Breaking News

Guadeloupe. Rencontre avec le collectif des organisations socioprofessionnelles : Discours de Josette Borel-Lincertin

24 Fév 2021
911 fois

Pointe-à-Pitre. Mercredi 24 Février 2021. CCN. Suite à la mobilisation des axes routiers de la Guadeloupe, Josette Borel Lincertin échange avec le collectif d'entreprise de la Guadeloupe. Ci-dessous CCN vous soumet son discours.

Monsieur le préfet,
Mesdames et messieurs les parlementaires, Monsieur le président de Région,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs les membres du collectif, Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités,

Je ne serai pas très longue pour laisser tout le temps nécessaire à nos échanges.

C’est aujourd’hui une nouvelle réunion convoquée à la suite d’une nouvelle mobilisation du collectif des socio-professionnels qui s’était déjà manifesté en décembre dernier.

Et déjà, à l’époque, une réunion avait été organisée, à peu près dans ce même format, pour répondre - à peu de choses près - aux mêmes attentes et aux mêmes revendications.

C’était le 15 décembre et j’ai envie de dire que seul le lieu change quelque peu dans la mesure où cela se déroulait à Basse-Terre, au siège du Conseil régional, et que nous sommes aujourd’hui à Baie-Mahault, au vélodrome régional.

Cela paraîtra un détail pour certains... d’autres diront que j’ai mauvais esprit...

Mais je le dis : je reste persuadée qu’un lieu neutre est toujours préférable pour ce genre de réunions et que cela conditionne toujours - d’une manière ou d’une autre - la façon dont les débats sont conduits.

Mais passons...
J’ai entendu les arguments pratiques de Monsieur le préfet et je m’y suis rangée. Nous sommes là pour travailler. Nous sommes là pour échanger.

Le 15 décembre je n’étais pas présente, mais le Département était représenté par mon vice-président Philippe RAMDINI qui est de nouveau à mes côtés cet après-midi, avec notre collègue vice-président Marcel SIGISCAR.

Et lors de cette réunion, déjà, nous avions alerté sur le risque qu’il y aurait à ne pas entendre l’inquiétude et la détresse de nombreuses entreprises qui sont confrontées aux conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire.

Et le risque est d’autant plus grand que cette inquiétude et cette détresse des entreprises font écho à la précarité et à la pauvreté dans lesquelles s’enfoncent un grand nombre de familles guadeloupéennes ces derniers mois.

L’augmentation des demandes de RSA que nous constatons au Département en est un indice parmi d’autres...

Aujourd’hui, nous sommes deux mois après ce premier échange et nous sommes face à une nouvelle mobilisation dont nous ne pouvons pas dire qu’elle nous prend par surprise.

Hier, ici même, il était d’ailleurs question de « dialogue social » lors d’une rencontre organisée par le président de Région avec les organisations patronales.

Certains d’entre vous y étaient...
Et 24 heures après, nous voici déjà en pleine séance de travaux pratiques !

Aujourd’hui, notre message ne peut cependant pas être très différent de celui de décembre dernier.

Nous n’approuvons évidemment pas le fait de perturber, voire de paralyser ainsi l’activité économique de notre territoire.

Nous ne l’approuvons pas, parce que nous sommes convaincus qu’il ne faut pas bloquer la Guadeloupe, mais qu’il faut au contraire parvenir à la débloquer.
Mais le mouvement d’aujourd’hui, comme il y a deux mois, est un symptôme qu’il faut prendre au sérieux et auquel il faut répondre.

Face à la crise sanitaire qui dure depuis maintenant un an et dont nous ne sommes pas encore sortis, les économies mondiales ont été placées sous assistance respiratoire dans l’espoir que ça ne durerait pas.

La Guadeloupe n’y a pas échappé.

Mais nous sommes un petit territoire et nous sommes vulnérables face à ce genre de crise qui peut emporter tout notre tissu économique.

Cela fait des mois que l’on entend parler de relance.

Des mois que nous entendons parler de millions qui s’empilent pour devenir des dizaines de millions, jusqu’à des centaines de millions.

Mais, pour l’heure, nos entreprises, comme notre population, disent ne rien voir venir.

Ils disent, et il faut les entendre, qu’il y a eu beaucoup de communication et encore peu de concret.

Bien sûr il y a eu le chômage partiel, les prêts à taux zéro, les fonds de soutien et de solidarité. C’était cela, l’assistance respiratoire. Et puis il y a eu aussi des aides sectorielles, pas toujours distribuées de manière transparente, d’ailleurs...

Mais, si nous voulons éviter la catastrophe d’une économie qui sombre, nous devons rapidement changer de braquet et passer de la parole aux actes.

Tous.
Car nous sommes face à un autre mal.

Un mal que j’appelle l’impuissance publique, qui nourrit la défiance croissante de notre population à l’égard de la classe politique.

L’impuissance publique c’est cette impression, pour beaucoup de nos compatriotes, que les pouvoirs publics, dans leur ensemble - car cela englobe aussi bien l’Etat que les collectivités locales - ne parviennent pas, ne parviennent plus, à résoudre les difficultés du pays.

Aussi bien les difficultés du quotidien que celles qui relèvent des problématiques de fond.

Le dossier de l’eau est assurément l’une des causes et des illustrations les plus emblématiques de cette perception.

Mais c’est plus généralement le cas de nos services publics essentiels comme les transports ou les déchets.

Et c’est aussi le cas, quand nous ne parvenons pas à éteindre un conflit dans deux sablières qui paralyse la quasi-totalité de nos chantiers... et nous condamne ainsi à ... l’impuissance...

Nous y sommes.

A travers les questions très concrètes que nous posent les entreprises aujourd’hui, mais également les syndicats ouvriers - dont certains sont déjà mobilisés - c’est tout cela qui doit être sur la table dans une Guadeloupe qui, certes, a besoin d’optimisme en ces temps troublés. Mais cet optimisme ne doit pas devenir une forme de déni de la réalité que vit notre population.

Je m’arrête là et nous répondrons dans le vif des débats aux questions qui nous seront posées.

Je vous remercie.

Évaluer cet élément
(2 Votes)
CCN

Webzine cari-guadeloupéen créé en 2008. Notre premier objectif est d'établir par ce biais un véritable lien entre les caribéens, qu'ils soient francophones, créolophones, anglophones, hispanophones. L'information est donc pour CCN une matière première d'importance capitale.

Site internet : www.caraibcreolenews.com

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires