pour la Martinique y étaient). Il a été dit que : « plus de 30 000 coopérants cubains de la santé prêtent actuellement leurs services dans 25 pays membres de l’AEC, selon Dr Regla Angulo Pardo directrice de l’Unité centrale de coopération médicale (UCCM). La responsable a aussi précisé que la mission spéciale au Venezuela, avec 28 395 médecins, techniciens et infirmiers, est la plus nombreuse, suivie de celles d’Haïti avec 555 ; du Guatemala avec 364 ; de Trinité-et-Tobago, 164 ; du Guyana, 160 ; de la Jamaïque, 93 ; de Belize, 87 et du Honduras, 79.

53 coopérants cubains de la santé exercent également au Nicaragua, 43 à Antigua-et-Barbuda, 39 aux Bahamas, 24 à la Dominique et à la Grenade, 15 à Saint-Kitts-et-Nevis, 14 à Sainte-Lucie, 7 au Suriname, 5 conseillers au Salvador et 3 à Saint-Vincent-et-les-Grenadines.

Le moins que l’on puise est que l’amendement Théophile tombe de façon très opportune, car la Guadeloupe qui a adhéré en 2014 à l’Association des États de de la Caraïbe, (AEC) vient toujours de signer son adhésion à l’OECS. Il reste donc à la Région, qui est le porte -étendard de la coopération Caraïbe, d’optimiser ses liens avec son environnement immédiat. Le domaine de la santé est un pas important, mais d’autres sont à faire…

Danik Ibrahim Zandwonis.

 

1/ A propos du système de santé Cubain

Lors de sa récente visite à La Havane en juillet 2014, Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé, a fait l’éloge du système de santé cubain et s’est montrée impressionnée par les réussites dans ce domaine. « Cuba est le seul pays qui dispose d’un système de santé étroitement lié à la recherche et au développement en cycle fermé. C’est la voie à suivre, car la santé humaine ne peut s’améliorer que grâce à l’innovation », a-t-elle déclaré. Elle a salué « les efforts de la direction de ce pays pour faire de la santé un pilier essentiel de développement ». 

Cuba a basé son système de santé sur la médecine préventive et ses résultats sont exceptionnels. Selon Margaret Chan, le monde doit suivre l’exemple de l’île dans ce domaine et remplacer le modèle curatif, inefficace et plus couteux, par un système basé sur la prévention. « Nous souhaitons ardemment que tous les habitants de la planète puissent avoir accès à des services médicaux de qualité, comme à Cuba », a-t-elle souligné

L’OMS rappelle que le manque d’accès aux soins dans le monde n’est en aucun cas une fatalité découlant d’un manque de ressources. Il traduit, au contraire, un manque de volonté politique de la part des dirigeants de protéger les populations les plus vulnérables. L’organisation cite à ce titre le cas de l’île de la Caraïbe comme étant le parfait contre-exemple [. D’ailleurs, en mai 2014, en guise de reconnaissance à l’excellence de son système de santé, Cuba a présidé la 67ème Assemblée mondiale de la Santé.

Avec un taux de mortalité infantile de 4,2 pour mille, l’île de la Caraïbe présente le meilleur indicateur du continent et du Tiers-Monde, reflétant ainsi la qualité de son système et l’impact sur le bien-être des enfants et des femmes enceintes. Le taux de mortalité infantile de Cuba est même inférieur à celui des États-Unis et se situe parmi les plus bas au monde

Avec une espérance de vie de 78 ans, Cuba est l’un des meilleurs élèves du continent américain et du Tiers-monde, avec un indicateur similaire à celui des nations les plus développées. En moyenne, les Cubains vivent 30 ans de plus que leurs voisins haïtiens. En 2025, Cuba disposera de la plus grande proportion de personnes de plus de 60 ans d’Amérique latine.

  

2/ Fonctionnement du système de santé à Cuba

Des dispensaires et pharmacies existent même dans les villages reculés

Dés 1961, Cuba a entrepris une modification profonde des structures. Les services de santé ont été nationalisés, et placés sous l’autorité du ministère de la Santé publique (MINSAP). La population cubaine a gratuitement accès aux services médicaux dont le réseau couvre tout le territoire national. Chaque année, l'état consacre environ 5% du PIB à la santé publique.

Dans le système de santé cubain, la médecine préventive a une priorité certaine. Les soins de santé primaires sont apportés par le médecin de famille. Le pays en compte plus de 29 900.

 

 

CUBA

FRANCE

Population

11 200 000

58 607 072

Densité (hab./km²)

100

106

Population 0-14 ans

21.87%

19.07%

Pop. 15-64 ans

68.97%

65.36%

Pop. 65 et plus

9.14%

15.36%

Indice de fécondité

1.55

1.71

Espérance de vie

76.05 ans

78.05 ans

Comparaison des statistiques Cuba/France

planète (chiffres et c'est la 15° promotion de son histoire. 

a.

Les indicateurs de base de santé maternelle et infantile sont supérieurs à ceux des autres pays dits « en voie de développement », et comparables à ceux des pays hautement développés

Les principales causes d'hospitalisation sont les complications de la grossesse, les maladies respiratoires (la pneumonie, la bronchite asthmatiforme,...).

La médecine cubaine moderne a développé des techniques modernes de transplantations de reins, cœur, poumon, moelle osseuse, foie, pancréas, cornée etc..

 
     

 

 

Cuba : L'École Latino-américaine de Médecine a 20 ans

L'École Latino-américaine de Médecine a été inaugurée le 15 novembre 1999 et déjà en août 2005, 1 610 médecins de 26 pays d'Amérique Latine obtenaient leur diplôme.

En novembre 1998, après le passage dévastateur de l'ouragan Mitch en Amérique Centrale et après avoir conçu un programme complet de santé qui serait appliqué dans les pays touchés, Fidel Castro évoqua pour la première fois lors d'une intervention publique, sa volonté de développer un programme de formation de professionnels qui garantirait la continuité des services de santé.

« Et il ne manque qu'une chose : ne pas nous limiter à envoyer 2 000 ou 2 500 ou 3 000 médecins. Il faut quelque chose de plus important et avec l'offre d'envoyer des médecins, nous avons offert un programme de formation de médecins d'Amérique Centrale à Cuba, » a-t-il dit ce jour-là.

Les cours ont commencé en février 1999, avec quelques 1 900 jeunes, principalement d'Amérique Centrale.

Actuellement, l'ELAM prépare plus de 7 000 étudiants de 24 pays d'Amérique Latine et des États-Unis et c'est la 15° promotion de son histoire. 

En novembre 1999, dans son discours d'inauguration, Fidel rappelait que « dans les secteurs qui manquent le plus de médecins en Amérique Latine et dans les Caraïbes se meurent chaque année plus d'1 000 000 de personnes dont 500 000 enfants, à cause de maladies prévisibles et curables. Des dizaines de millions de Latino-américains n'ont accès à aucun service de santé. Cela arrive même dans un pays aussi immensément riche que les États-Unis. Ceux qui vont mourir ne peuvent attendre. »

C'est pourquoi il disait aux futurs médecins d'alors et d'aujourd'hui : « Le plus important devra être que vous vous consacriez totalement au plus noble et au plus humain des métiers : sauver des vies et préserver la santé. Plus que des médecins, vous serez des gardiens jaloux de ce que l'être humain a de plus précieux, des apôtres et les créateurs d'un monde plus humain. »

Depuis cette première promotion diplômée en 2005, l'ELAM a diplômé plus 28 500 médecins de 105 pays.

Source B. Infos

 

 

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Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

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