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Guadeloupe. 1ers bilans. L'année 2022 vue et revue par Loic Martol

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Loic Martol bilan 2022 vu et revu

Basse-Terre. Capitale. Dimanche 8 janvier 2023. CCN. L’heure est encore au bilan de cette année fraîchement écoulée. Ainsi donc pour CCN Web Média Alternatif, ces contributeurs ponctuels ont tous accepté au filtre de leurs visions et expériences personnelles, de faire un retour sur notre Gwadloup de 2022. Ce sont : André Atallah (Cardiologue, maire de la Capitale), Teddy Bernadotte (Directeur Cabinet à la Région),  Daniel Dumirier ( Directeur Cabinet au Conseil Départemental), Franck Garain (Sociologue), Loic Martol (Conseiller Régional),  Michèle Robin-Clerc (architecte, adjointe de la ville de Pointe à Pitre), Frantz Succab (Dramaturge, journaliste-observateur).

2023 : En cette fin d’année, quel est votre message pour la Guadeloupe ? Auteur Loic Martol

Je souhaite aux Pointois et aux Guadeloupéens que ce temps de pause dans le tumulte de nos vies si souvent happées par les urgences soit surtout celui du partage, de la solidarité et de la fraternité en famille, en amis ou avec de simples connaissances. J’ajouterai une pensée positive pour celles et ceux qui sont dans la souffrance ou dans la solitude et qui n’ont pas cette chance d’être entourés. C’est aussi, l’occasion d’appeler à la plus grande prudence sur nos routes car trop de nos compatriotes perdent leur vie dans des accidents qui pourraient être évités. Enfin, c’est aussi un temps pour l’introspection, pour la réflexion, notamment pour questionner nos engagements personnels, en particulier nos engagements citoyens. 

Quel sens donnez-vous à votre engagement ?

Je suis élu depuis 2020 en tant que conseiller municipal de Pointe-à-Pitre et depuis 2021 en tant que conseiller régional sur la liste Péyi Gwadloup avec mes camarades du Parti socialiste, et je crois profondément en l’engagement citoyen, avec rigueur, méthode, écoute, proximité et humilité, en gardant à l’esprit que nous devons œuvrer en responsabilité pour apporter notre pierre à la construction du pays. Je suis un citoyen actif depuis l’âge de 13 ans, ayant des parents qui ont eu un parcours politique et 55 ans de vie associative, suivre cette voie est somme toute logique. Le 26 mars 2021, j’avais organisé à Pointe-à-Pitre une conférence citoyenne sur l’engagement avec de nombreux intervenants de la société civile que je trouve très actifs et que je voulais mettre en lumière. Car la Guadeloupe compte finalement beaucoup de citoyens engagés à des degrés divers et tout cela constitue une énergie puissante. Et il appartient, je le crois profondément, aux responsables politiques de savoir fédérer ces énergies pour faire avancer le pays.

Aujourd’hui, à 43 ans, je me dis qu’être élu c’est représenter le peuple dans toutes ses composantes (sociales, partisanes ou autres) et avec ses propres convictions,  et avoir pour objectif d’échanger en argumentant dans la confrontation parfois, mais surtout en étant dans la co-construction pour rechercher la meilleure solution pour faire avancer son pays ou sa ville.

Quel bilan pouvez nous dire après ces deux années et qu’auriez-vous fait à la municipalité ?

Mon trait de caractère est avant tout de chercher à anticiper, de planifier, d’innover, d’auditer et d’être force de propositions concrètes.

En 2020, quand j’ai été élu conseiller municipal de Pointe-à- Pitre, j’ai gardé un lien de cohésion fort avec mon équipe. Notre première action a été de reprendre les chiffres de la ville en analysant les recommandations de la chambre Régionale des Comptes. Il était aussi question de  « challenger » les éléments chiffrés qui nous étaient régulièrement présentés en conseil municipal. J’ai fait le constat que de nombreux éléments basiques de la comptabilité publique n’avaient pas été mis en place et que l’actuel chef d’édilité a été contraint d’attendre plus d’an et demi pour présenter à l’Etat un plan financier pour un le plan COROM (Contrat de redressement Outre-Mer).

Entre temps, j’ai aussi pris soin de démontrer qu’augmenter la taxe foncière plus que nécessaire n’est pas le signal adéquat. Je rappelle que la Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères doit augmenter jusqu’en 2025 pour Pointe-à- Pitre pour arriver à un taux pivot sur l’agglomération.

Il aurait fallu faire preuve de créativité avec de nouvelles recettes. Le choix actuel qui est fait est de tout augmenter (parcmètre et avec une augmentation du nombre d’amendes alors que ces parcmètres ne fonctionnent pas).

Quand vous augmentez tout avec en perspective l’obsession d’un déficit à résorber, vous ne lancez pas ce signal pour attirer des personnes ou investisseurs. Pire, nous savons bien au regard de l’inflation que toutes ces augmentations seront une forme de règle du chef d’édilité qui lui sera imposée ou dictée par l’Etat. Au sein du conseil municipal, j’ai eu à expliquer cela. Je regrette qu’il y ait très peu de DSP (Délégation de Service Public) qui permettrait de créer de nouvelles dynamiques ; pour exemple la situation de la Marina Tennis Club qui est toujours au point mort.  Croire qu’augmenter toute sorte de fiscalité directe ou indirecte fera venir des personnes à Pointe-à-Pitre est une erreur sur le long terme.

Quand vous payez et que vous payez cher, vous vous attendez à un service de qualité. Les Pointois ne se retrouvent pas dans cette politique austère et sans ambition.

Par ailleurs, dans la cadre de la vente à la SIG des logements, si toutefois, cette vente serait effective, j’ai indiqué qu’une dimension humaine soit intégrée à ce projet. Nous perdrons des logements et les futurs lieux d’habitations seront forcément plus chers. Au regard, de la situation des familles pointoises, il est évident que de nombreux Pointois ne pourront se reloger à Pointe-à-Pitre. 

 

Il y a des communes en Guadeloupe qui mènent de nombreux projets environnementaux et qui sont en train de préparer des projets de ce type. J’observe que nous avons un maire qui se dit écologiste, c’est tout de même interpellant que la ville soit aussi sale, qu’il soit élu depuis 2008 et qu’à ma connaissance aucun dossier environnemental concret n’ait pu être proposé ni à la Région ni à Cap Excellence de sa part. J’ai regretté encore il y a quelques semaines que les commissions de travail ne se tiennent plus. C’est sans doute cohérent ou corrélé à la démission d’un des membres de la majorité.

Avec un taux de présence de 95% en conseil municipal, en plénière et commission permanente du Conseil Régional, je porte ma pierre à l’édifice avec un nombre élevé de questions permettant de faire avancer les dossiers.

En conseil municipal, j’ai eu à aborder la protection des monuments classés en faisant des rappels des textes et lois quand l’équipe du maire organisait des travaux de peinture sans autorisation. Jusqu’à ce jour, ni le Maire, ni sa directrice de cabinet n’ont su répondre aux élus.

A plusieurs reprises, j’ai eu à demander des points quant à la situation des agents et des ressources humaines. Après 2 ans, ces points sont un peu opaques :  absence d’entretiens professionnels, absence de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences qui permettraient aux agents de progresser en lieu et place de tous les recrutements qui sont actuellement réalisés. Un organigramme qui n’est pas à jour et non communiqué.

Récemment, j’ai souhaité qu’il puisse avoir un échange sur la situation du Hall Paul Chonchon. Le rapport de la commission de sécurité n’a jamais été transmis par le maire aux élus. Ce document important, arrivé en Mairie le 12 septembre 2022, a mis en évidence de nombreuses carences depuis 2020 : absence de formations des agents, vérifications périodiques réglementaires non réalisées, mesures de sécurité non prises en compte.

Cette situation pénalise l’ensemble des sportifs, familles et des citoyens pointois.

J’ai également demandé à ce que les problématiques d’inondation et de canalisation soient mieux anticipées avec Cap Excellence, en associant cela avec des plans d’élagage et de curage.

Les réponses de la municipalité pointoise sont pour le moment incomplètes. Je continue à suivre de près ce dossier. En effet, les projections du fait du réchauffement climatique sont alarmantes sur la région pointoise (risque d’inondation élevé).

En outre, je suis au contact de diverses associations que j’accompagne dans leurs missions citoyennes avec les jeunes et séniors. Nous avons des temps forts prévus en 2023.

Au sein du conseil municipal, j’ai été amené à prendre position pour les commerçants de Pointe-à-Pitre. En effet, la question des déchets du centre-ville demeure encore un vieux serpent de mer.

L’application de la loi AGEC (Anti Gaspillage et Economie Circulaire) de 2020, mal anticipée par la municipalité vient pénaliser les commerçants avec le risque dès début Janvier 2023 qu’une gestion spécifique soit mise en place par les propres commerçants.

En effet suite à l’annonce mi-décembre 2022 par Cap Excellence que le ramassage de cartons ne serait plus opéré, j’ai émis quelques propositions au conseil municipal pour que la ville puisse mettre temporairement en place ce service. Cela reste à coordonner avec Cap Excellence pour mieux accompagner les commerçants.

Ce problème n’existe pas, ni aux Abymes, ni à Baie Mahault grâce à l’accompagnement des municipalités respectives.

Et au niveau de la Région ?

Sur le volet Régional, nous avons commencé ce projet qui nous tenait à cœur. Il s’agit des temps de proximité où nous accompagnons nos concitoyens dans leurs démarches.

Les effets de la dématérialisation nous montrent que si certains sont à l’aise avec ce principe, cela ne peut remplacer le soutien concret et le contact humain.

De plus, de nombreux citoyens n’ont pas suffisamment d’informations quant aux fonds européens mobilisables, cela ne peut se réduire qu’aux journées européennes en Mai. C’est toute l’année qu’il faudrait travailler ces sujets.

Nous avons déjà eu à réaliser ces rencontres à Pointe-à-Pitre, entre Port Louis et Anse Bertrand et d’autres sont déjà programmées en 2023.

Faisant partie de la commission permanente avec ma collègue Magaly MARCIN, nous prenons soin de préparer nos dossiers et de voter dans l’intérêt de nos citoyens.

Je suis favorable à une forme de politique que je qualifierai d’une « Politique Technique », c’est-à-dire au sens noble du terme avec convictions mais surtout dans le concret en analysant nos dossiers et en faisant des propositions fiables et réalistes.

De même, je crois qu’un élu régional doit aller à la rencontre des citoyens en ayant une vision sur les attentes pour proposer au sein de la collectivité des idées ou projets.

Le rôle de l’élu ne doit pas se résumer qu’à voter une subvention en mettant le citoyen dans un rôle de quémandeur ou de « tan pi souplé »

Il y a plusieurs sujets qui sont une question de choix politique et de vision.

Il convient de relancer notre économie avec la meilleure contribution envers les jeunes, les actifs, sans oublier nos séniors via de nouveaux leviers. Je fais référence aux métiers en lien avec l’innovation, le social, le cadre de vie, l’environnement et l’agro transformation. C’est le sens que je donne aux actions que je mène et que j’envisage.

Nous devons donner du sens à une politique où les Guadeloupéens doivent consommer local à des coûts compétitifs et faire en sorte que nos enfants mangent plus facilement nos produits.

Sous l’impulsion de notre chef de groupe de Péyi Gwadloup, Bernard Guillaume, nous avons eu à solliciter la collectivité pour plus de transparence sur Guadeloupe Formation. Nous avions des craintes et des remontées internes et externes assez négatives : par exemple, factures non réglées, indemnités de stagiaires en retard, un manque d’informations comptables.

Désormais, nous avons obtenu quelques chiffres qui sont à vérifier voire à auditer.

Et puis, sur la question de l’eau et de l’assainissement, il y a eu beaucoup à dire sur le SMGEAG. Nous avons toujours voté en émettant des réserves, notamment sur l’absence d’une trajectoire financière claire et non saupoudrée que par des subventions.

Il manque encore des informations que nous demanderons par rapport aux investissements.

Le SMGEAG est sous perfusion, et risque, selon nous, de l’être encore plusieurs années. C’est mathématique, car la facturation est loin d’équilibrer les charges, notamment de personnel. Et puis, surtout, le SMGEAG n’a plus la main sur sa direction opérationnelle qui, selon les termes de la feuille de route entre l’Etat et les collectivités de Guadeloupe, ce sont des ingénieurs venus de l’Hexagone qui décident de tout.

A bien y regarder, si nous voulons retrouver une confiance entre les élus et nos mandants, nous devons nous attaquer aux problématiques du quotidien, notamment sur les questions de vie chère. Par exemple, nous avons eu à proposer que la Région puisse faire un effort au moins pendant 3 mois en réduisant les taxes perçues sur le carburant, également que la Région soit présente sur les négociations des prix, malheureusement nous subissons. Pourtant, en Martinique et à la Réunion, des actions ont été menées respectivement sur les 1000 produits de nécessité et sur le prix de la bouteille de gaz.

Retrouver cette confiance doit se faire par convictions et non par populisme, en élevant le débat, avec écoute et proximité, sans contexte électoral. Ma vision d’élu est celle de la constance, la pertinence et la régularité, c’est tout le sens de ma démarche et de mon engagement.

 

Loic Martol, conseiller régional et conseiller municipal de Pointe à Pitre
Loic Martol

Conseiller régional

conseiller municipal de la ville des Pointe-à-Pitre

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