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Guadeloupe. Mo Make : rapport sur la filière sucre

Pointe-à-Pitre. Jeudi 29 juillet 2021. CCN. Ce lundi 26 juillet, un rapport sur l’avenir de la filière sucre outre-mer confiée à l’Inspection générale des finances, au Conseil général de l’environnement et du développement durable et au Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux a été rendu public. Ce dernier recommande la fermeture de l’usine sucrière de Marie-Galante.

Tout d’abord, sur la forme nous nous étonnons de la sortie de ce document, commandé par les ministres des outre-mer et de l’agriculture, à la fin juillet et en plein débat parlementaire sur l’obligation vaccinale fortement contestée dans l’hémicycle et dans la rue. Le calendrier de cette sortie est d’autant plus surprenant qu’une mission interministerielle, récemment en visite à Marie-Galante, contrairement aux rapporteurs coupables, avec pour objet l’usine de Grand Anse et la filière, doit rendre ses conclusions dans quelques temps.

Même si le gouvernement indique ne pas vouloir tenir compte de ces conclusions, nous sommes dubitatifs. La volonté de fermer cette unité ne fait guère de doute. L’absence d’engagement ou l’empêchement de la structuration et modernisation de l’outil et plus largement de la filière est flagrante.

Cette sortie médiatique est une technique maintes fois utilisées soufflant le chaud/froid pour influencer les options. Mais il n’en demeure pas moins que le projet de 2018, de transformation en usine de cogénération produisant de l’électricité pour la sucrerie et le territoire uniquement à partir de la biomasse et de la bagasse de Marie-Galante et qui portait l’assentiment de tous les acteurs locaux est resté lettre morte. Les signataires attendent toujours la validation gouvernementale trois ans après sur un dossier où l’habilitation énergie est pourtant de la compétence régionale.

Le projet de 2021, regroupant planteurs, usinier et responsables politiques guadeloupéens, qui propose une deuxième voie avec la modernisation pure et simple de l’outil industriel, inscrite dans un récent protocole cosigné, fait face au silence de l’Etat. Au moment où tous les acteurs locaux ont emprunté une direction commune, à savoir la modernisation de l’outil industriel et que l’entreprise, la SRMG, s’est engagée à réparer la chaudière pour 2022, il serait une fois de plus inconcevable que le pouvoir central s’émancipe de la volonté locale pour imposer ses propres choix.

La filière canne-sucre-rhum demeure un élément important dans nos économies, singulièrement pour Marie-Galante. Ce secteur reste encore viable même si les quotas du sucre sont aujourd’hui obsolètes, lui imposant la loi du libre échange du marché. Il est aisé de comprendre que nos productions doivent se singulariser par leur qualité car la bataille du tonnage et des prix est impossible à gagner.

La filiere canne-sucre-rhum doit rester une valeur sûre au coté d’une agriculture qui doit évidemment poursuivre sa diversification et faire de la production raisonnée son cheval de bataille. Toute notre agriculture y compris celle de la canne doit s’orienter sur des schémas prônant la qualité plutôt que le tonnage.

Plus généralement, tant que nous ne pourrons pas porter des stratégies pour nos propres intérêts, nous continuerons de subir un rapport de force colonial où les intérêts du pouvoir central prévalent. Les choix de politique agricole commune sont imposés et les aides accordées aux planteurs dans ce cadre ne peuvent être présentées comme une faveur, par un discours culpabilisant: les Guadeloupéens contribuent au budget de l’Union Européenne.

L’ANG réaffirme sa conviction qu’avec ambition, innovation et en accord avec les acteurs du territoire, Marie-Galante possède des atouts non négligeables à développer. Nous devons collectivement avoir le courage de porter ces projets pour un territoire actif, vers un développement durable et prenant en compte un mix énergétique. Seule cette volonté peut éviter de laisser l’ile en proie à la spéculation immobilière, à l’hémorragie de sa population et à la dépendance financière et énergétique.

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