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Saint-Martin. 2018, se termine et la population commence à s’impatienter.

27 Déc 2018
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Marigot. Vendredi 28 Décembre 2018. CCN . Le ton est monté, la semaine dernière à Sandy Ground, quartier populaire de Saint-Martin. On sait désormais qu’un an et 3 mois après le passage d’Irma sur l’île de Saint-Martin, beaucoup d’interrogations perdurent ainsi que les revendications qui y sont attachées.

Dans la soirée du mardi 18 décembre un collectif d’habitants du quartier a mis en place le premier barrage. Ils ne tentative barrage saint jameslaissent plus personne traverser le quartier.

Pour bien replacer les choses et comprendre l’embarras de tous quand un quartier est bloqué, il est nécessaire de revenir un instant sur l’aménagement de l’île.

Saint-Martin n’a qu’une route principale qui fait le tour de l’île.

L’aspect pratique c’est qu’on peut difficilement se perdre, peu importe où vous êtes et dans quel sens vous tournez, vous retombez toujours sur un repère familier.

L’aspect moins pratique mais qui donne beaucoup d’efficacité à un mouvement de contestation, c’est que le moindre blocage, de quelque sorte qu’il soit, peut paralyser l’île toute entière.

Maintenant que la question d’aménagement est éclaircie, revenons au mouvement qui a fortement ralenti l’île entre mardi soir et mercredi à la mi-journée.

Les habitants de Sandy Ground ont décidé de faire entendre leur voix après plus d’une année d’attente. Ils demandent des réponses. On voit depuis un an, ici et là, des engins de chantier, des équipes d’ouvriers mais sans se raconter d’histoire, on sait que la véritable reconstruction commence à peine. On n’est pas non plus dupe des retournements dans les discours.

sandy ground pneus brulesAu lendemain de la catastrophe, il n’était pas question de mettre en place des structures provisoires au motif qu’on refusait que le provisoire devienne permanent comme on le voit couramment dans les zones qui subissent ce genre de catastrophe. Malheureusement, le manque de moyen et la gestion « originale » des fonds apportés post-Irma ont obligé la caste politique locale à revoir ses ambitions.

On a donc commencé la reconstruction par une nouvelle préfecture et des locaux pour les services de la Collectivité en «préfa ». C’est du préfabriqué robuste et efficace, il tiendra jusqu’au prochain cyclone majeur, sans problème. Le gros souci en ce début de véritable reconstruction c’est que les habitants ne savent toujours pas qui peut reconstruire, où, quand, comment…

Alors ils font comme ils peuvent, avec le risque de se retrouver sans rien lorsqu’enfin la question des 50 pas géométriques aura été réglée. Dans un quartier comme Sandy Ground déjà fortement touché par la précarité avant Irma, ce qui se passe aujourd’hui, ou plutôt ne se passe pas, ne fait qu’aggraver des situations qui étaient déjà très sensibles avant le passage du monstre. Alors, après avoir discuté et préparé son action, le collectif d’habitants est sorti dans la rue pour barrer la route. Au programme des réjouissances, palettes en bois, voitures en travers de la voie, pneus brulés, barrage humains…

Aucune voiture ne passait au niveau du pont de Sandy Ground entre 22h le mardi soir et 13h30 le mercredi, çatentative barrage saint james marigot c’est pour la forme. Sur le fond, 39 revendications dont la question des 50 pas géométriques, le coût de la vie qui a augmenté depuis Irma, le manque d’emploi sur l’île…

La police territoriale et la police dutch side avaient pris la précaution de filtrer dès l’entrée en partie française, d’un côté, et à la sortie de Marigot, de l’autre côté. Ne passaient les barrages filtrants que ceux qui avaient à faire dans la « zone tampon », l’idée étant d’éviter les confrontations qui peuvent vite dégénérer. En posant les bonnes questions, aux bonnes personnes, on apprend rapidement que d’autres quartiers devaient suivre le mouvement. Quartier d’Orléans, Bellevue et le rond point d’Agrément (point hautement stratégique) devaient être bloqués également mais les quelques tentatives ont vite pris fin laissant Sandy Ground seul avec ses revendications. Autant dire que si les 4 quartiers avaient été bloqués simultanément, la situation serait passée de très désagréable à franchement impossible !

 

information population

Dans la matinée, le Président Gibbs s’est déplacé, en personne, pour s’entretenir sur le terrain avec les manifestants qui n’auront eu, finalement, pas a attendre beaucoup pour voir le Président venir à eux. En ce début de saison touristique qui se doit d’être à la hauteur, les conséquences de telles actions seraient catastrophiques pour une certaine économie. Et c’est en ça que le mouvement peut avoir un sens pour les habitants qui se sentent laissé pour compte. On fera tout ce qu’il faut pour éviter de bloquer l’île. Après la rencontre, les manifestants ont accepté de laisser quelques jours au Président et à ses élus pour répondre point par point à toutes les revendications. Une nouvelle rencontre devrait intervenir après les fêtes.

Condition sine qua non à la réussite du mouvement, s’il doit reprendre, les manifestants doivent rester calmes, expliquer leurs actions et s’assurer ainsi le soutien du reste de la population et surtout éviter de donner la justification nécessaire à une réponse en demi-teinte ou pire violente.

Les préparatifs de Noël ont repris leur cours dans le calme. D’un côté la réalité des habitants de l’île. Une réalité parfois bâchée, à découvert, endettée, une réalité parfois affamée qui racle les fonds de tiroirs et de l’autre, le paradis des touristes venus s’offrir la magie de Noël sur une plage.

A coup sur, cette année, nous verrons encore de belles photos circuler sur les réseaux. A Saint-Martin, la solidarité des particuliers, des familles et le travail des associations a, encore une fois, compensée les défaillances de nos institutions pour offrir aux jeunes saint-martinois un Noël d’enfant.

LH

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