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Guadeloupe. Débat. Ce que dit Eric Jalton sur la situation du pays.

Les Abymes. Vendredi 15 juillet 2022. CCN. Eric Jalton. Ex-militant exclu du PS. Ex-député de la 1ère circonscription. Fondateur de la FRAPP*. Maire des Abymes. Président de Cap Excellence. Faiseur de “rois”, véritable poids lourd de la vie politique en Gwadloup. L’interview d’Eric Jaton que nous publions a été la plus compliquée à obtenir. Le patron de  la  FRAPP  savait qu’après ces dernières élections, sa parole ne pouvait qu’être très attendue. Dont act.

CCN : 2 ans que vous êtes renouvelé à la Présidence de Cap Excellence ; Quel est le bilan ?Quels sont les (principaux) projets mis en œuvre et qui sont porteurs d’avenir ?

Eric Jalton (EJ) : Il est encore trop tôt pour faire un bilan, autre que comptable, de ces deux premières années de mandature, et spécialement évaluer l’impact des crises sanitaires et sociales que nous avons vécues sur l’action communautaire. Ces crises ont considérablement bouleversé les prévisions budgétaires et d’investissement, ainsi que les plannings. Les confinements répétés, le télétravail et les absences, ont déstabilisé l’administration et le travail, généré des surcoûts et des retards importants dans la mise en œuvre de l’action communautaire. Ces retards sont encore en cours d’évaluation et de rattrapage.

Par ailleurs, Cap Excellence ne pouvait dans ce contexte, de surcroît marqué par la réduction des dotations de l’État, restée indifférente aux drames qui se sont joués dans les quartiers et aux difficultés du tissu économique, notamment des très petites entreprises qui en raison de leurs structurations fragiles n’ont pu accéder aux aides nationales ou régionales.

Cap Excellence a dû renforcer l’action des associations, et l’accompagnement social dans les quartiers. Il a fallu de même, mettre en place, dans un dialogue rapproché avec les acteurs économiques, des dispositifs innovants pour anticiper les difficultés des entreprises, accompagner les survies et limiter les dépôts de bilan. 10 millions d’euros ont dû être mobilisés à ce titre.

De manière concomitante il a fallu revoir les prévisions d’investissements, veiller à ce que ceux ci se maintiennent à un niveau de 10 millions d’euros, pour alimenter la commande publique, là où ça paraissait possible.

Globalement nous avons maintenu le Cap sur nos projets structurants avec notamment les chantiers suivants :

  • La reconfiguration du centre des arts et de la Culture de la Gpe
  • L’achèvement des projets de la rénovation urbaine
  • La mise en œuvre du NPNRU (Nouveau Programme National de Rénovation Urbaine)
  • L’Agropark Caraibes Excellence: Aménagement d’un Marché alimentaire d’Agro-transformation à destination des agriculteurs et agro-transformateurs :
  •  La zone d’aménagement de Perrin
  • La modernisation des ZAE, notamment de Pointe-à-Pitre, de Petit-Pérou, de Dugazon de Bourgogne, de Beausoleil
  • La reconstruction de la Renaissance
  • La construction de pépinières d’Entreprises
  • La Création d’AUDACIA Connect : espace de co working et d’accompagnement des chefs d’entreprises et des porteurs de projets qui sera opérationnel courant 2024.
  • La valorisation et la mise en tourisme des espaces protégés
    Tous ces chantiers sont porteurs de commandes publiques, d’emplois, de structuration de l’activité du territoire, d’attractivité, de cohésion sociale et de mieux vivre, pour l’espace communautaire.

Ces deux premières années ont été aussi l’occasion de mettre le phare sur les risques environnementaux et le changement climatique dont nous avons depuis longtemps une conscience aigue et sur lesquels nous avons pris des initiatives qui ont été labellisées.

Cela a permis de renforcer les investissements pour la protection des côtes et pour la lutte contre les inondations.

Nous avons également dû revisiter notre plan climat  air énergie  territorial (PCAET) pour renforcer et garantir la prise en compte, dans tous les domaines de l’action communautaire, des préoccupations environnementales et de la transition écologique.

CCN : Quel est à votre avis le poids de cette communauté d’Agglo dans le paysage socio Économique de notre pays

EJ : Le poids de Cap Excellence est objectivement important dans le paysage économique, social et culturel du pays.

Il se mesure à sa population, aux grands équipements structurants, économiques, sociaux, culturels et sportifs qu’elle concentre, aux politiques qu’elle déploie en matière de transport, d’urbanisme, de zones économiques, de logement, d’agro transformation, de protection de l’environnement, d’animation ….

Elle dispose en outre d’une capacité administrative reconnue qui lui permet d’optimiser ses moyens budgétaires en mobilisant des subventions notamment de l’Europe et de l’État. Avec un budget de 110 millions d’euros, 103 000 habitants, 16 000 entreprises, 18 zones d’activités économiques et 61000 emplois, Cap Excellence s’est positionnée au cour des dernières années comme un pôle économique bénéficiant d’une centralité qui en fait un moteur de développement économique et un atout précieux pour un développement concerté, harmonieux et équilibré du pays.

Faut-il à ce stade rappeler que cette communauté d’agglomération dont la centralité est parfois questionnée dans le débat public, n’a pas surgi de nulle-part : elle est le produit de la géographie et d’une histoire, celle du développement et du commerce et de l’industrie cannière.

Rappeler aussi quelle est la mémoire de femmes et d’hommes à la recherche de travail, de mieux vivre, et de profits qui s’y sont concentrés, qui s’y sont battus pour survivre, créer de l’activité, implanter des équipements et des logements, et qui ont joué de ses atouts pour la rendre attractive.

La crise que nous traversons aujourd’hui renforce la responsabilité de Cap Excellence dans un développement local concerté écologique humain et solidaire, d’autant qu’elle concentre à côté de ses atouts une population nombreuse, venant de la Caraîbe, ainsi qu’une grande partie de jeunes et de ménages pauvres qui vivent des difficultés persistantes, d’isolement, d’accès à l’emploi, au logement, au transport, au soin, à l’eau….

CCN : A ceux qui disent que les communautés d’agglo ne correspondent pas à la réalité socio-économique de la Guadeloupe, que répondez-vous ?

EJ : Avant les mots et les débats de structure dont il faut se méfier, ce qui compte c’est de questionner, ce que dans un temps court, le regroupement de communes a pu apporter à l’action publique.

L’expérience de Cap Excellence qui a été la première communauté d’agglomération, et qui s’est créé sans injonction de l’État, est édifiante : Elle a démontré que le fait de renoncer à des pouvoir pour les exercer ensemble, de manière coordonnée et partenariale permettait de disposer de plus de moyens, d’aller plus vite et plus loin, d’être mieux outillé face aux défis, de se doter d’un projet commun, de produire du progrès.

La question n’est donc pas de savoir si le nom Communauté d’agglomération est adapté ou non, mais si le principe « ensemble on va plus loin et plus vite » est adapté ou pas au Pays. Le vrai défi aujourd’hui c’est de faire de Cap Excellence et de sa centralité, un moteur du développement économique et humain durable, un atout pour une Guadeloupe qui se développe en partenariat avec les autres communautés d’agglomération, dans le cadre d’une complémentarité sur laquelle qu’il convient maintenant d’instaurer un vrai dialogue respectueux des identités et des libertés locales. Bien entendu la réflexion sur la géographie de l’intercommunalité doit se poursuivre, sur la base d’expertise et de projections qui éviteront de nouvelles erreurs et pertes de temps et d’argent, qui minent la confiance dans les politiques.

Plus globalement, cette réflexion doit être conduite en lien avec le débat sur les institutions et les pouvoirs locaux, sur lequel il est plus que temps d’avancer.

CCN : Une Communauté d’Agglo ; c’est aussi la réunion de conseillers communautaires venus d’horizons et de sensibilités politiques différentes, est-ce parfois compliqué à gérer ?

EJ : Il est légitime au sein d’une communauté d’agglomération, que chaque commune veille, au regard de ses intérêts et de son identité, à évaluer l’apport de l’action communautaire.

La recherche de l’équité territoriale donne ainsi lieu à un certain nombre de discussion et, d’ajustements, …

A Cap Excellence c’est l’intérêt communautaire qui a été défini, qui permet chaque fois d’éclairer et moduler nos arbitrages; étant entendu que l’essentiel ,c’est la structuration d’un territoire communautaire, cohérent , durable solidaire , attractif et respectueux des identités communales..

Le dialogue, l’équité territoriale, l’intérêt et le projet communautaire sont la boussole de nos arbitrages. Il en résulte que toutes les communes de l’agglo et tous les groupes politiques représentés font partis de ma majorité de travail, disposent de Vice-présidences au bureau ainsi que de larges délégations pour animer les commissions thématiques.

Le dialogue est un outil que nous ne négligeons pas et qui permet que les décisions soient prises le plus souvent à l’unanimité. C’est le cas du compte administratif de 2021 et du budget supplémentaire adopté le 23 juin 2022.

C’est en marchant et en faisant ensemble que nous inventons des règles de vie commune et que nous développons une culture communautaire.

CCN : Cap excellence est-elle suffisamment accompagnée dans ses orientations et préconisations par la Région et l’ETAT ?

EJ : Les grandes orientations de Capex reposent sur son projet de territoire lequel a été revisité et validé en septembre dernier

Le projet de territoire pose une ambition de transition écologique pour l’agglomération, d’évolution vers un nouveau modèle de développement endogène durable qui intègre les dimensions économiques sociale environnementale spatiale et politique, pour répondre aux défis et saisir les opportunités d’aujourd’hui et de demain

Il prend en compte les orientations définies par la Région le Département et l’État, à travers leurs documents respectifs de planification stratégique

L’accompagnement de l’État se fait essentiellement à travers son CRTE (Contrat de Relance et de Transition Écologiques) signé en décembre pour un montant de 21 M€ dont Europe 56% et État 18%

Si on s’en tient à ces éléments chiffrés on peut dire que c’est l’Europe et l’État qui sont les principaux partenaires de la communauté en matière d’accompagnement ;

La région et le Département intervenant pour des actions et des programmes qui relèvent de leurs compétences, tels le PLIE (Plans Locaux pluriannuels pour l’Insertion et l’Emploi) ou en investissement sur des projets structurants bien identifiés

CCN : Que peut-il se passer dans les mois à venir pour le Centre des Arts ? Quelles (s) solution(s) ?

EJ : Il convient d’abord de souligner que ce chantier n’a jamais été abandonné. Il a connu des arrêts successifs de travaux liés aux difficultés des entreprises attributaires. Ces défaillances d’entreprises ont induit la nécessité d’apurer les contentieux nés de ces situations avant toutes reprises des travaux et tout recalibrage technique et financier du projet. Tout cela s’est fait dans la transparence et dans la concertation avec les occupants et les acteurs culturels.

Aujourd’hui, le centre des arts et de la culture de Pointe-à-Pitre est concerné par deux principales actualités :
La première et la plus sensible est celle de son occupation par un collectif d’artistes, dont la présence a été tolérée au début du mouvement, mais qui ensuite, compte-tenu des réels problèmes de sécurité que génèrent leur action, nous a conduit à réitérer nos demandes formelles de cesser leur activité et de quitter les lieux.

La seconde qui est essentielle, est la finalisation de notre étude de reprogrammation du centre des arts et de la culture de Pointe-à-Pitre qui a été approuvée au conseil communautaire du 08 juillet, après une large concertation avec les acteurs culturel et les occupants.
Cette reprogrammation donnera lieu :

  • Au lancement officiel de nos demandes de subventions (nos partenaires nous ont annoncé être en attente de notre projet réajusté finalisé) ;
  • A la préparation de notre procédure de relance des travaux que nous pensons effectuer en étant pragmatique à travers une mission de conception/réalisation ;
  • Au lancement d’un appel à projet pour une animation concertée de certains espaces du futur équipement, que nous envisageons de consacrer aux travaux des artistes dans le cadre d’un tiers lieux culturel co-animé.

CCN : En matiére culturelle, quelles sont les orientations de Cap Excellence ?

EJ : CAP Excellence a fait de la culture un enjeu fort dés les premières années de sa création : portage en lieu et place des villes membres de l’appui aux organisateurs des parades carnavalesques de l’agglomération ; organisation des festivals « Ilo jazz – carrefour des musiques créoles » et « CAP Excellence en théâtre » ; transfert d’équipements structurants (centre culturel de Sonis ; centre des arts et de la culture) et de proximité (bibliothèques de quartier).

Sans s’appuyer sur une compétence générale en matière de culture ces différentes actions, qui ont par ailleurs été complétées par des programmes spécifiques comme le Dispositif d’Éducation Musicale et Orchestrale à vocation Sociale (DEMOS), ou encore le relais des projets d’éducation artistique et culturelle (EAC), positionnent CAP Excellence au cœur des thématiques de l’enseignement artistique et de la professionnalisation des acteurs culturels.
Les orientations qui en découlent sont ainsi de trois ordres :

  • L’implantation sur le territoire d’un équipement d’éducation artistique répondant aux normes nationales (école agréée ou conservatoire) initiant ainsi une structuration progressive, avec les partenaires institutionnels, de la formation initiale dans les domaines de la musique, du théâtre et de la danse. Un équipement phare est ici identifié : le centre culturel de Sonis, déjà partenaire du lycée Carnot avec sa section Sciences et Techniques du Théâtre de la Musique et de la Danse (S2TMD).
  • La contribution à la professionnalisation (formation continue), la création et la diffusion artistique et culturelle; en appui direct aux artistes et techniciens du spectacles. Un équipement phare est ici identifié (c’est sa vocation naturelle) : le centre des arts et de la culture de Pointe-à-Pitre.
  • La valorisation enfin du patrimoine culturel immatériel du territoire en initiant les événements forts décrits précédemment, mais en permettant aussi que se développent des partenariats innovants (culture/patrimoine/industrie créative/tourisme) à travers un pôle territorial de coopération économique (PTCE) : réseau solidaire et culturel de l’agglomération centre.

CCN : Pour les législatives, le choix de Dominique BIRAS n’a t- il pas divisé et affaibli la Frapp et être la cause de son échec ?

EJ : Au premier tour des élections législatives, trois collègues de la majorité municipale étaient candidats. Dominique BIRAS est arrivé en tête des trois, suivi de Nadège MONTOUT, puis d’Alix NABAJOTH. Donc BIRAS était le meilleur candidat. Il aurait dû être soutenu au deuxième tour par tous, comme il en avait été convenu ; mais ce ne fut pas le cas.

CCN : Pourquoi BIRAS plutôt que NABAJOTH ou MONTOUT ?

EJ : Pourquoi pas !?.

Les candidatures étaient libres et en l’absence de candidature arbitré par la FRAPP, chacun était libre de voter et faire voter pour le candidat de son choix. Pour ma part, j’ai choisi d’accompagner D. BIRAS qui a expressément sollicité mon concours, qui est un compagnon de route de très longue date, et qui a été présent dans mes tout premiers combats politiques.

Par ailleurs, dans la crise politique que nous traversons, sa candidature pouvait se justifier par le besoin d’un profil en rupture avec les postures et discours convenus, démontrant à travers son expérience, notamment à la CCI, au SMT (bus Karulis,) au SYVADE (l’unité de traitement des déchets), une capacité réelle de négocier et faire avancer des dossiers qui font mal au Pays depuis longtemps, en l’occurrence le transport, la question des déchets, de l’économie….

CCN : Les prochaines municipales vous serez candidat ?

EJ : 4 années nous séparent des prochaines municipales. Pour l’heure je m’attache à rattraper les désordres et les retards provoqués par la triple crise sanitaire (COVID), économique et sociale. Notamment la gréve qui a duré 4 mois aux Abymes avec de nombreuses barricades et des actes de vandalisme, a gravement perturbé la mise en œuvre de mes engagements envers la population. Il sera temps après, de parler de l’avenir.

Je reste évidemment disponible et prêt, mais aujourd’hui, le mot d’ordre est au travail et à la mobilisation pour faire avancer les Abymes, Cap Excellence et la Guadeloupe solidairement.

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