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Guadeloupe. Débat. Ce que dit Eric Coriolan sur la situation du pays.

Pointe-à-Pitre. Vendredi 15 juillet 2022. CCN. Eric Coriolan, Ancien membre de l’UNEEG*. De 2004 à 2008 fut porte-parole en Guadeloupe du Modem. Opposant farouche des radars installés par le Gouverneur Gustin. En 2019 il crée “Sentinelles Gwadloup” Un mouvement politique citoyen proche des idées patriotiques. E.Coriolan s’est présenté sans succès aux Régionales. Très actif et très influent sur les réseaux sociaux.

CCN : quand on fait un retour sur vos  engagements politiques anciens ? Comment expliquez vous  votre  propre évolution?

Eric Coriolan (EC) : Curieuse pour certains, mais cohérente avec la conscience que j’ai de vivre dans un pays qui n’a pas fait sa “révolution”.

Avoir des engagements politiques qui soient en cohérence avec le système imparfait actuel pour tenter de le réorienter “de l’intérieur”. J’ai toujours pensé que le courant émancipationniste devait franchir les frontières des partis “dits patriotiques”, parce que ces derniers subissaient de plein fouet le rouleau compresseur assimilationniste, les rendant inaudibles d’un peuple surtout préoccupés par son quotidien, “françisé” malgré lui, et assez paradoxalement très “légitimiste” dans sa façon de voter, malgré sa conscience de vivre en pays dominé.

Aujourd’hui, je pense encore qu’un mix politique est nécessaire à une conscientisation émancipationniste de notre peuple. Jouer le jeu de ce système imparfait pour réussir à s’en départir, ou à minima renégocier profondément nos rapports avec la France.

Ce qui a changé c’est que je ne vois plus l’intérêt de certaines contorsions avec le monde politique hexagonal, mais plutôt des rapports d’éventuels partenariats dans le respect mutuel et la verticalité.

CCN :  Votre  analyse  de deux événements

  1. Abstention massive et récurrente ?
  2. Progression spectaculaire de l’extrême droite en Guadeloupe

EC : Je pense que les deux découlent du même phénomène. Cette défiance envers la classe politique locale qu’on a vu grossir au fil des années. Un délitement social, sociétal, politique, culturel, progressif, où les Guadeloupéens ont acquis l’assurance que, quelque soit les partis, leur quotidien ne variait guère.

Certains (majoritaires) se sont résignés à l’abstention pour un acte qui leur semble être devenu d’une inutilité flagrante. Les autres, plus téméraires, veulent tester ce qu’on leur a toujours conseillé d’éviter, estimant que pire que le présent ne peut exister. À ceux-là se mêlent aussi ceux qui ont un regard extrêmement critique sur les politiques (notamment sur l’immigration) menées en Guadeloupe. Tout cela conjugués au recul du rôle de pédagogie idéologique et politique que devraient normalement remplir les partis politiques vis-à-vis de leurs adhérents et de la population en général, laissent un terrain propice à l’émergence de courants politiques en inadéquation avec notre histoire, notre culture, notre être au monde, mais qui dans un tel contexte semble représenter à tort une alternative.

CCN : Un  “élément” nouveau est intervenu dans la vie politique, les interventions de la ” Pause sans filtre”, un non journaliste accrédité par nos politiques en quête de crédibilité ?

EC : La pause sans filtre est “dans l’air du temps” que nous vivons. L’immédiateté de “la nouvelle”, “sans filtre” est une recherche pour beaucoup de ceux qui utilisent les réseaux sociaux, qui à l’instar de ce qu’ils développent envers les politiques, cultivent la même défiance vis-à-vis des médias traditionnels, qu’ils estiment “avec filtres”. Certains politiques sont “contraints” d’y accorder une forme d’accréditation au risque de se couper d’une partie non négligeable des citoyens mécontents et défiants.

CCN :le mouvement syndical  de protestation qui a débuté en Juillet par des marches régulières hebdo…continue, quel bilan “Sentinelles guadeloupe” en fait?

EC : Le mouvement syndical “et citoyen”, puisque Sentinelles Guadeloupe y est un des membres, a rempli, et continue de remplir son rôle dans l’établissement d’un rapport de force populaire indispensable entre l’état et le peuple. Le harcèlement judiciaire que subissent certains des leaders syndicaux est la preuve qu’il s’agit d’un caillou dans la chaussure du système.

Le bilan est globalement positif, car aujourd’hui la quasi totalité des politiques est unanime à réclamer la réintégration des soignants suspendus, et la révision des déclinaisons locales des mesures prises pour des pays situés bien loin de notre réalité géographique.

CCN : 4  députés  gpeens  à l’ Ass Nat  et déjà de la division, dans les postures, les déclarations,  ce n’est pas tres rassurant pour les gens qui ont voté, votre point de vue?

EC : Je serai assez laconique à ce propos. Je pense que nous n’aurions pas à déplorer ces divisions sans l’intervention malsaine de la fédération locale du PS, qui essaie de se refaire une existence fictive sur le dos de la NUPES, et de la vague “Mélenchoniste” du premier tour de l’élection présidentielle.

CCN : Votre vision/analyse de la Classe politique actuelle? Un congrès est  prévu, Sentinelles Guadeloupe y participera ?

EC : Il n’y a pas de “classe politique” aujourd’hui en Guadeloupe, même s’il arrive que nous-mêmes à Sentinelles Guadeloupe usions de ce vocable. Il y a des personnes plus ou moins organisées en groupes dits politiques, dont les objectifs principaux consistent à se construire un confort matériel en usant des prérogatives que le pouvoir leur confère. Je ne veux cependant pas généraliser en disant cela. Certains acteurs politiques sont animés de bonnes intentions, mais ont malheureusement à traverser pour l’instant le filtre électoral dans le système tel qu’il existe. Les choses bougent favorablement et nous sommes optimistes quand à l’avènement d’une vraie classe politique digne de celle qui doit exister dans un pays dominé.

Même si nous sommes assez critiques envers certains acteurs politiques en responsabilité actuellement, nous n’avons jamais refusé de rencontrer et d’échanger avec tous ceux qui nous ont solliciter. Ce fût le cas avec le président Ary Chalus, et Olivier Serva. Si une invitation nous est faite dans le cadre d’un congrès, il est évident que nous y répondrons favorablement.

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