Breaking News

Guadeloupe Economie : Les Assises de l’outre-mer à l’épreuve des réalités

06 Déc 2017
455 fois

Basse Terre-Capitale. Mercredi 6 décembre 2017.CCN.A l’heure des Assises de l’Outre-Mer, la Guadeloupe peut-elle plastronner au motif qu’elle bénéficie de l’image d’Epinal d’un archipel prospère porté par une géographie d’exception en matière de cadre de vie, de paysages et de diversité des milieux et des hommes ? Constitue-t-elle vraiment un îlot de bien-être dans la Caraïbe avec un niveau de vie et d’équipements modernes comme l’université, le Grand port Maritime, l’aéroport Pôle Caraïbe, le CWTC, le Mémorial Act(e) entre autres ? Ou bien ne ressemblerait-elle pas plutôt à un miroir aux alouettes, à un tableau en trompe-l’oeil, à un héritage artificiel de la colonie, espace d’une France des lointains comme fossilisé dans un état de dépendance entretenu, nonobstant le grand raout des Etats Généraux de l’Outre-Mer  de 2009 au bilan d’exécution curieusement non publié à ce jour?

L’envers du décor est sans appel : un masque d’artificialité grandissante, un climat d’anomie chronique et de revendications catégorielles, un état de souffrance sociétale  préjudiciable à des lendemains assainis. Ce rendez-vous des Assises devrait tenir compte de ce diagnostic inquiétant, d’une situation qui - en dépit des schémas sectoriels élaborés par les collectivités, des lois et des aménagements opérés par le pouvoir central - s’est à bien des égards dégradée depuis 2009. A l’évidence quand on se met dans la peau et l’esprit de « l’homme-habitant » confronté à la face des réalités du quotidien, le constat ne laisse plus de place au doute : la crise est bel et bien là, la vie est plus chère nonobstant la loi de régulation économique de 2013, les revers essuyés contre la bataille de l'emploi"

la violence s’est durablement installée, la survie écologique est à l’ordre du jour, le monde de l’éducation râle, la classe moyenne et les couches populaires s’en prennent à un système fiscal devenu presque confiscatoire, les rapports humains se crispent, les conflits sociaux s’accusent, les insatisfactions et incivilités pleuvent... A l’évidence quand on pratique sensoriellement le péyi, ce constat dénote détresses, symptômes et pathologies.

Concrètement, dès son lever, « l’homme-habitant » tourne un robinet souvent désespérément sec. D’humeur mâché,  il pose ensuite les pieds dans un véhicule très vite absorbé par des  embouteillages inextricables pour cause de trombose automobile générés par un système de transports ignorant la diversification modale . Il en déduit immédiatement que la somme de ces désagréments matitudinaux seront payés cash par la société active : pertes sèches et dysfonctionnements pour les administrations, commerces et entreprises de l’île, sans oublier la pollution. De retour chez lui en fin de journée, après les bouchons vespéraux, il déplore amèrement de devoir encore balancer tous ses déchets en vrac dans une poubelle non sélective : toujours pas de filières fonctionnellement établies de collecte, traitement et valorisation ! La nuit tombée, lumière allumée, il prend connaissance de sa facture d’électricité en regrettant qu’éoliennes, photovoltaïque, énergies renouvelables en général avancent si doucement au regard du potentiel énorme dont son pays regorge. Retrouvant ses enfants, diplômés et en âge de travailler, il s’inquiète de leur avenir sachant que 60 pour cent des jeunes de 15 à 24 ans sont inactifs et que leur PIB (par habitant) sera inférieur de 12000 euros par rapport à celui d’un jeune de l’Hexagone. La radio annonçant au même moment une énième série de braquages, il ne peut s’empêcher d’associer chômage ambiant et déviance violente sociétale.

Dépendance entretenue

Ce Guadeloupéen moyen, par ailleurs éreinté par le fisc, les taxes, les charges, les frais bancaires mis en place par l’Etat, les communes et collectivités de toutes sortes, n’ignore pas non plus que la balance commerciale de son île est diablement déficitaire et que notre économie ne peut que battre de l’aile pour être passée d’une économie coloniale de plantation à une économie de services et de consommation. Comment ne pas s’étonner de payer sur un billet d’avion PTP/Paris aller-retour quasiment 60% de taxes aéroportuaires et sur les fluides fondamentaux en général (terme géographique pour dire eau, essence, gaz, électricité, téléphone), notamment la facture d’eau, d’acquitter très souvent beaucoup plus en abonnements qu’en consommation propre (gigantesque rattrapage financier des impérities de gouvernance !).

Notre îlien désabusé, placé donc au coeur du système, voit en outre se creuser les inégalités territoriales entre les petites régions de l’espace archipélagique au bénéfice du pôle saléen devenu hégémonique en raison du caractère tentaculaire de son urbanisation et de sa concentration commercialo-portuaire (TPE et PME en patissent). Il aperçoit quotidiennement les dégradations apportées au patrimoine naturel par le mitage de l’habitat (soit 400 ha prélevés annuellement de l’espace agricole et naturel), déséquilibrant ainsi l’harmonieux partage spatial zonal qui ménage aujourd’hui 1/3 de territoire en secteur naturel, 1/3 en sole agricole, 1/3 en surface anthropisée.

Cependant, ce Guadeloupéen-là sait pertinemment que même si son archipel est un espace contraint et fragile, notamment en milieu littoral, du fait des risques naturels mais pas seulement, il contient paradoxalement de grandes potentialités et des leviers suffisants pour susciter un développement endogène, en lien avec des rapports sociaux que l’on voudrait moins conflictuels et donc nouveaux. Plongé dans son mal-être, il se prend à imaginer, pour sortir de la « marginalité entretenue » par rapport au centre continental hexagonal (Blancodini 2005), l’avènement d’une gouvernance autrement partagée assortie d’une autonomie assumée sur de nombreuses problématiques. l’autonomie oui, un régime institutionnel ne se contentant pas de la possibilité légale des habilitations actuelles et dépassant le cadre de la loi NOTRe, pour  tendre vers un système apparenté dans l’esprit (avec gouvernement local) à celui des Canaries, Madère et Açores, mais, pour l’heure, dans une configuration constitutionnelle de type Collectivité territoriale unique voire PTOM.

D’aucuns -un peu frileux pour ne pas dire conservateurs - devraient se convaincre que l’idée d’autonomie recèle la racine « nomos » signifiant la loi. Et que par conséquent cet encadrement idéologique et politique conforme à la marche de l’Histoire et porteuse d’une Guadeloupe responsable, capable de projets et d’engagements consensuels ne correspond pas à la négation de règles ni de liens, mais qu’elle privilégie la loi et la culture qu’on se donne à soi-même. Puisse ces Assises être l’occasion d’avoir un dialogue objectif sur le débat institutionnel jusquà présent trop souvent, comme l’a écrit dans une interview donnée au quotidien France-Antilles l’universitaire Fred Réno, « pollué » par les ambitions politiques des uns et des autres !

Au final notre porte-parole, allergique au conservatisme et à la poudre aux yeux, souhaiterait que ces Assises adoptent le triptyque :

Aménagement (du territoire),

Ménagement (des espaces sensibles),

Management (éclairé des pouvoirs publics) et progressisme institutionnel

M.E.

Évaluer cet élément
(0 Votes)
Connectez-vous pour commenter

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires