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Guadeloupe. Exclusif : CCN a rencontré Katarina Jacobson, la 1ère archéologue guadeloupéenne !

14 Mai 2019
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Le Moule. Mercredi 15 mai 2019. CCN. En matière d'archéologie précolombienne, la Guadeloupe peut désormais s'énorgueillir de bénéficier des services et des connaissances dans cette discipline de Katarina Jacobson. C’est en effet la 1ère Archéologue de notre pays. Doctorante formée à l’étranger (Pays Bas) cette spécialiste est revenue en Guadeloupe et officie au Musée Edgar Clerc, à des fonctions très en deçà de ses compétences réelles. Elle est grâce à ERC Nexus1492* à l’origine de « Liens Caribéens » (Caribbean Ties) la première grande expo Pan Caraïbe rendant compte de l’impact négatif de l’arrivée des colons européens sur les sociétés amérindiennes. Katarina Jacobson répond à CCN : c’est à lire !

CCN quel est votre parcours en tant qu’archéologue ?

KJKatarina Jacobson. L’archéologie est pour moi une passion avant d’être une discipline. Férue d’histoire depuis petite, j’ai toujours été intéressée par les mystères de la vie : la place de l’Homme dans l’univers, le big bang, etc…

En terminale, avec l’initiation à la philosophie, j’ai ressenti le besoin de connaître ma place dans ce monde, ce qui a suscité une quête identitaire : qui suis-je ? quelles sont mes racines ?

J’ai ainsi pris conscience de notre identité multiple avec des ancêtres Africains mais aussi Européens et surtout Amérindiens. C’est ainsi que mes recherches sur eux m’ont amené vers l’archéologie, seule discipline apportant une vision éclairée sur les Amérindiens. J’ai alors découvert un métier original qui donne une place active dans l’avancée des connaissances et surtout dans la zone Caraïbe où la recherche est assez récente.

En septembre 1998, j’ai donc entamé un DEUG en Histoire de l’art et archéologie à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris I) où en plus d’être la seule scientifique du groupe j’étais la seule antillaise et noire. J’ai poursuivi par une Licence en archéologie puis une Maîtrise en archéologie précolombienne. Le choix de l’aire d’étude (la Caraïbe) était évident car je voulais mieux connaître ma région mais surtout j’ai toujours eu l’ambition de retourner dans mon île et de contribuer à son développement et rayonnement culturel.

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Par la suite, je suis rentrée en Guadeloupe où je me suis consacrée à ma vie familiale.

En 2007 j’ai intégré le musée départemental Edgar Clerc où j’ai été en charge de l’animation culturelle, avec comme missions principales l’organisation et la gestion des visites, la création des livrets éducatifs et pédagogique, et la formation des agents. Par la suite, j’ai occupé le poste de responsable du service des collections, où j’ai mis en place le récolement décennal. Le musée Edgar Clerc est le lieu de prédilection pour pouvoir partager avec la population les recherches archéologiques dans la région mais surtout faire connaître les Amérindiens de la Caraïbe. Ces ancêtres, les nôtres, ont une histoire riche, passionnante, faisant d’eux nos premiers héros. Ils ont joué un rôle fondamental dans l’Histoire mondiale et leur redonner leur place est devenu un cheval de bataille pour moi.

Après 6 ans au musée, j’ai ressenti le besoin d’approfondir mes connaissances et de retourner à l’essence même du métier d’archéologue. Et c’est à ce moment que l’opportunité de poursuivre ma formation à l’Université de Leiden aux Pays-Bas, s’est présentée. Dès lors, j’intégrais le projet du Centre de Recherche Européen CER Nexus 1492 en vue de faire un doctorat en archéologie caribéenne, avec une spécialité sur la technologie céramique afin de mieux appréhender les sociétés amérindiennes à travers les réseaux économiques et sociaux auxquels ils ont participé.

CCN Pourquoi ce séjour au Pays Bas qu’est-ce que ça vous a apporté ?

KJ. Cette question m’est souvent posée : pourquoi être allé jusqu’aux Pays-Bas ? Il faut savoir que le centre de recherche en archéologie caribéenne de la Faculté d’archéologie de l’Université de Leiden est le centre qui fait le plus de recherche sur la zone. Il s’agit d’une équipe menée par le Professeur Corinne Hofman, qui depuis plus de 30 ans travaille sur la connaissance archéologique dans la Caraïbe avec une équipe de chercheurs internationaux, de nombreux étudiants, des projets et programmes de fouilles pluriannuels. C’est aussi avec le Professeur Hofman que j’ai eu ma première expérience de fouilles sur le site d’Anse à la Gourde en 1999, laquelle a par la suite codirigé mon mémoire de Maîtrise. Il était donc logique pour moi d’intégrer ce centre de recherche dont la vocation est aussi de former des archéologues caribéens pour qu’ils puissent retourner travailler et professionnaliser l’archéologie dans leur différent territoire.

Cette expérience a été très enrichissante à tous niveaux. Se retrouver la seule francophone, avec un anglais au vocabulaire restreint, dans un groupe international fut un vrai challenge. S’habituer à un autre climat, une autre culture, un nouveau mode de vie (notamment avec le vélo) fut riche humainement. La plupart des membres du groupe du projet Nexus1492 vient de l’étranger et nous avons donc tisser un lien d’amitié très fort qui défie même les distances actuelles.

Sur le plan universitaire, la faculté d’archéologie est à la pointe des technologies liées à notre discipline et la fréquence des colloques, séminaires mais aussi les échanges avec les spécialistes ont stimulé mon intellect et développé ma curiosité scientifique. De plus avec l’archéologie nous voyageons beaucoup donc j’ai pu découvrir de nombreux pays dans la Caraïbe et en Europe, c’est fabuleux !

Je souhaite vraiment à tout le monde de pouvoir connaître une expérience comme celle-là, dont je suis ressortie grandie.


CCN. Vous êtes là 1ère archéologue guadeloupéenne…

KJ. Quel est votre agenda pour notre pays et la recherche ?

Je suis en effet, la première archéologue d’origine guadeloupéenne, spécialisée en archéologie caribéenne. Cela signifie que l’expertise se renforce sur notre territoire et qu’à termes (je l’espère) notre archipel pourra devenir une référence en la matière dans la région.

Par ailleurs, j’ai de nombreux projets culturels que je souhaite mettre en place dans mon île en relation avec tout mon réseau caribéen. Je pourrais vous parler de développement du tourisme culturel, de formation historique ou encore de mise en place de plan caribéen de prévention au patrimoine; autant de projets qui contribuent au rayonnement et à la valorisation de notre patrimoine.

Mais les opportunités se créent aussi avec les élus locaux [rire].

CCN. Où en sommes-nous dans la recherche archéologique amérindienne en Guadeloupe ? 

KJ. Aujourd’hui, la recherche gagnerait à se développer en Guadeloupe, les fouilles archéologiques étant essentiellement des fouilles préventives, qui consiste à préserver les vestiges menacés de destruction.

S’il est vrai que ce constat est encourageant par rapport à de nombreuses îles de la région Caraïbe, d’autres îles, telles que la République Dominicaine ou Porto-Rico se distinguent par l’importance qu’elles accordent à la recherche. Dans cette perspective, nous devrions entrer dans une logique de recherches qui placerait la Guadeloupe dans la dynamique, des avancées des connaissances sur l‘archéologie amérindienne.

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CCN Cette expo comment Est-elle née ? Quel a été votre rôle ?

KJ. Cette exposition est le fruit des recherches menées dans le cadre du projet CER Nexus 1492 qui vise à traiter de l’impact de l’arrivée des européens sur les sociétés amérindiennes. L’exposition internationale Caribbean Ties a pour objectif de restituer au public, les résultats de nos découvertes. Elle a la particularité d’être présentée dans 15 pays de la Caraïbe et d’Europe en Espagnol, Anglais, Français, Néerlandais, Créole et Papiamento. Elle s’articule autour de quatre thèmes entrelacés : Paysages multiculturels ; Voyage, migration, échange ; Manger et croire ; L’avenir du passé. Mais la plus-value de l’exposition réside dans son caractère itinérant suivant le concept de musée hors des murs.

En Guadeloupe, à travers une expérience sensorielle et bilingue (créole et français), chacun pourra découvrir en toute originalité, l’héritage amérindien dans la société actuelle.

Enfin, sensible à la faible attractivité que suscite l'institution muséale en Guadeloupe, un intérêt particulier a été porté à la communication sur les réseaux sociaux pour attirer le plus grand nombre.

J’ai dans un premier temps, contribué à la conception de la version internationale de l’exposition. A l’échelle locale, j’interviens en qualité de co-commissaire en charge de la coordination et de l’adaptation de l’exposition en Guadeloupe, Caribbean Ties ayant été rebaptisé Liens caribéens / Lyannaj péyi LaKarayib. Ça va de la recherche de financements, à la logistique, en passant par l’élaboration de supports pédagogiques et éducatifs.

Dans notre déclinaison locale, une importance accrue a été accordée au choix des animations participatives, telles qu’un morphing facial (à la façon du clip Black and White de Mickael Jackson), une exposition photos ou encore la réalisation de vidéos.

Je tiens d’ailleurs à remercier les partenaires locaux de l’exposition que sont le Conseil départemental de la Guadeloupe, l’association culturelle Ai-ti et le Coreca ainsi que tous les mécènes (société et particuliers)

*NEXUS 1492 traitera des dynamiques interculturelles amérindiennes, européennes et africaines à de multiples échelles temporelles et spatiales au-delà de la fracture historique de 1492. Ce projet de synergie transdisciplinaire développe de nouveaux outils analytiques, applique des techniques de pointe multidisciplinaires, évalue des cadres théoriques et transfère des compétences. Offrir une nouvelle perspective sur les rencontres du nouveau monde dans un monde en voie de mondialisation. En coopérant avec des experts locaux, nous élaborerons des stratégies de gestion durable du patrimoine, créant ainsi un avenir pour le passé. Un passé qui est menacé par les pillages, le commerce illégal, le développement de la construction et les catastrophes naturelles (par exemple, le changement climatique, les tremblements de terre et les éruptions volcaniques). Placer le passé autochtone des Caraïbes dans un programme de conservation du patrimoine contemporain renforcera la sensibilisation et la protection des ressources du patrimoine

 

 

 

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CCN

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