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Guadeloupe. 1ers bilans. L'année 2022 vue et revue par Franck Garain

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Basse-Terre. Capitale. Samedi 7 janvier 2023. CCN. L’heure est encore au bilan de cette année fraîchement écoulée. Ainsi donc pour CCN Web Média Alternatif, ces contributeurs ponctuels ont tous accepté au filtre de leurs visions et expériences personnelles, de faire un retour sur notre Gwadloup de 2022. Ce sont : André Atallah (Cardiologue, maire de la Capitale), Teddy Bernadotte (Directeur Cabinet à la Région),  Daniel Dumirier ( Directeur Cabinet au Conseil Départemental), Franck Garain (Sociologue), Loic Martol (Conseiller Régional),  Michèle Robin-Clerc (architecte, adjointe de la ville de Pointe à Pitre), Frantz Succab (Dramaturge, journaliste-observateur).

2022 et notre enchâssement dans la réalité coloniale Auteur : Franck Garain

Faire le bilan d’une manière générale,  c’est établir ce qui est positif et ce qui ne l’est pas. Mais comment se livrer à cet exercice dès lors que l’on pose, et c’est inévitable, le postulat selon lequel la France a encore des colonies et la Guadeloupe en fait partie ? Il est donc difficile de jeter un quelconque regard sur ce qui a pu se passer en 2022 sans en tenir compte.

Le quotidien du Guadeloupéen doit être envisagé et lu à partir de ce paradigme.

Comment comprendre le phénomène de la vie chère si on ne se rapporte pas effectivement à la philosophie du pacte colonial ? On a été frappés en 2022 d’une accélération de la hausse des prix, imputée pour partie à la guerre en Ukraine, histoire d’occulter que depuis 1946, de manière durable et continue, nous ne cessons de payer cher une Assimilation  dont nous sommes conscients des conséquences négatives, mais qu’il nous plaît de louer dans le regard condescendant que nous jetons sur la Caraïbe, tout heureux que nous sommes d’être considérés comme « la vitrine de la France, îlot de prospérité… dans notre environnement régional ».

Est-ce pour cela que l’essentiel de nos revendications a porté en 2022, comme de tout temps,  tant dans la sphère politique que dans le champ de la société civile, sur la nécessité d’atténuer « des inégalités persistantes avec la métropole et des retards de développement ? ».

Est – ce à dire que nous ne sommes pas capables d’avoir un modèle de développement adapté à notre réalité, comme si de manière frénétique, il s’agissait d’être plus français que les Français encore !

Tout notre vécu est étalonné par rapport à la France et à l’Europe ; nous avons été l’une des régions « les plus meurtrières de France.. les plus… de France… les plus… de France… etc. » Cette année encore, notre balance commerciale – ô étrange paradoxe pour une région de France que d’avoir un commerce extérieur – est largement déficitaire, gavés que nous sommes par ces conteneurs dont les produits génèrent des accidents cardiovasculaires, de l’obésité, du diabète, etc., maladies dont la prévalence n’aura certainement pas diminué en 2022.

C’est la preuve manifeste que nous n’avons aucune prise sur ce qui nous entoure et qui est déterminé de l’extérieur, comme la politique de santé, conçue à l’occidental, avec un modèle hospitalo-centrique et dont les avatars les plus marqués en 2022, ont été cette cassure, cette plaie béante créée par l’application du vaccin contre le COVID, sujet ô combien délicat, opposant les certitudes de façon névralgique parfois, nous faisant oublier que l’absence de pouvoir de décision, domicilié chez nous était un handicap dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres.

C’est ainsi que, comme bon nombre d’entre nous, j’ai été frappé par le caractère invasif d’une forme d’expatriation qui, pour dire comme Césaire, va nous «  dicter la dure loi du colon ». L’épisode de la voiture à pain, qui à l’analyse et à l’examen des faits, peut paraître d’une portée irrationnelle traduit plutôt une peur, une hantise d’une forme d’extinction des Guadeloupéens ( Letchimy en a parlé pour la Martinique ).

J’ai le sentiment, au regard de 2022, qu’il est en train de se construire là sous nos yeux, une autre Guadeloupe, dont les derniers leviers nous échapperont définitivement et que le phénomène de caldochisation de notre pays est plus que jamais en marche.

Colonie de consommation, colonie de peuplement, par le transfert de population puisque cette année 2022, près de 1200 jeunes ont quitté le pays sans espoir de retour pour la grande majorité certainement, il m’a semblé que nous nous limitions à faire mourir mieux ceux de ma génération en les considérant comme nouvelle ressource économique, que de s’occuper véritablement d’un développement endogène, puisqu’il s’agit, ai-je entendu en fin d’année, d’agrandir les sites symboliques de la dépendance comme le port, de remettre sur le tapis les projets de contournement des zones qui empêchent d’arriver plus vite à Jarry, tout en sachant que l’évitement de Capesterre n’a réglé aucun problème.

Alors, je peux comprendre qu’en 2022, certains jeunes se battent pour conserver des terres agricoles, les enlever à la promotion immobilière et aux spéculations de toutes sortes.

Société dépendante, espace périphérique pour les Français, qui nous appellent leur « outre-mer », Gua-Gaulois ou Gallo-Guadeloupéens,  pour certains d’entre nous, m’a dit en rigolant un ami caribéen, nous avons vu fleurir au cours de cette année 2022 moult manifestations se réclamant de fondements culturels ou de certitudes assénées sur les réseaux sociaux (sans souffrir la contradiction, ou vouloir l’accepter ), comme si chacun se sentait dépositaire de la vraie Guadeloupe, en voulant s’écarter, le temps d’une manifestation d’un pays officiel outrancièrement francisé et européanisé, qui se débat, sans débattre, préférant le frontal au fondal.

Qu’espérer pour 2023 ? Que nous n’ayons pas à effectuer les mêmes constats qu’en 2022, dans l’espérance d’un sursaut que l’on peut entrevoir à travers ce bouillonnement, cette rébellion latente, de ce feu qui couvre sous la cendre et qui pourrait s’allumer de façon imprévisible, là où peut-être on ne l’attend pas !

Franck GARAIN

Guadeloupe. Bilan 2022 vu et revu par Franck Garain

Franck GARAIN

Docteur en sociologie de la santé,  diplômé d’études approfondies en droit public

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