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Guadeloupe. Analyse. « Le mal ne se maintient que par la violence »

Baie-Mahault. Samedi 29 janvier 2022.CCN. Près de cent ans plus tard, voici que la situation de crise, plus politique que sanitaire dans laquelle la Guadeloupe a été volontairement plongée vient nous rappeler ceci : l’Occident ne tire jamais les leçons que l’Histoire s’échine à lui enseigner. Ainsi, après 300 ans de présence en Guadeloupe, l’exécutif français, s’imagine toujours être en capacité de faire mieux que les Anglais de jadis. Jean-Luc Divialle, écrivain, chercheur et linguiste afro-descendant a soumis à CCN son analyse de la situation actuelle de notre pays : c’est à lire d’urgence.

Cent ans tout juste après la déclaration du Mahatma Gandhi, ses mots viennent une fois de plus télescoper notre actualité la plus brûlante. Le 23 mars 1922, l’apôtre de la non-violence comparaissait devant ses juges pour rébellion envers l’autorité britannique.

Dans le prétoire, son discours, devint alors l’une des plus mémorables mises en accusation de l’oppression et des discriminations infligées à un peuple indien mille fois exploité par un pouvoir colonial en voie d’émiettement. Mais contre toute attente, à toutes ces brimades, Gandhi eut ce jour-là, l’audace d’opposer la non-violence. Il était convaincu – et l’histoire lui donna raison – que le seul et unique moyen d’endiguer la violence pathologique dont souffrait l’oppresseur, était de ne pas se laisser contaminer par la même affection que lui. De ce fait, il encouragea le peuple indien à refuser de propager cette violence par toute forme de désobéissance pacifique possible. Il y eut des membres cassés, des yeux crevés, des personnes estropiées. D’autres, les moins chanceux furent radiés à tout jamais du registre des vivants. Mais côté indien, nulle violence ne vint répondre à la folie répressive de l’occupant anglais.

Face à une telle détermination, le pouvoir britannique, autiste et sévèrement atteint d’un complexe de supériorité raciale, ne put que s’avouer vaincu. Il dût se rendre à l’évidence que tous ses décuplements de violence par larbins interposés, n’entacherait jamais la détermination du peuple indien à mettre fin au règne de la terreur coloniale. Ce fut la fin de l’hégémonie anglaise. Près de cent ans plus tard, voici que la situation de crise, plus politique que sanitaire dans laquelle la Guadeloupe a été volontairement plongée vient nous rappeler ceci : l’occident ne tire jamais les leçons que l’Histoire s’échine à lui enseigner.

Ainsi, après 300 ans de présence en Guadeloupe, l’exécutif français, s’imagine toujours être en capacité de faire mieux que les Anglais de jadis. Il croit dur comme fer en son arsenal de violence. Il demeure persuadé qu’à agonir le peuple guadeloupéen d’injures et de quolibets, à le blesser et le rabaisser au plus profond de son être, il le rangera à la raison du plus fort. Il croit au maintien du pays sous une propagande médiatique univoque. Il croit que par le droit qu’il s’est arrogé d’administrer tous les coups de rigoise possibles et imaginables, il obtiendra que tout le monde tremble et courbe l’échine. Terrorisé qu’il sera, le Guadeloupéen finira, selon lui, par accepter son statut de mort en sursis par injection interposée à l’issue incertaine. Or, et comme on pouvait s’y attendre, cela ne marche pas.

Pourquoi ?

Parce que depuis 300 ans, la population la plus pauvre de notre île s’échine à éduquer le dominant. Elle tente d’exorciser en lui la violence qui l’abaisse au rang d’animal et le prive de l’accès à la civilisation. Parce que, contrairement à ce que lui dicte son narcissisme, cet homme n’est pas civilisé. La civilisation, ce n’est pas vivre dans une société politique à modèle républicain dit démocratique où la violence est de l’ordre du quotidien.

La civilisation, c’est le niveau au-dessus. Il s’atteint uniquement quand l’homme parvient à régler ses litiges sans besoin compulsif de faire couler le sang. Et pour cela, il faut s’asseoir et discuter. Or, l’homme héritier du modèle social patriarcal et individualiste occidental est loin de ce compte. Il doit encore accomplir quelque effort. Ainsi, dès le début de l’orchestration de cette crise, et contre un peuple pacifique qui ignorait tout de la sauce à laquelle certains entendaient le manger, le pouvoir a méticuleusement préparé cette violence dont elle déplore le contre-feu. Il a déployé ses meilleurs tireurs d’élite. Il les a verbalement dotés de la puissance de feu d’un croiseur et de flingues argumentaires de concours. Mais qu’ils soient postés au plus près du théâtre des opérations guadeloupéen ou montés sur lance-missiles sol sol basés en île de France, le résultat est demeuré le même. Aujourd’hui encore, la majorité des guadeloupéens refuserait toujours l’injection expérimentale obligatoire et le fait savoir au monde entier.

Et contre toute attente, la seule vraie conséquence de tout ce bruit médiatique dessert plutôt le pouvoir. Il révèle un peu plus chaque jour, ses faiblesses. Sous leurs yeux, les Guadeloupéens voient peu à peu sortir de l’ombre, tous les agents dormants du réseau par lequel s’opèrent quotidiennement les manipulations qu’on lui inflige. Ainsi, chaque jour est vécu comme une nouvelle occasion d’en compléter la liste.

C’est que face à tout cela, le guadeloupéen a affiché dès le début ses règles élémentaires de survie. Il reste donc “nofwap” et refuse de céder à ces intimidations. Au premier confinement, le fait de le priver de tout accès à la mer, lui a tout de suite mis la puce à l’oreille. Il n’y avait là, aucune volonté de soigner contre un virus, sinon les rives maritimes seraient demeurées accessibles à tous.

Mais comme le disait Albert Camus : “La sottise insiste toujours”. Ainsi, une deuxième phase de violence s’enclencha en Guadeloupe. On vit alors des individus se disant pourtant guadeloupéens, drapés dans le parchemin défraîchi de leurs diplômes universitaires prétendre faire la leçon au petit peuple. Leur mission était de fustiger les ignares et autres “complotistes” empêcheurs de vacciner en rond. Là encore le résultat fut catastrophique. Ces accusateurs avaient oublié un détail de toute importance.

Pour qu’il y ait des “complotistes”, il faut d’abord avoir des comploteurs. Tôt ou tard, chacun serait donc bien obligé de dévoiler son jeu. Pour l’heure, ces rhéteurs se croient encore à l’abri de la lumière. Voilà pourquoi, à la face émergée de l’igname brisée qu’est le pays Guadeloupe, certains de nos meilleurs experts en médecine, en géopolitique ou en géostratégie, d’ordinaire si brillants, affectent de ne pas savoir quel maître ils ont choisi de servir. Or, le guadeloupéen l’a bien compris, depuis le début de cette crise, l’atelier du diable ne désemplit pas. Il regorge de serviteurs qui redoublent de zèle à servir ses intérêts au-delà même de ses espérances. Et pour ce faire, ceux qui le servent abdiquent tout esprit critique, tout sens logique, tout humanisme. Ces mauvais menteurs ont choisi de suivre le pouvoir hexagonal dans ses égarements sans en omettre un seul. Les voilà donc prêts à laisser tuer père et mère pour mieux le suivre. Qu’on leur demande de renier toute logique et ils le font. Qu’on leur demande de piétiner leurs serments jadis prêtés et ils le font. Qu’on leur demande de maquiller les décès par manque de soins en culpabilité des non-injectés, et ils s’exécutent. Qu’on leur demande les yeux dans les yeux de proférer les plus grossiers mensonges, la face de marbre en avant, ils le font.

Or, amplifier ces formes de violence psychologique constitue la pire stratégie de communication envers le guadeloupéen. Il n’a pas attendu les récents scandales de santé pour se méfier des paroles trop mielleuses de prétendus experts.

À ses yeux, tous ces conseillers apparaissent tels qu’ils sont, c’est-à-dire, des pions qu’un peu de vanité et de flatterie suffit à faire agir. Frustrés d’un manque de reconnaissance médiatique et financière nationale, ils croient avoir touché le saint Graal. Sûrs de ce fait, ils ont tourné le dos au pays qui les a construits. D’eux, nous ne pouvons plus espérer un sursaut face à ces plus de 800 compatriotes décédés, ces vies brisées, ces carrières cassées, ces artistes paupérisés, cette culture saccagée, ces entreprises ruinées et cette misère autiste déversée.

Pleureront-ils sur un pays bien aimé mis à bout de souffle par une gestion de crise inadaptée ?

Que nenni ! Sont-ils si viscéralement attachés au devenir de cette terre au point de vivre chaque paire de menottes refermées sur les poignets d’un jeune comme un drame personnel ? Jamais ! Tout ceci, pensent-ils, du moment qu’elle ne les atteint pas, n’est pas de la violence. Ce ne sont là, que les conséquences du refus d’obtempérer d’une minorité de récalcitrants que, selon eux, le pouvoir a bien raison de vouloir mater. Leur choix est donc fait, respectons-le. Ils sont désormais les artisans et collaborateurs les plus zélés du mal fait au peuple guadeloupéen. Or, depuis 300 ans, ce mal que jadis eux-mêmes dénonçaient ne se maintient chez nous que par la violence. Qu’on ne s’y trompe pas. Il s’agit de cette même violence pathologique de l’occupant anglais que dénonçait il y a un siècle Gandhi.

En pareil contexte, toute négociation est hors de question. Il faut vous dire Monsieur, que dans ce monde in-civilisé-là, on ne palabre pas, on brise ce qui fait obstacle à l’appétit occulte des puissants. La bonne nouvelle, c’est que c’est en pure perte que ces artisans du mal contribuent à la mise au pas du pays. Les Guadeloupéens en révolte n’abdiqueront jamais. Pourquoi ? Parce qu’ils ne sont pas ce qu’une certaine élite intellectuelle mal embourgeoisée les prétend être. De ce fait, partie d’un prédicat erroné, cette élite intellectuelle, aussi diplômée qu’elle soit, ne peut malgré elle œuvrer qu’à se tromper et tromper les maîtres qui se reposent sur son expertise. Dépourvus de tous repères anthropologiques corrects, elle s’imagine encore avoir une certaine crédibilité. Or, c’est pour s’être trop reniée et pour avoir trop récité la science des autres qu’elle est dans cette impasse. Pour avoir rejeté son africanité, elle n’a pas su dégager ses modèles endogènes pertinents.

Aussi, se révèle-elle incapable de délivrer une lecture correcte des événements que nous traversons. Là où la créolité, le tout monde ou autres visions fantasmées de la Guadeloupe volent en éclats, pour eux, l’angoisse du lendemain s’installe. Et c’est dans ce contexte où plus rien ne lui parait limpide que certains d’entre eux prennent la parole. Prisonnière de tous les concepts artificiels cette cohorte avoue sa peur. Elle s’ingénie encore à conceptualiser sur des prédicats faux. “Nous sommes en régression d’humanité” déclare l’un d’eux à la presse. C’est une phrase bien construite, mais qui sonne faux.

Cette angoisse est d’abord celle d’un camp qui a bâti sur le sable. Son auteur fustige les barrages en temps de crise faisant entrave à la libre circulation des dépouilles mortuaires, la pénalisation des familles venues honorer leurs défunts. Mais curieusement, notre penseur reste silencieux sur la disparition à la même période de nos veillées mortuaires. Il ne pipe mot sur l’alignement imposé du service funéraire sur le modèle hexagonal. N’est-ce pas là une régression plus grave, quand sous couvert de sécurité sanitaire, on en profite pour détruire notre modèle culturel ? Quand une civilisation pour lequel la dépouille mortelle est perçue comme un déchet se pique de dicter sa loi à ceux pour qui le corps, mort ou vivant est sacré, n’est-ce pas là pire régression ? Une fois de plus, on épargne la violence. Pire, on l’excuse.

Cette dernière régression fait bien plus de mal et n’émane certainement pas du mouvement social en lutte pour la vie. Soyons donc patients. Une fois les effets mal connus des injections promues par les pro-vaxs accomplis, c’est une toute autre Guadeloupe qui risquerait de s’élever. Un pays nouveau où tous les obsédés de l’injection pourraient s’être auto-éliminés par excès de zèle, d’égo et d’orgueil. Sont-ils seulement conscients que d’ici à peine deux ans, le devenir de la Guadeloupe pourrait bien de se jouer sans eux ? Loin de là. Ils persistent à croire en leur lubies. “la mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain ; aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : c’est pour toi qu’il sonne” écrivait John Donne. Or, c’est précisément afin qu’aucun guadeloupéen n’en arrive à cette extrémité que la rue est en émoi. Mais faisant fi de tout cela et en désespoir de cause, voilà que le système nous vend la jeune garde fatiguée de tout cela.

À cet effet, un peloton de fantassins, grenadiers-voltigeurs s’est constitué. Sa mission, se poser en traumatisés de la violence et tenter l’ouverture d’une brèche là ou ses aînés artilleurs, pour avoir été inaudibles ont échoué. Leur arme favorite, la non-violence. Laquelle donc ? Celle qui refuse toute collaboration avec le mal ou celle qui tait volontairement les actes disproportionnés de violence contre la Guadeloupe ? Celle qui affecte de ne pas voir ces tireurs embusqués armés de famas n’attendant qu’un feu vert pour déclencher un nouveau mai 67 ? Ici réside tout le drame de la violence pathologique occidentale. Au moindre soubresaut, elle se révèle incapable de se maîtriser et de raisonner autrement que par l’expression d’une violence la plus excessive. Quand certains lui disent dialogue, négociation, tour de table, elle répond Raid, Gign. La jeune garde, quant à elle parle de risque d’implosion de la société. Mais il faut voir qui se pose en garant de notre cohésion. L’exploit est de ne pas pouffer de rire. Voilà donc qui prétend se poser en gardiens auto-proclamés de la civilisation.

Une ligue hétéroclite animée tout d’abord par les vieux débris de ce que fut la violence du pouvoir colonial post 1848 et son fumet déclinant de l’extrême droite guadeloupéenne. Ensuite, tous les réfugiés économiques qui se nourrissent de la destruction de l’ordre social mère du peuple guadeloupéen. Plus loin, une élite qui entre son moi profond et ses intérêts pécuniaires a fait son choix. Et pour orner le tout, quelques afro-descendants que l’on a sommé de faire nombre. Mais ce qu’oublient de préciser ces joyeux drilles, c’est à qui elle s’oppose réellement. Aux organisations syndicales ? Certainement pas. En réalité, la majorité silencieuse guadeloupéenne, pas celle des 30 de la sous-préfecture, mais la vraie, celle dont la mobilisation sociale ne représente qu’une infime portion. Les pourfendeurs de la violence auront beau dire, quand des docteurs, des juristes, des sapeurs-pompiers, des cadres et des salariés de tout secteurs sont dans la rue. Quand la jeunesse diplômée et au chômage s’empare de barrages. Quand toutes les solidarités s’organisent autour et à l’intérieur de ces rassemblements citoyens, cela ne s’appelle ni un gang, ni une organisation mafieuse, mais un tournant majeur dans notre société. Ainsi donc, tout comme jadis l’Inde, le pouvoir doit réaliser qu’il doit composer avec le caractère crypto-culturel du guadeloupéen afro-descendant.

Ce trait, il l’a toujours négligé. En cela, est-ce une révolution ? Non Sire, c’est une renaissance ? Après des siècles d’égarements et tandis que le bloc occidental s’effondre, l’Afrique mais aussi sa diaspora entame sa renaissance qui doit inexorablement la conduire à devenir la première puissance économique mondiale de demain. “Nous sommes plus près d’un effondrement et de la guerre civile que nous ne le pensons” affirme l’experte américaine Barbara Walters. Et si les États Unis sont désormais pleinement conscients de leur déclin, qu’en sera-t-il de l’Europe et singulièrement de la France ?

Les événements que nous traversons correspondent bien à un sursaut de tous les dupés de notre histoire, majoritairement afro-descendante, mais aussi d’essence dravidienne à laquelle s’est jointe quelques indignés de tous horizons. Or, c’est précisément ce que notre prétendue élite intellectuelle affecte de ne pas voir. Nous traversons en effet l’une des crises les plus dures de notre histoire depuis 1848. Elle a mis le pays dans un tel état d’abandon que seul le modèle ancestral se révèle propre à tracer de véritables perspectives d’avenir. C’est que le guadeloupéen qui jadis idéalisait la France réalise qu’elle lui a déclaré la guerre et en veut à sa vie. C’est que de nouveau, il devient possible d’attenter aux libertés fondamentales du descendant d’africain esclavagé. C’est que désormais au néo-colonialisme, certains entendent ajouter un néo-esclavagisme au profit d’obscurs armateurs. Et pour ce faire, il devient à nouveau possible d’appliquer un nouveau code noir électronique selon lequel la vie de tout individu perd sa valeur. C’est que de nouveau, il devient possible de décider comme jadis dans les plantations et contre le gré du guadeloupéen du sort de ses enfants.

Et une certaine élite voudrait que ceux qui portent encore les stigmates de ce temps qu’ils croyaient révolu disent amen au requiem qu’on prétend leur composer ? Qui d’entre eux osera dénoncer cette violence ? Personne. Tout au contraire, nos apôtres de la non-violence sélective affectent d’être choqués de la résistance et de la contre-violence du guadeloupéen. Autrement dit, on reprocherait à la vie de vouloir se défendre ? Les Anglais eux, l’ont appris à leur dépens. Tout peuple dispose de sa propre vision du monde selon laquelle il fonde son langage et son modèle culturel, c’est à dire, ses us et coutumes. Et c’est pure illusion que de tenter de l’éradiquer. Cette vision du monde est en effet aussi indélébile que notre ADN. Ce caractère, a jadis servi, non pas à fonder, comme il l’est trop souvent dit, une société créole, mais à africaniser la société coloniale. En dépit de la barbarie ambiante, elle l’a rendue plus humaine. C’est le trait dominant de notre pays fondé non pas sur un mix ethnique mais sur un caractère culturel africain dominant autour duquel tout s’est aggloméré.

Les cadres de direction qui affirment qu’ici c’est la France et nient notre spécificité anthropologique le savent bien. Après tout, s’ils étaient si sûrs de leur fait, pourquoi prendraient-ils la peine de le préciser ? C’est qu’ils apprennent à leurs dépens que le guadeloupéen afro-descendant n’est pas un occidental, et encore moins un européen. Son mode d’être n’est pas de l’ordre de la violence, d’où la confrontation sévère avec le mode brutal par lequel on entend le pousser à se faire injecter. Sa révolte ne surgit qu’en dernier ressort, quand l’ordre, l’équilibre sont menacés et qu’il faut à tout prix les rétablir. C’est très exactement ce que nous vivons actuellement. N’attendez donc pas de lui la docilité observée dans l’Hexagone. Héritier d’une culture puissante, vielle de plusieurs dizaines de milliers d’années un Guadeloupéen afro-descendant ne sera jamais qu’administrativement français. Toutes les assimilations violentes ne lui enlèveront jamais sa vision ancestrale du monde. Or, dans celle-ci est inscrit sa capacité à s’auto-administrer. Ne sont-ils pas les descendants d’empires multimillénaires ? Il est donc aisé de comprendre que ses aspirations souverainistes jamais ne s’éteindront. Il y eut les années 80 et l’expression triomphante du nationalisme puis, les années suivantes et l’entreprise de casse délibérée du mouvement patriotique. Ce triomphe fut de courte durée. Toutes les erreurs de communication du gouvernement actuel sont venues réveiller et amplifier la fibre nationaliste d’une jeunesse qui désormais ne craint pas de revendiquer les couleurs de sa terre. Vu les menaces que cette injection forcée ferait planer sur sa vie, elle est désormais convaincue que son destin ne se joue plus à Paris. Nous mesurons régulièrement les conséquences du non-respect de ce caractère crypto-culturel. Il donne droit à des crises régulières où à chaque fois la vision africaine du monde se défend et résiste, en dépit de certaines concessions, à toutes les agressions, et singulièrement à l’injustice du système français.

Nous voilà donc enfermés, bien malgré nous dans un sempiternel cycle de crises liées à une violence systémique que certains n’entendent plus dénoncer. La prochaine, nous pouvons d’ores et déjà la prévoir. Si les choses restent en l’état, elle interviendra inexorablement d’ici 2031 ou 2041. Jusqu’à ce que peut-être, Paris se rende compte qu’elle doive renoncer à cette escalade de violence et laisser les citoyens vivre en paix chez eux.  Ainsi donc, à jouer au donneur de leçon face à la plèbe ignare, le pouvoir a donné le signe indicateur qu’il ne fallait pas. Il ne pouvait que générer la plus grande des défiances. À rabaisser le guadeloupéen au stade de débile profond plus enclin à suivre les superstitions, le vaudou, et les remèdes de grand-mère, le système a foulé aux pieds les savoirs multimillénaires scientifiques et spirituels de la majorité de la population.

Nos agresseurs se souviennent-ils simplement que c’est le vaudou, via un africain du nom d’Onésime qui sauva l’humanité de la variole ? Et puis, il faut être d’une grande inconséquence pour s’en prendre à la vierge marie dans un pays catholique à près de 80%. Le pouvoir donc n’a cessé de se comporter tel le dragueur qui après avoir traité une femme de prostituée s’étonne qu’elle ne veuille pas le suivre dans son lit. Dans son autisme, il s’est imaginé que son système répressif né d’une pensée symbolique occidentale, individualiste et dont la violence est de l’ordre de l’histoire marcherait chez nous. Il faut dire que dans l’Hexagone le travailleur réfractaire à l’injection forcée, une fois suspendu perd tout. Nul ne lui vient en aide. En Guadeloupe, ce système, né du monde féodal européen se heurte à l’Ubuntu, la solidarité ancestrale qui s’est organisée partout autour des grévistes. Sur les piquets de grève comme sur les barrages. Si certains croient utopistes ces propos, c’est qu’ils n’ont rien saisi de l’évolution de notre société. Le guadeloupéen est en quête de son histoire, celle qu’on lui a longtemps cachée. Il questionne sa spiritualité ancestrale.

Nous en voulons pour preuve cet indicateur majeur qui illustre toute la différence entre le mouvement social de 2009 et celui-ci. Il réside en un seul mot, “ancêtres” absent en 2009 et qui désormais est au cœur de toutes les discussions. Si ce n’est pas un peuple en renaissance, c’est que les évidences nous échappent. Que faire donc ? Dans sa sagesse, le mahatma Gandhi interpellait ses juges. Étant donné, disait-il que le mal ne se maintient que par la violence, les juges, devenus conscients de leur rôle maléfique en tant qu’instruments par lequel se perpétue le mal fait au peuple indien n’avaient que deux solutions. Soit ils persistaient dans leurs œuvres ou alors, prenant conscience de leur responsabilité dans le processus de maintien de la violence, ils n’auraient d’autre choix que de démissionner.

Loin des dénonciations gratuites, ceux qui aujourd’hui, de la vielle ou la jeune garde se disent résolus à faire taire définitivement la violence en Guadeloupe seraient bien avisés de suivre les recommandations lumineuses de cette grande âme ?

Jean Luc Divialle

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