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Guadeloupe. Débat. Ce que dit Laurence Maquiaba sur la situation du pays.

Pointe-à-Pitre. Vendredi 15 juillet 2022. CCN. Laurence Maquiaba, porte-parole de ANG* membre depuis 2018 du CESR*. A créé en 2015 à Petit-Canal le festival culturel Eritaj, la prochaine édition devrait se tenir à Pointe-à-Pitre. 

CCN : Le bilan ANG de 2 récentes campagnes : Présidentielles françaises et législatives ?

Laurence Maquiaba (LM) : Le message que nous avons voulu porter lors des élections régionales de 2021 est qu’il est urgent que les guadeloupéens puissent avoir la possibilité de prendre leur destin en main, de présider aux décisions qui les concernent encore plus dans ce contexte de crise sanitaire.

Il est évident que les élections présidentielles et législatives ne répondent pas à cette urgence.

C’est par un congrès et une réelle évolution statutaire que nous pourrons y accéder.

C’est pour ces raisons que nous avons fait le choix de ne pas nous impliquer dans ces débats tout en rappelant que certains des projets politiques (extrémistes et libéraux) allaient clairement à l’encontre des intérêts de la Guadeloupe.

L’importance de ces scrutins ne peut, néanmoins, nous laisser indifférents. Et il est évident que choix massif pour Jean-Luc Mélenchon puis pour l’extrême-droite montrent une défiance pour le gouvernement en place et aussi pour ses représentants en Guadeloupe.

Ce clivage s’est poursuivi dans le choix de nos représentants à l’Assemblée Nationale où le « Tous sauf Macron » a présidé. Les questions qui concernent le rôle d’un député, son pouvoir réel dans une assemblée de 577 députés, les dossiers législatifs urgents sont passés au second plan. Et c’est  évidemment regrettable. Une campagne politique devrait être un exercice permettant aux candidats en présence d’indiquer de véritable de projet pour la société guadeloupéenne, une vision.

CCN : Comment analysez vous cette abstention récurrente et persistante ? le vote le  Pen/Tolassy ?

LM : L’absence d’un débat politique qui s’attache aux problématiques des citoyens provoquent un désintérêt qui se comprend. Quand on est au chômage, qu’on a pas d’eau, que ses enfants ont peu de perspectives, que son entreprise est en difficulté; les discussions autour de la loyauté de tel ou tel élu intéressent peu. Cette désaffection n’a pas lieu qu’en Guadeloupe. Le personnel politique en place a l’air de défendre son espace d’influence et de pouvoir plus que la population. Le gouvernement de Macron a exacerbé cette vision de décideurs déconnectés, de débats tronqués et où l’impopularité des mesures n’empêchent pas qu’elles soient votées.

Dans ce contexte, le discours populiste de Marine Le Pen qui se positionne comme un rempart peut apparaitre pour certains comme une solution. De plus en plus, à la faveur des campagnes électorales, le RN se positionne opportunément comme défenseur des classes populaires. Dans les faits, Marine Le Pen et son parti ne se sont jamais opposés frontalement à la politique de Macron, au contraire ils lui ont plusieurs fois reproché son laxisme en matière de répression, pire ils ne portent jamais les thématiques sociales à l’Assemblée.

En Guadeloupe, le représentant local surfe sur une guadeloupéanité qui serait retrouvée dans ce vote, loin des thématiques développées par son parti : suppression du créole à l’école, refus d’un débat sur l’autonomie, gestion de la crise sanitaire encore plus centralisée. Il revient même sur ses déclarations fanfaronnantes se félicitant de la destruction du bik des soignants par les forces de l’ordre en prônant désormais leur réintégration.

Pour ces raisons, nous souhaitions rappeler la nécessité qu’un véritable débat politique, autour des idées et des visions ait lieu. Les prochaines élections ont lieu en 2024, un congrès devrait avoir lieu bientôt. Chacun doit prendre ses responsabilités et enrichir ce débat. Il en va de la crédibilité des partis et de la confiance que peut exprimer la population.

CCN : Avez-vous le sentiment que les  organisations politiques toutes tendances confondues ont  vraiment lutté contre les idées lepénistes dans notre pays ?

LM : Il est évident que non. Au delà des représentants de ce partis en Guadeloupe, il est nécessaire de déconstruire les idées portées par ce parti, ces idées que la majorité des guadeloupéens ne soutiennent manifestement pas : un traitement inégalitaire des citoyens, le rejet de l’autre, plus de violence institutionnelle avec un permis de tuer pour les policiers ou encore la glorification de la colonisation.

L’objectif de notre action lors de la venue de Marine Le Pen était aussi de provoquer le débat autour de ce parti, de ces idées et de bien rappeler qu’elles n’étaient pas des idées comme les autres. La classe politique a, de manière assez lâche, oscillé entre indifférence ou en rappelant que c’était un parti comme un autre qui avait le droit de s’exprimer.

Nous apprécions maintenant les réactions paniquées quand le représentant local met sérieusement en ballottage Mr Mathiasin dans la 3ème circonscription.

Le Rassemblement National a beau tenter un ravalement de façade, c’est toujours l’idéologie du Front National qui préside. La crispation unanime de ses membres lors de la nomination du
Ministre de l’Éducation Nationale Pap Ndiaye en est lillustration flagrante.

CCN : a/Votre action au cours de la visite Le Pen était-elle suffisante ?

b/Lors  de présidentielles  au sein des RS  de l’ANG la question d’un vote protestataire anti MAcron s’est poséquelle a été  la   réponse ?

LM : Notre action lors de la venue de Marine Le Pen qui voulait faire de son passage un symbole de sa normalisation, la veille du démarrage de la campagne officielle, a montré qu’il existait encore une opposition frontale à ce parti. Il nous a semblé nécessaire de porter cette action symbolique consistant à rappeler que de telles idées ne pouvaient pas s’exprimer aussi facilement ici, plutôt que de nourrir les moqueries sur les guadeloupéens qui choisissent de les représenter. Nous tenions aussi à rester dans la lignée de ceux qui par le passé refusaient que les porteurs de ces idées rances ne foulent notre territoire, en raison de son histoire particulière.

Cette action portée par l’UPLG, le FKNG, l’APG, le MIR, le CIPN, COMBAT OUVRIER, l’ANG et des citoyens engagés aurait du permettre d’ouvrir le débat dans l’ensemble de la société. Rares ont été ceux qui se sont exprimés, ce qui en dit long sur l’état de notre débat démocratique.

La crispation autour du slogan « Tout sauf Macron » a occulté les questions relatives à l’intérêt de la Guadeloupe. En 2017, les Guadeloupéens votaient massivement pour Emmanuel Macron, cette fois-ci ils ont voté massivement pour Jean-Luc Mélenchon puis pour tout candidat-député se réclamant de la NUPES. Il y a fort à parier que nous verrons dans quelques temps des signes de déception aussi pour ce camp. Face à cette crise sanitaire d’ampleur, que ce soit Sarkozy, Hollande ou n’importe quel président, nous n’aurions pu échapper à cette centralisation accrue des décisions qui a mis de côté nos décideurs et nos soignants. Et c’est uniquement la prise de conscience de la nécessité de nous prendre en main qui pourra produire des effets différents.

CCN : Globalement les patriotes indépendantistes et autonomistes  de l’ANG  et ailleurs sont quasiment inaudibles, que faudrait  il  pour se  faire entendre ?

LM : Heureusement, ce n’est pas le bruit ou le buzz qui conduisent nos actions. Nous avons tout au long de la crise sanitaire été porteurs de propositions politiques, nous avons avec les élus en place formalisé un protocole sanitaire guadeloupéen, nous avons rappelé que l’incohérence de notre situation nous poussant à demander plus de spécificités au lieu de penser un système qui nous soit adapté. Nous et d’autres n’avons jamais cessé de nous exprimer: que ce soit sur la crise sanitaire, sur l’affaire Claude Jean-Pierre par exemple.

En parallèle, nous continuons à travailler avec les comités de commune pour préparer notre Congrès Politique du 10 juillet 2022. C’est l’occasion pour nous d’indiquer notre vision politique de la Guadeloupe, nos prochaines actions et nos orientations. Nous avons pris le temps de travailler avec nos membres ce qui sera notre feuille de route afin que chacun sache clairement  dans quelle direction l’ANG souhaite aller.

Nous sommes convaincus que c’est la constance et la justesse de nos travaux qui permettra de marquer la population plutôt que la recherche de popularité qui conduit un jour à prendre des positions et les infirmer le lendemain en fonction de l’opinion publique.

Etant donné que le nombre de personnes intéressées par nos réunions ne faiblit pas, nous voyons bien que les attentes de la population diffère de celles des médias.

CCN : La question du CAC demeure posée et les coupures d’eau et d’EDF par la mairie ne facilitent pas les choses… L’occupation  peut-elle se poursuivre ?

LM : Il faut savoir que c’est Cap Excellence qui a coupé l’électricité du bâtiment depuis juillet dernier. Nous avions pu pendant 11 mois nous connecter sur une borne de la Ville de Pointe-à-Pitre. Nous avons constaté que malgré les déclarations d’Eric Jalton, ses services faisaient pression sur le Maire de Pointe à Pitre, mettant en cause sa responsabilité pénale.

En 11 mois, nous avons pu rencontrer le  Maire de Pointe-à-Pitre, le Président de Cap Excellence, le Président de la Région Guadeloupe, le Directeur de la Direction des Affaires culturelles et nous avons participé aux réunions organisées par les services de Cap Excellence. Nous avons rencontré le monde économique qui sest dit prêt à accompagner le secteur porteur des Industries Culturelles et Créatives. Seul le Président du Conseil Départemental refuse de nous rencontrer.

Tous ceux que nous avons rencontrés reconnaissent que cette occupation du bâtiment se déroule correctement. Ils ont pu aussi entendre nos problématiques et les pistes de solutions que nous portons telles que la création d’un tiers-lieux, la nécessité de la réhabilitation de la salle de spectacle de 1000 places. Nous avons aussi proposé qu’un centre de ressources soit hébergés pour accompagner la professionnalisation des acteurs culturels et des artistes. Un lien devra être fait avec l’Université et une recherche de complémentarité avec les projets actuels ou à venir: le Macte, le projet de Centre d’Art Contemporain, Sonis et les acteurs privés. Ce n’est pas encore le cas.

Ce qui est déplorable dans cette situation de squat que nous avions imaginé de courte durée, cest lincapacité à dialoguer des collectivités. Le sujet de la sécurité est un alibi alors que le bâtiment était dédans son état dabandon (bien plus dune année sans travaux) source de danger pour la population, en particulier pour les résidences environnantes en période cyclonique. Chacun se rappelle les appels à vendre le chantier, le transformer en parking ou ceux qui demandaient à ce quil soit rasé. Heureusement, notre action a permis de sécuriser le Chantieret ses abords, et remettre le Centre des arts au coeur de lactualité, il a même inspiré bon nombre de collectivités !

Mais comment aurions-nous pu imaginer que Cap Excellence nierait tout simplement les citoyens mobilisés au CAC, malgré nos apports et nos propositions ? La collectivité se targue de concertation alors que cette dernière implique que les participants partagent les résultats : nous ne savons pas ce qui a été retenu des multiples propositions que nous avons portées par tous moyens. Nous nous sommes invités plus d’une fois dans les réunions où le Kolektif n’était jamais formellement convié. À tel point que le programmiste venu de France nous a sollicités plusieurs fois pour des séances de travail, s’il fallait encore démontrer que nous détenons une certaine expertise et une légitimité à agir vu nos différentes expériences professionnelles. De plus, nous avons très tôt indiqué les pistes de sorties, la possibilité de conventionnement de loccupation qui est régulièrement utilisée en pareil cas en France. Seul le Maire de Pointe-à-Pitre a compris lintét dune relation gagnant/gagnant et dune co-construction dans cette mobilisation que la population soutient massivement depuis un an.

Nous navons jamais demandé à ce que cet outil public revienne uniquement au Kolèktif Awtis Rézistans, bien au contraire. Cest un bien commun des Guadeloupéens et ce serait dilapider leurs deniers que de continuer à sentêter dans des constructions qui ne servent aucun des intéressés.

Aujourdhui, le Centre des Arts héberge des artistes et des artisans qui y trouvent un lieu pour faire connaitre leur travail. Ils sont toujours mobilisés dans lattente dune réponse officielle de Cap Excellence quant à la reprise des travaux.

Pour autant, notre action ne visait pas que les murs du Centre des Arts. Depuis plusieurs mois nous travaillons à la création dun outil permettant aux acteurs de la culture et aux collectivités de travailler de concert afin que puisse émerger une véritable stratégie territoriale. Ce sont pas moins de 180 acteurs culturels, artistes, responsables de structures qui nous ont dérejoint dans cette démarche que nous avons présentée aux collectivités sus-citées. La Culture en Guadeloupe mérite une véritable politique culturelle partagée avec les concernés et lisible sur le long terme. Tous : institutionnels et citoyens, avons à y gagner pour ne plus déplorer de gaspillages catastrophiques comme celui du Centre des Arts. Pour rappel, ce chantier était évalué à 16 millions deuros pour passer à 39 millions. Nous restons attentifs aux suites judiciaires des plaintes qui sont déposées dans ce dossier.

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