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Guadeloupe. FM Dorville : COVID-19, pour un choix raisonné

Baie-Mahault. Samedi 14 aout 2021. CCN. Le corona virus SRAS-COV2 nous a plongés en peu de temps dans un monde d’incertitudes dans lequel, ni les connaissances scientifiques disponibles, ni la philosophie, ne nous donnent suffisamment d’éléments pour tenir un discours inattaquable. Les multiples interventions d’experts qui se contredisent ici et ailleurs, sont là pour nous le rappeler chaque jour. Max Dorville, universitaire guadeloupéen a soumis à CCN, une contribution  d’une grande  lucidité, une nécessaire analyse ” raisonnée ” se situant  dans le contexte actuel,  à contrario du champ désormais infecté,  par les   polémiques entre les anti et les pro. C’est donc  à  lire…

Les modèles, bien que confirmés, qui sont présentés afin de décrire les mécanismes de la pathologie induite par le SRAS-COV2, laissent encore trop de zones d’ombre qui sont à l’origine de nombreux doutes.

Au début de la pandémie, les arguments scientifiques s’appuyaient sur des modèles statistiques pas toujours maîtrisés par le grand public, créant ainsi une méfiance de celui-ci vis-à-vis de la parole des autorités responsables de la gestion de la crise.

Enfin, dans une société divisée qui croit de moins en moins en la politique et en ses représentants, on assiste au refus de la part d’un grand nombre d’individus de toute forme d’autoritarisme qui altérerait leurs libertés individuelles.

Tout cela explique la complexité de la gestion de cette crise liée à la pandémie.

  1. Face à une pandémie, le réflexe de la société semble d’avoir toujours été de se protéger !

L’humanité a connu de grandes pandémies ou de longues épidémies et l’histoire nous apprend que si elle a toujours su en constater le début, jamais elle n’a su en prédire de manière scientifique la fin.

S’agissant de l’une des plus anciennes maladies virales connues par l’homme, la variole, la première vaccination contre date de 1788 et la maladie a été déclarée éradiquée de la planète par l’OMS seulement en 1978.

La « catastrophe grippale » de 1889, qui ravagea la Russie et l’Europe occidentale en
quelques mois et ne s’éteignit qu’en 1894 (5 ans après). La « grippe espagnole », qui débute en Chine et au Japon, dure de 1918 à 1919 et fait environ 50 millions de morts dont des soldats coloniaux. L’épidémie de choléra en Guadeloupe dont les germes arrivèrent au pays par bateau un mois après le cyclone du 6 septembre 1865, dure deux ans avec des centaines de morts par jour à la Basse- Terre.

Au début de chacune de ces épidémies connues, il y avait peu ou pas de traitement possible et pas de vaccin même expérimental. Toute personne atteinte d’une de ces maladies infectieuses inconnues, soit mourait soit gagnait son combat contre l’agent pathogène et survivait en étant immunisée.

En l’absence de thérapies adaptées, la société a toujours choisi de se protéger d’un effondrement provoqué par une épidémie, en appliquant aux malades une forme d’exclusion, quelquefois en les éloignant physiquement d’elle ; ce fut l’époque où ils étaient « parqués » dans des lazarets (Désirade, Îlet Cabri pour ce qui nous concerne). L’autre mesure consistant en une protection individuelle par des gestes barrières.

Laura SPINNEY, affirme dans un article, qu’une pandémie, ça se retire très lentement, même si l’on ne prend aucune mesure de santé publique. Toutefois, elle illustre la nécessité de l’usage de barrières sanitaires en citant le cas de l’Australie durant la grippe espagnole. Elle dit : « En voyant l’épidémie arriver depuis l’hémisphère nord, les autorités australiennes ont décidé de fermer les frontières. Ils ont ainsi protégé l’île-continent contre l’horrible deuxième vague qui a sévi un peu partout ailleurs. Mais ils ont commis l’erreur de lever la quarantaine trop tôt. Plus de 12 000 Australiens sont morts lors de la troisième vague » (n.d.l.r : à méditer !) ( L. SPINNEY « La Grande Tueuse : Comment la grippe espagnole a changé le monde ». – Albin Michel ; 29 août 2018 ).

Pendant longtemps, on ne faisait aucune distinction entre bactéries et virus. L’existence des virus ne sera révélée qu’en 1892 et il a fallu attendre 1937 pour qu’ils soient observés au Microscope électronique. C’est alors que l’on découvre que leurs très petites tailles leur permettent de se propager par contact avec une personne infectée ou par inhalation de gouttelettes de salive expulsées lorsqu’une personne infectée tousse ou éternue.

2. Quelle est la situation aujourd’hui ?

Notre société espère des gouvernants qu’ils trouvent et proposent rapidement une solution pour la protéger d’un affaissement probable. Contrairement au lointain passé, la science a fait depuis d’énormes progrès ce qui a permis notamment le séquençage du génome du virus SRAS-COV2 en trois jours après les premières alertes et de savoir avec certitude comment il survit et se reproduit dans nos cellules. C’est un énorme avantage qui permet aujourd’hui à l’humanité d’organiser sa défense et d’espérer de réduire à néant l’action de ce virus et de ses variants.

Au regard de l’histoire des maladies virales (variole, fièvre jaune, …), le politique a aujourd’hui privilégié la piste du vaccin. Une telle décision consistant à ne pas mettre à égalité le vaccin et la recherche d’un traitement a certainement été une erreur sachant que des traitements existent déjà pour d’autres maladies virales.

Certes, un traitement à l’antiviral empêche ou au moins diminue l’infection virale, mais il n’éradique pas le virus. De même, la vaccination si elle n’est pas appliquée à 100% de la population mondiale, ne permet pas non plus d’éradiquer le virus.

3. C’est quoi un vaccin ?

Le rôle du vaccin est de développer chez la personne vaccinée une capacité naturelle à se protéger contre l’agent infectieux visé. Il existe deux grandes familles de vaccins : les vaccins vivants atténués et les vaccins inactivés.

Les vivants atténués sont des germes (virus, bactérie) vivants modifiés afin qu’ils perdent leur pouvoir infectieux, mais restent capables de déclencher chez l’individu la mise en place d’une défense naturelle individuelle.

Les vaccins inactivés contiennent : soit un fragment de l’agent infectieux, soit la totalité de l’agent infectieux qui est inactivé, soit enfin, et c’est la toute dernière avancée de la science, une toute petite partie seulement d’un virus, une protéine ou son acide nucléique (son ARN ou son ADN). Eux aussi sont capables de provoquer chez celui à qui il est inoculé une réaction de défense préparant l’organisme à lutter contre toute invasion future du vrai virus.

C’est cette technique révolutionnaire qui sera utilisée pour certains nouveaux vaccins contre le SRAS-CoV2 responsable de la COVID-19. Il a l’avantage de pouvoir être produit à grande échelle et très rapidement. C’est une technique en essai clinique depuis 2008 pour un vaccin contre la grippe.

Peu connue du grand public, cette technologie ne peut que susciter certaines méfiances. Elles sont de deux types.

La première serait d’ordre purement médical. Le doute porte sur la conception du vaccin.  Le temps de mise au point aurait marqué les esprits plus habitués à entendre la mise au point de vaccins sur des temps longs (plusieurs années). L’autre cause de cette méfiance est la technologie utilisée (l’ARN messager). C’est cette technologie qui a permis de raccourcir le temps de mise au point car elle ne nécessitait pas de longues recherches et/ou des cultures en laboratoire. De plus ne soyons pas trop naïfs, dans ce cas, la question du coût de production a certainement lourdement pesé sur les choix de nos dirigeants tout autant que l’urgence de proposer une solution à la crise.

Combattre cette méfiance nécessite que l’on renforce la foi de chacun dans la science et sa confiance dans la parole des scientifiques sachants. Aujourd’hui, le volume de connaissances accumulées sur les virus, est de nature à renforcer notre confiance dans le travail des scientifiques et d’accepter en situation d’urgence, le risque collectif d’une erreur involontaire sur les conséquences possibles d’une telle technologie. Toutefois, celles et ceux qui n’acceptent pas le risque doivent être respectés dans leur non-croyance !

La deuxième méfiance est celle qui s’est développée vis-à-vis des politiques dans leurs décisions. Disons-le sans ambages, ils n’ont pas toujours été très bons ! Les ordres et contre-ordres, les petits et énormes mensonges, ont certes fait le lit de ceux qu’ils ont qualifiés de « complotistes ». Ils ont ouvert un boulevard aux opposants à leurs politiques qui n’ont pas manqué de les fustiger. Loin d’user de pédagogie afin d’augmenter le nombre de volontaires à la vaccination, les hommes au pouvoir ont menacé, ils ont utilisé la peur comme moyen de gestion de la crise sanitaire contre laquelle ils ne brandissent qu’une seule arme : le vaccin. Pourquoi ne pas avoir, dès le départ, investi dans la recherche d’un traitement approprié et communiqué sur une perspective de résultat pour ainsi donner de l’espoir aux réticents à la vaccination ?

4. Face à cette situation complexe que peut être la position de chacune et de chacun ?

Sans donner de leçon aux uns et aux autres, j’affirme que nous devons faire corps avec la réalité et uniquement la réalité. Croyons tout d’abord en ce que nous constatons !

Quelle est-elle cette réalité ?

  • La pandémie de variant en variant, prend de l’ampleur. Le virus semble être de plus en plus virulent et se propage plus facilement. En Guadeloupe pour ce qui nous concerne la vitesse de propagation s’accélère. Pourquoi ? Je laisse à chaque lecteur le soin de trouver et proposer une réponse scientifiquement inattaquable !
  • Avec une offre sanitaire limitée, les services des soins risquent vite d’être saturés avec le risque d’avoir des cas graves à domicile, propageant le virus avec la probabilité d’apparition d’un variant « Gwada »
  • Il existe un vaccin à l’ARN messager déjà inoculé à des milliards de femmes et d’hommes et le nombre d’effets indésirables observés reste minime.
  • Le formidable taux de vaccination, qui a pu être atteint grâce à la possibilité de fabrication en de très grandes quantités des doses de vaccin avec la nouvelle technologie de l’ARN messager, a largement compensé les délais de tests en phase trois qui de mon avis n’a jamais été appliquée à autant d’êtres humains pour d’autres vaccins. Malheureusement il manque le recul de plusieurs années. Mais cela ne valait-il pas la peine pour tenter de sauvegarder des millions de vies humaines ?
  • Partout dans le monde on constate que les nouveaux cas graves de la maladie sont très majoritairement des personnes non-vaccinées.

5. Face à cette réalité que peut faire chaque individu ?

Soit, refuser de se faire vacciner et attendre d’être contaminé un jour ou l’autre. Il risque au pire la mort ou d’être obligé de vivre avec des séquelles après un passage en soins de réanimation. Avec un peu de chance il développera une immunité naturelle et en réchappera.

Soit, se faire vacciner. Il aura au moins 80% de chance de ne pas développer une forme grave de la maladie et évitera ainsi le lourd traitement et les séquelles, mais persistera pour lui, un faible risque de développer à terme un des effets indésirables déjà répertoriés ou un nouveau, tout en sachant qu’il existe des traitements pour ces effets pris à temps. Pourquoi ne pas prévoir un traitement préventif de ces risques pour les plus vulnérables ?

Au regard de cette réalité je dis que : « Seul un être vivant et bonne santé peut se battre contre l’arbitraire et les décisions liberticides, inspirées par la nécessité de croissance, donc de profits pour les riches capitalistes. Seul celui-là peut faire la guerre à l’exploitation des pauvres travailleurs et à la « profitasyon ». Les morts ne produisent que des larmes des proches qui n’ont jamais été source de bien-être pour les pauvres. Et, si ces morts en grand nombre peuvent diminuer les profits ils n’appauvrissent pas pour autant les riches. »

Chacun se doit de décider en connaissance de cause de la manière dont il entend se protéger d’une infection susceptible de lui laisser quelques séquelles gênantes et accepter de participer collectivement au salut de notre Guadeloupe. Un ami me faisait la remarque : « que, la raison a toutes les peines du monde pour l’emporter sur les croyances (ou les passions) ». Je le crois.

Pour ma part, ce ne sont ni les injonctions ministérielles, ni les « fake news » de tout poil qui m’ont guidé dans mon choix, mais la raison. J’ai estimé les risques d’une vaccination bien moindre que celui d’une infection au SRAS-COV2.

FM.DORVILLE. Universitaire à la retraiteQue la raison l’emporte !

Baie-Mahault le 8 juillet 2021

FM.DORVILLE.

Universitaire à la retraite

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