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Economie bleue avec ou sans route du rhum

Economie bleue :   Avec ou sans Route du Rhum, quel Tourisme pour  notre pays?(1)

Paris.  Vendredi 4  novembre 2O22. CCN exclusif.  C’est un rapport qui résonne  à la fois comme une alerte , une mise en garde, et aussi des conseils éclairés  que Nicolas Vion, président de l’Union des Métiers des Industries Hôtelières (UMIH)a récemment remis  à Jean François Carenco ( Ex Prefet de Guadeloupe, devenu depuis peu ministre délégué.

C’est un  document de près d’une vingtaine de pages, que CCN publie par épisode. Sa lecture  permettra aux pros d’avoir une vision très lucide et réaliste de  cette industrie touristique mal connue. Les avis de N. Vion seront ils entendus ?

 

Economie bleue: Avec ou sans Route du Rhum

Quel Tourisme pour notre pays ? (1)

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En matière d’industries touristiques françaises des Outre-mer, le constat est décevant : Les stratégies mises en place ont conduit certes, à une augmentation du nombre de visiteurs, mais l’effet ne s’est pas vraiment fait ressentir au niveau de l’emploi privé, ce dernier étant l’élément qui nous semble être l’objectif majeur du développement économique. Il a manqué à la France ultramarine, un développeur public en charge de la défense de l’intérêt général.

Il faut inventer ce développeur qui n’existe pas dans la législation française : ni dans le code du tourisme, ni dans le code général des collectivités territoriales. Développeur public des industries touristiques, dont la mesure des performances sera fondée essentiellement sur le développement de l’emploi et de l’entreprenariat. Il ne suffit pas de réaliser des investissements, il faut aussi des entrepreneures et des entrepreneurs pour les concevoir, les hiérarchiser, et les mettre en œuvre selon une logique professionnelle. Nous avons assisté à une forte diminution de la représentation des entrepreneurs dans les instances publiques, liées aux industries touristiques, comme s’ils n’avaient plus leur mot à dire, comme s’ils ne participaient pas, ou ne devaient plus participer au développement économique de nos territoires.

Il semble qu’il n’y ait plus de cap, de stratégie, et parfois même de volonté politique d’un développement économique générant de l’emploi privé dans notre secteur d’activités. Ne reste presque plus qu’une politique de communication, sans grande coordination et sans construction réelle d’une industrie touristique capable de rivaliser avec nos compétiteurs internationaux. Le transfert récent de la « compétence tourisme » française, de l’État vers les Conseils régionaux, a généré des retards importants. La transmission – partielle – des pouvoirs des Communes vers les intercommunalités a compliqué la situation, compte tenu, particulièrement, de l’absence de maîtrise des politiques foncières de par ces dernières (les communes ayant généralement conservé le contrôle des Plans Locaux d’Urbanisme). Ces faits ont rendu presque impraticable la gouvernance institutionnelle françaises des industries touristiques. Il convient néanmoins de rendre justice à l’ancienne ministre des Outre-mer, Madame Annick GIRARDIN, qui a mis en œuvre en 2019 une politique efficace de soutien de l’emploi dans les industries touristiques d’hébergement des Outre-mer, notamment, à travers les ZFANG (Zone Franche d’Activité Nouvelle Génération), en prévoyant des dispositifs de réduction de charges sociales, associés aux sujets de productivité et d’handicaps structurels des Outre-mer.

Les industries touristiques des Outre-mer français (R.U.P.) se caractérisent aujourd’hui par un système bloqué : une demande très forte de la clientèle nationale et internationale, mais une offre d’hébergement professionnel très insuffisante pour répondre à la demande, une offre inadaptée ou rarement conforme aux standards internationaux, une sous-exploitation considérable du potentiel de développement des Outre-mer, une insuffisance d’entrepreneurs, et enfin une absence des grandes enseignes nationales ou internationales de l’hôtellerie. Il y a un réservoir considérable d’emplois privés et d’entreprises à créer. La relance des industries touristiques des Outre-mer ne peut passer uniquement par la promotion. La demande existe déjà. La relance se construira par l’offre. Il faut débloquer l’offre. Et assez curieusement, ce n’est pas une affaire de moyens financiers, ni une affaire d’intelligence artificielle, mais une affaire d’intelligence réelle, de réorganisation des responsabilités, de méthode, et de coordination des politiques. C’est avant tout une affaire de définition appropriée de la gouvernance des institutions françaises influant directement ou indirectement sur l’écosystème des industries touristiques ultramarines françaises.

Cette analyse est bien évidemment discutable, mais elle vise à mettre en évidence la nécessité absolue d’une politique de financement des investissements, quelle que soit la nature de ces investissements, mais surtout et préalablement s’assurer que la gouvernance institutionnelle en place est véritablement adaptée, et ne gaspillera pas inutilement les ressources publiques. Cette nouvelle gouvernance définira une stratégie claire, à long terme, en accord avec les professionnels présents sur le territoire, ou désirant venir s’y installer, ainsi que bien sûr, avec la population locale, et avec en perspective les challenges écologiques que nous devrons relever. Une organisation institutionnelle, fondée sur plus d’autonomie et de souplesse donnée aux acteurs locaux, n’a d’intérêt que si les acteurs professionnels participent aux décisions dans une co-construction des politiques de développement de l’emploi, associant acteurs publics et investisseurs privés.

Nous considérons, à tort ou à raison, que les industries touristiques des Outre-mer constituent le principal réservoir de création d’emplois productifs, mais aussi un vecteur essentiel de développement de l’entreprenariat dans les Outre-mer. Elles sont un facteur majeur de rétention des jeunes élites sur nos territoires, qui en l’absence d’opportunités économiques émigrerons vers d’autres horizons. Il n’y a pas de fatalité, les capacités des ultra-marins et les atouts naturels exceptionnels des Outre-mer, permettent aisément la mise en œuvre d’un développement rapide de l’emploi dans les industries touristiques des Outre-mer. Nos propositions visent à inverser les tendances qui ont affecté négativement les 20 dernières années, notamment celle de l’accélération du vieillissement de la population, par le départ des jeunes vers des contrées plus prospères, et n’ont aucun coût significatif pour l’État et les collectivités, bien au contraire. Elles visent à améliorer la qualité de vie des habitants, leur pouvoir d’achat, comme la qualité de l’accueil des visiteurs, sans coût supplémentaire pour les contribuables en général, et du territoire en particulier. Elles relèvent essentiellement d’une adaptation de la législation applicable aux industries touristiques des Outremer, donc du code du tourisme applicable aux Outre-mer. Il s’agit de décisions politiques à soumettre au législateur.

Pour mémoire, le code du tourisme prévoit déjà des dispositions spécifiques aux départements des Outre-mer et à la Corse. Une nouvelle adaptation est donc politiquement et juridiquement possible. Dans une démarche plus audacieuse, le législateur pourrait aller au-delà et considérer qu’une politique de développement de l’emploi dans les industries touristiques ne peut être dissociée des considérations d’utilisation du foncier, particulièrement rare dans les îles. Cela supposerait la création d’une articulation juridique entre les P.L.U. et les politiques de développement de l’emploi dans les industries touristiques. Ce dernier thème étant seulement évoqué dans cette note, sans être traité de façon opérationnelle. 

OBJECTIFS 
  1. Relancer l’offre des industries touristiques des Régions ultrapériphériques (RUP) françaises par une gouvernance rénovée, par une mobilisation des ressources locales réellement employées à des fins d’investissements publics structurants porteurs d’emplois, en vue d’une amélioration du pouvoir d’achat et de la qualité de vie des populations résidentes
  2. Doubler en 5 ans l’emploi généré par les activités des industries touristiques des Outre-mer et développer l’entreprenariat local lié à ces industries
  3. Solliciter, en accompagnement des investissements locaux, des ressources européennes liées aux R.U.P. et aux investissements de protection de l’environnement. Le comité UMIH des Outre-mer propose une inflexion majeure des instruments des politiques de développement de l’emploi dans les industries touristiques des Outre-mers
  4. Un changement de paradigme : la vocation des actions publiques en matière d’industries touristiques des Outre-mer ne doit plus être « l’amélioration quantitative de la fréquentation touristique », 

5. La vocation des actions publiques en matière d’industries touristiques des Outre-mer doit se diriger vers le maintien et la création d’emplois, l’égalité de traitement entre acteurs, et enfin le développement de l’entreprenariat,

6. La création d’une dynamique de développement de l’entreprenariat local : passer du mirage inaccessible à la réalité accessible,

7. L’amélioration de l’offre professionnelle des industries touristiques,

8. L’amélioration des équipements publics structurants,

9. L’évolution de la formation,

10. Un exemple concret des difficultés pratiques de coopération entre les communes : la création d’un réseau de mobilités douces, 

11. Une simplification, une unification et une augmentation des ressources locales consacrées au développement de l’emploi dans les industries touristiques, 

12. Une gouvernance unitaire rénovée des instances régionales et intercommunales, 

13. La création d’une émulation entre les communes par le vote des projets d’infrastructures,

14. Un suivi statistique exclusivement orientée vers les objectifs essentiels : nombre d’emplois maintenus, nombre d’emplois créés, géographie des emplois, nombres d’entreprises maintenues, nombres d’entreprises créées, géographie des entreprises, 

15. Une politique de publicité des actions et résultats des politiques publiques, 

16. Une expérimentation initiale limitée aux régions ultramarines volontaires,

17. Les réseaux de mobilité douce et les espaces urbains piétonniers : un investissement prioritaire en phase avec le projet européen, 

18. Une mission limitée dans le temps consacrée à la mobilisation des ressources européennes liées aux RUP et aux investissements de protection de l’environnement.

MOYENS : ILLUSTRATIONS ET PROPOSITIONS 

Le premier des visiteurs est d’abord celui qui vit au sein de son territoire 365 jours par an. L’habitant permanent est le premier des visiteurs. Avec le temps, les mots « touriste » et « tourisme » sont devenus négatifs, et synonymes de perturbations pour la population des résidents permanents. Sans parler de l’horrible expression « tourisme de masse », reflétant une forme d’agression étrangère aux intérêts de la population permanente. Probablement, par défaut de développement rationnel, et par défaut de communication adaptée. Peut-être est-il temps de mettre en évidence que le développement anarchique des industries touristiques appartient au passé ?

La frontière entre tourisme et loisirs s’est dissoute. La population locale s’est totalement appropriée la « consommation touristique », laquelle est devenue une composante majeure des loisirs locaux. Les résidents consomment désormais quasiment les mêmes espaces de loisirs que les visiteurs, et ils le font bien plus souvent que les visiteurs. Naturellement, les espaces de loisirs incluent les espaces naturels, les espaces verts, les espaces publics urbains, notamment piétonniers, et bien sûr les réseaux de mobilité douce (pistes cyclables, pistes de randonnées, etc). Faut-il définitivement abandonner la notion de « tourisme » pour ne retenir que la notion de loisirs, partagée entre résidents et visiteurs, entre population permanente et population temporaire ? C’est une réflexion à conduire. Les loisirs étant devenus une composante majeure de la « consommation » locale, ils participent considérablement à la qualité de vie de la population locale, et en cela sont devenus un levier de développementéconomique et social en faveur des populations permanentes, un facteur majeur de l’attractivité des collectivités territoriales, et un moyen indispensable de freinage du déclin de leur population permanente. Un exemple parmi d’autres : les investissements publics dans le domaine des mobilités douces, pistes cyclables par exemple, serviront 12 mois sur 12 à la population permanente, et 5 mois sur 12 à la population temporaire des visiteurs. En outre ces réseaux permettront d’amorcer une nouvelle économie qui se développera depuis le vendeur d’eau de coco, de loueur de véhicule de mobilité, à divers degrés, jusqu’à des degrés d’offres plus élaborées. Qui plus est, la population permanente est beaucoup plus nombreuse que la population temporaire. La hiérarchie des « usages » est très clairement, et considérablement, en faveur de la population locale. De fait, la question de la répartition du financement public des investissements structurants des collectivités territoriales pourrait être fonction de la répartition des « usages », entre ceux de la population permanente et ceux de la population temporaire. La qualité de vie de la population permanente se superpose à celle des visiteurs, et domine largement celle des visiteurs. On ne devrait d’ailleurs remplacer l’expression « tourisme durable », par « qualité de vie durable », au bénéfice des deux populations, permanente comme temporaire. Parler de « tourisme durable », peut laisser croire à une d’une politique clivante, au seul bénéfice des « touristes exogènes », et au détriment de la population locale. Le temps des « Nouvelles Frontières » conquérantes, et perturbantes, est fini. Reste à bâtir celui des « Horizons Communs » mêlant intérêts de la population permanente (de plus en plus mobile) et de la population temporaire, des visiteurs, mobile par essence.

 ( a suivre)

 

 

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