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Guadeloupe. Zoom sur le cinéma à la Région : « Déni de démocratie…incohérences…arbitraire…copinage…coquinage.. » Frantz Succab persiste et signe !

17 Nov 2018
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Pointe à Pitre. Samedi 17 novembre 2018. CCN. Après sa « Lettre ouverte à Ary Chalus », restée jusqu’ici sans réponse, Frantz Succab, membre bénévole de la Commission de Lecture-CNC va encore plus loin et a accordé un entretien exclusif mais combien explosif à CCN. C’est à lire : afin que nul n’ignore !

CCN : Vous avez publié, il y a de cela près de trois semaines, une lettre ouverte au Président Chalus, lettre très critique relative à l’aide régionale au Cinéma et à l’Audiovisuel, avez eu des réactions ?

Frantz Succab : Il est bon de rappeler que cette lettre été publiée ou relayée par les principaux médias de Guadeloupe y compris des sites très fréquentés comme CaraïbeCreoleNews.com (CCN) et, en Martinique Montray Kréyol et Madinin’art. Ce qui est assez exceptionnel et nous incite à penser que nul n’est censé l’ignorer ni dans l’entourage immédiat du Président ni dans l’ensemble de la classe politique ni parmi les principaux concernés, les acteurs culturels. La plupart des porteurs de projets cinématographiques et audiovisuel y ont applaudi, mais il faut le dire, jamais publiquement, de peur, de l’aveu oral de quelques-uns d’être « blacklistés ».

CCN : Pourtant on pourrait croire que cette lettre leur aura donné de l’espoir ?

FS : Vous savez, cette peur illustre la désespérance générale de la Guadeloupe, que personne ne veut avouer. Il faut bien comprendre que la peur est très présente et très palpable dans ce milieu : le pays est petit, tout le monde connaît et peut atteindre tout le monde ; cette peur naît de pratiques très anciennes de copinage et de discriminations à l’égard des récalcitrants surtout les récalcitrants de talent. Cette ambiance favorise la courtisanerie. Or, la nouvelle mandature régionale, contrairement à ce qu’on pouvait espérer, ne l’a pas fait disparaître. J’ai cependant dit publiquement ce que la plupart disent tout bas. Alors ils disent : « C’est déjà bien ». Mais ils veulent des preuves toujours plus irréfutables du « changement d’avenir ». Et je les comprends… C’est d’eux-mêmes, de leur courage à défendre et illustrer leur art que s’amorcera le vrai changement. Sur ce point, j’ai bon espoir.

CCN : Mais le fait que votre lettre, datant du 20 octobre n’a toujours pas eu de réponse, ne donne-t-il pas raison aux blasés ? À la fois ce silence est incompréhensible, à la fois il en dit long sur le retard à l’allumage de l’Exécutif Régional concernant ce sujet, pas particulièrement racoleur pour l’électeur Lambda 

FS : Moins racoleur, je vous l’accorde, que la Route du Rhum et autres festivités qui attirent le chaland. Ce n’est jamais le moment de parler de choses supposées « sérieuses », sauf à faire miroiter aux yeux du peuple les chiffres de la liesse touristique et montrer combien la Guadeloupe s’amuse au milieu des catastrophes qui plombent le pays. Hélas, en élisant la représentation politique régionale, le peuple n’a pas mis en place une organisatrice de spectacles. C’est un métier, mais tout autre que celui de politique. Or c’est au politique que ma lettre ouverte s’adressait.

CCN : Les chiffres que vous révéliez ne devraient-il pas lui parler ?

FS : Vous savez, le moins qu’on puisse dire à ce stade, c’est qu’il est des chiffres moins sympathiques que d’autres, des chiffres qu’on aurait préféré que le public n’entende jamais. Je rappelle que j’ai interrogé sur l’existence de 2 Fonds d’Aide au œuvres du Cinéma et de l’Audiovisuel : le premier Fonds, bien cadré par une Convention Centre National du Cinéma-Etat-Région et disposant d’un Comité de Lecture composé de personnes qualifiées et indépendantes pour analyser la qualité et l’égibilité des œuvres proposées ; le second Fonds, « Fonds gris » du fait de son opacité, piloté par la Région et son administration, , sans Comité de Lecture, donc sans garantie contre l’arbitraire dans l’attribution de l’aide financière publique. En effet, les chiffres sont très parlants : sur une période allant de 2015 à 2017, le Fonds CNC-Etat-Région a bénéficié d'un budget de près d'1 million d'Euros. Apport de la région : 660.000 Euros. Le « Fonds gris » a disposé de près de 3 millions d'Euros entièrement à charge de la région. Nous avons pris, comme exemple de dérive dans le gris, une société britannique qui avale 1,9 Million d'Euros à la grande fierté de certains au sein de l'institution régionale. C’est l’intérêt touristique d'une série, Death in Paradise, qui était proclamée, plus que sa qualité et notamment de son intérêt à l'égard de la culture guadeloupéenne. Cette production a écumé durant cette période les 2/3 du budget du « Fonds gris ». En 2017, toujours dans le gris sombre, ce même fonds a distribué près de 700.000 Euros. Quelle part attribuée aux acteurs de la filière audiovisuelle guadeloupéenne : 0,7% du budget total !!! C'est à dire 5.000 Euros. Ces chiffres en effet sont peu « sympathiques » car ils révèlent une grande iniquité au détriment des projets émergeant de notre propre pays.

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CCN : Comment fonctionne cette Commission à laquelle vous participez, dans le cadre de la Convention CNC-Etat-Région ?

FS : Pour rappel : dans cette Commission il y a un Comité de Lecture qui délibère sur les projets éligibles aux aides, après analyse critique des contenus et de la forme. Font aussi partie de la Commission des représentants politiques et administratifs de la Région et un représentant de l’Etat, qui sont en position d’observateurs, d’aide techniques pour des questions relevant de l’instruction administrative des dossiers. Le Comité de Lecture est animé par des professionnels et des gens de bonne volonté et motivés, bénévoles et indépendants de l’administration, qui s'efforcent de servir l'intérêt général, non des intérêts privés, dans un souci d'impartialité, d'objectivité et d’égalité. Elle veille à fonctionner le plus normalement possible autant que faire se peut.

CCN : Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

FS : Ma foi, non. Cette commission est tributaire des incohérences et de l'opacité qui règne à la Région au titre de la politique de soutien au cinéma et à l'audiovisuel. 
La dotation financière apportée par la Région pour soutenir cette commission est étrangement faible face à d'autres mécanismes de soutiens, trois fois mieux pourvus financièrement mais sans transparence ni impartialité en matière de fonctionnement et de pilotage. Comment pourrait-on dire qu'une commission fonctionne normalement alors qu'elle trouve face à elle deux autres fonds de financement richement lotis mais dont les décisions reposent sur le bon vouloir de quelques administratifs, voire de quelques élus, sans le recours à aucune commission d'experts indépendants ? Un déni de démocratie qui signifie règne de l'arbitraire, du copinage et du coquinage. Cette multiplication de soutiens « à la tête du client » n'est qu'une illustration de la devise « Diviser pour régner ». Un héritage parfait du système colonial.

CCN : Là, « le Diable » est nommé, mais puisque chacun sait qu’il se trouve dans les détails, il nous en faut plus.

FS : La multiplication des fonds de soutien gris ou opaques crée également des effets de court-circuit, d'impasse et de mise à l'écart. Des projets, souvent de grande valeur sur le plan de l'intérêt culturel et du sens qu'ils portent, se voient dirigés vers la commission CNC Région alors même que celle-ci ne dispose pas des fonds nécessaires pour les soutenir. 
En réduisant à la portion congrue la dotation financière de la commission CNC Région, on crée un effet de mise à l'écart. 

Exemple : pour des raisons réglementaires et budgétaires, que la Région ne cherche pas à modifier parce que ça la gênerait ailleurs, notre commission ne peut sérieusement soutenir qu'un seul projet de long métrage de fiction au cours d'une session d'examen. Que faire pour les autres projets, y compris s'ils sont guadeloupéens ? Ils passent à la trappe.
C'est en vérité une façon très ingénieuse de se débarrasser de certains projets forts, éloignés de toute franchouillardise, sans même se salir les mains. Résultat : par le biais de mécanismes réglementaires et budgétaires bétonnés, on vire avec tous les apparats de la bonne forme administrative tel ou tel projet de tel ou tel cinéaste guadeloupéen, mais on s'accorde en ouvrant la mallette magique du "Fonds gris", hors de toute commission impartiale, pour refiler 300.000 euros à une comédie franchouillarde, qui n'en a guère besoin ! Ou encore 1,9 millions d'euros à une série qui en a encore moins besoin ! En nous expliquant que c'est bon pour l'économie. Ce qui est douteux et incompréhensible, c'est que ce qui vient de l'extérieur -même le pire- est bon pour l'économie tandis que ce qui vient de l'intérieur est bon pour le placard.

CCN : N’est-ce pas se rendre complice que de rester dans cette Commission ?

FS. Alors pourquoi continuer de faire partie de la commission CNC Région ? C'est en étant au sein de cette commission que j'ai pu découvrir toutes les incohérences et les grisailles qui caractérisent la politique de pseudo soutien au cinéma et à l'audiovisuel. Rester me permet d'observer, de faire des constats et d'alerter librement mes concitoyens sur tout ce qui peut paraître anormal et même choquant. Etre présent dans cette commission n'est pas se soumettre et se taire, c'est ouvrir les yeux, dresser l'oreille et informer l'ensemble du public. Car, rappelons-le, il s'agit d'argent public. Les guadeloupéens sont autant cotisants que bénéficiaires. 

CCN : Je vois dans F-Antilles du jeudi 15 novembre, une page consacrée à un événement organisé par la Région et intitulée « Les îles de Guadeloupe, plus que jamais terres de tournage ». Ce titre ne sonne-t-il pas comme une réponse à votre lettre, sous-entendu « Je persiste et je signe » ?

FS : On peut croire à une réponse au titre de ma lettre qui est une question « Paysage pour films de passage ou pays de créateurs ». Si c’est une réponse, elle est aux entournures, évitant peu courageusement de traiter de la divergence de fond qu’il établit. Autour, il y a le flonflon d’une énième opération de séduction au nom de « Caribbean Location Roadshow », très british pour impressionner son monde. Et puis, sans honte, l’annonce de 15 millions d’euros par an de chiffres d’affaires « du fait des recettes de tournage » (sic). Tout cela pour tirer in fine la conclusion que grâce à l’accueil des tournages de Death in paradise, Minuscule II ou autre All Inclusive, « le secteur du film guadeloupéen » a démontré qu’il avait sa place dans l’industrie (française, mondiale ?) du film. Encore une fois, toute une ribambelle d’invités-alibis, français, américains et caribéens, sous la férule de la Région, de Film France et du Comité du Tourisme des Iles de Guadeloupe. Le programme : « visites professionnelles guidées », conférences, networking, recensement des sites de tournage, performances artistiques autour de l’histoire amérindienne avec groupes carnavalesques à peaux et graffeurs

CCN : Un moment touristique, donc ?

FS : Un grand moment touristique ! (Rires)… Puisque, de l’aveu même des initiateurs, ce rendez-vous est « dédié » (sic) aux professionnels locaux, comme une sorte de cadeau exceptionnel, comme pour faire oublier tous ces rendez-vous manqués avec nous-mêmes, chaque fois qu’il le fallait. Mais voilà que le président de la Commission Culture de la Région, par gentillesse ou naïveté, vend la mèche : « L’idée est de rassembler tous ceux qui sont intéressés par la question du décor »… Hé là, tu parles du « paysage », lui souffle probablement sa conscience… Et il se perd en justifications : « Nous voulons dire que le décor doit raconter une histoire, dire une trajectoire et doit être enraciné dans un terroir »…Ce que n’ont jamais cessé d’être nos végétations, de raconter nos vieilles pierres, nos raconteurs, nos écrivains et nos réalisateurs. Mais le décor semble plus digne d’intérêt que la Guadeloupe faite de chair, de sang et d’intelligence.

CCN : Donc, pour vous ce n’est pas une réponse… c’est un masko ?

FS. Oui, mais un masko même pas beau. Une piètre dérobade. Je n’attendais pas une réponse équivalente, par lettre publique, écrite et signée par le destinataire de ma lettre. Je me rends bien compte que le politique puisse être embarrassée quand il s’agit de reconnaître que ça ne va pas et pourquoi dans le dispositif d’aide. Il faut de la modestie et du courage.

Ma seconde explication, c’est que tellement habitué à recevoir des attaques de l’adversaire ou de concurrents électoraux, le politicien n’arrive pas à se faire à l’idée d’une critique qui invite dans le respect à faire mieux. Celle-là venant d’un citoyen, engagé certes, mais en aucun cas adversaire électoral…

En dernier lieu, je pense aussi à la « grosse tête » que procure souvent le pouvoir, bien entretenue par les courtisans, ce qui donne le sentiment qu’on peut tout se permettre, qu’on a forcément toujours raison. Cela s’appelle, la suffisance. C’est une vraie maladie du pouvoir, mais une maladie curable. Parce que si l’actuelle équipe régionale se contente de rectifier concrètement le tir, de réformer lisiblement ce système d’aide à deux vitesses en rétablissant plus de transparence, plus d’équité et plus de respect à l’égard de nos créateurs, le Président peut se dispenser de me répondre personnellement par écrit. Les actes et les faits seront la meilleure réponse.

CCN : Le rôle du service public a été évoqué dans votre missive, qu'espérez-vous de Guadeloupe la 1ère TV ?

FS. Je n’espère rien moins que ce que tout guadeloupéen espère : encore mieux et encore plus. Voir dans leur télé le meilleur du pays et même plus que le meilleur : des œuvres cinématographiques et audiovisuelles créées par nos auteurs et réalisateurs, produites par nos producteurs (documentaires, films de fiction, séries…) Donner une chance aux nôtres, qu’ils vivent en Guadeloupe ou ailleurs, de revenir au pays, soit réellement, soit symboliquement par leurs créations. Qu’ils parlent du pays où ils vivent ou du pays qui leur manque. Lorsque je formule, à la fin de ma lettre au président que la culture ne saurait être le parent pauvre des défis à relever, qu’elle est notre parent riche, qui contient tout pour nous éviter d’être un pays mort, de mort cérébrale, continuant sous perfusion une existence végétative, sous de beaux paysages, c’est de cela que je parle. Il est inacceptable qu’entre une Collectivité publique qui prétend aider le Cinéma et l’Audiovisuel au niveau régional et un Service Public de Diffusion Télévisuelle Régionale il n’y ait pas le moindre début de construction concertée d’une telle orientation. Or Canal + Antilles, entreprise privée (qui est, soit dit en passant, une filiale d’une multinationale) bénéficie de toute la sollicitude publique.

Avant de s’échiner à rendre la Guadeloupe visible par le monde, et pour qu’elle le soit vraiment, qu’elle soit d’abord plus visible et plus comprise par les guadeloupéens eux-mêmes ! C’est à ce prix que le cinéma guadeloupéen commencera à exister. En retrouvant et en réinventant un pays.

CCN : Peut-on se risquer à parler de doudouisme ?

FS. Ce n’est pas le doudouisme d’antan, quoiqu’on veuille encore à tout prix que les touristes aient comme première image à leur accueil des doudous dans des costumes plus dignes de musées que de représentation de la vie réelle. Il y a quelque chose d’aussi pernicieux qui hérite de la vision coloniale de nous-mêmes pour lui substituer en douce, l’air de rien, une version post ou néocoloniale que porte toujours l’Assimilation. Cette vision du tourisme que je fustige, vide peu à peu de leur substance, des musiques, des danses, des littératures à travers lesquelles nous construisions notre identité. Elle remet le paysage tropical à l’honneur pour cacher le mal-être, mais aussi les qualités de résistance des gens. Tout cela avec une effronterie et une arrogance obscène, parfaitement satisfaite d’elle-même. En changeant apparemment de camp, l’ancien doudouisme, s’encravate et parle pointu de « guadeloupéanité » et tout ce qu’on veut, sans pour autant, cesser de faire les yeux doux au pouvoir lointain, en l’occurrence aujourd’hui, au macronisme. Interrogez nos politiques ! Leur argument récurrent ne dépasse pas le fameux « Je travaille pour les Guadeloupéens, car j’aime mon pays »… La plus belle femme du monde n’a cessé d’entendre des « je t’aime » de tous les flagorneurs de la Terre. Notre malheureux et, pourtant beau pays, n’entend que ça aujourd’hui du dernier politicien venu. Il n’en demande pas tant, seulement les raisons et les moyens d’un amour-propre, d’une fierté d’être moins dépendant, à défaut d’être totalement libre.

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CCN : Il est temps de mettre en perspective. La commission CNC Région peut-elle par ses travaux contribuer à l'émergence d'une filière guadeloupéenne de création ?

FS. Oui, en théorie, malgré la modestie des moyens qui nous sont affectés. Mais dans en l’état des choses, il en est tout autrement. Certains, dans le souci de défendre le pré-carré de leur pouvoir, se sont ingéniés à introduire des mécanismes qui pénalisent les jeunes créateurs. Or, rien ne peut être développé sans le soutien aux jeunes talents. 

Un exemple : celui de l'aide à la réécriture. Je passe sur ce vocable anodin, mais ses conséquences administratives sont très contraignantes : elles empêchent purement et simplement d'aider les jeunes auteurs débutants qui voudraient solliciter une aide librement. En Guadeloupe, l'effet en est dévastateur : les nouveaux talents sont rayés de la carte des aides sans même qu'ils puissent proférer le moindre mot. Virés avant même de pouvoir exister ! Or, nous constatons qu'il existe de vrais nouveaux talents qui mériteraient d'être aidés, mais aux yeux de certains ils ne font partie ni du paysage ni du pays. On donne sans compter à des productions extérieures déjà richement financés mais on coupe l'herbe sous le pied à nos jeunes pousses. Qui a décidé d'une pareille ineptie ? Les 300.000 € gracieusement accordés en une fois au film « All Inclusive », cela représenterait 60 attributions d’aides à l'écriture que les jeunes guadeloupéens ne recevront pas...

CCN : Autre mise en perspective : Quel est l'enjeu autour du cinéma et de l'audiovisuel en Guadeloupe ? 

FS. Les images et les récits qui les accompagnent (documentaires ou fiction) s'adressent aujourd'hui à des écrans multiples et omniprésents dans notre quotidien par la grâce du virtuel. En Guadeloupe comme partout ailleurs. L'étroitesse de notre île - en surface mesurable - nous condamne-t-elle à un rôle subalterne ? Sommes-nous fatalement, inéluctablement réductibles à un rôle de façonniers, de servants : repeindre et réparer les contenants, les « tuyaux » ? Ou pouvons-nous prétendre à devenir des fournisseurs de contenus, autrement dit des créateurs sans complexe à l'égard des autres d'où qu'ils soient ?

L’intérêt du virtuel c'est qu'il rend le pari et sa réussite possible. Nos créateurs et l'imaginaire qu'ils portent ont un rôle à jouer. Sans gêne et sans préjugé à l'égard de quiconque. A condition que leurs efforts soient valorisés et soutenus par les politiques publiques à l'échelle régionale, de manière concertée, transparente et cohérente. Ce dont nous avons besoin en Guadeloupe même, c'est de faire émerger des producteurs, des auteurs et des réalisateurs, créateurs de contenus dignes de ce que nous sommes de par notre culture et notre histoire. La réalité d'aujourd'hui, c'est qu'on astreint nos jeunes talents à un rôle subalterne, cadenassés par la pression et la menace d'être blacklistés, au lieu d'émanciper et de faire valoir leurs forces créatives. 

CCN : Enlevez-nous un dernier doute : les tournages venant de l'extérieur sont-ils une ressource économique pour notre Pays-Guadeloupe ?

FS : Certes, et bien sûr ! Tout est question de dosage et d'équilibre, et à condition d'user avec parcimonie et discernement de l'idée que nous sommes un lieu à paysages, mais sans gommer les êtres de chair, de sang, d'histoire et de culture qui font ce pays...

Or, cette affaire des tournages de l'extérieur est trop souvent utilisée par certains comme une boîte à miracles et à merveilles. Quand ils n'en font qu'une source de mensonges et de supercheries ! 
On nous décrit une situation digne d'Hollywood ! On nous dit que 288 entreprises de production sont actives en Guadeloupe (dixit le site de la Région) ! On nous assure que des centaines de techniciens guadeloupéens ont bénéficié, en 2017, d'une manne de 9 000 heures de travail, c’est-à-dire - tenez-vous bien - 230 semaines richement payés au tarif des conventions collectives du cinéma et de l'audiovisuel ! On nous affirme que 1,6 millions offert pour tel film venant de l'extérieur produirait 15 millions d'enrichissement pour les Guadeloupéens ! Bref, c'est Byzance et on nous sert une théorie du ruissellement monétaire paradisiaque qui ferait pâlir d'envie la principauté de Monaco !

Mais de qui se moque-t-on pour affirmer cela avec tant de morgue technocratique ?! Faut-il rappeler à ces prêcheurs de chimères que sur le fameux Death in Paradise, généreusement gratifié de 1,9 millions d'euros par nos experts institutionnels, nombre de techniciens guadeloupéens ont eu à supporter d'être singulièrement sous-payés par rapport à leurs nobles collègues britanniques ! 9 000 heures, mais alors au rabais et au rabot, comptabilisés- on se demande sur quelles bases - par quelques bureaucrates surtout soucieux de maintenir le pré-carré de leurs privilèges et de leur pouvoir.

Car il est une autre vérité qui mérite d'être dite : si certains s'accrochent tant à cette politique de dévastation, c'est juste parce qu'il existe une ivresse symbolique du pouvoir. L'ivresse de pouvoir dominer les siens.... Devenir les seuls vrais interlocuteurs en tout et les petits maîtres du système à l'encontre de tous.



 

 


 

 

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