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Guadeloupe. Alerte. Cette catastrophe démographique qui vient…

C Vu de la Guadeloupe 

La chronique d’Olivier Nicolas

La chronique d’Olivier Nicolas

Basse-Terre-Capitale. Lundi 5 décembre 2022. CCN. C’est la loi de l’actualité : une information chasse l’autre. Le très gros titre du jour est à peine évoqué le lendemain, et disparaît carrément des radars le jour suivant. Pourtant, il est un sujet qui chez nous a fait la « Une » il y a quelques jours, mais qui aurait mérité d’occuper les gros titres, tous les jours, toute la semaine, sous des angles différents, tant il en dit long sur nos choix d’hier, sur nos réalités d’aujourd’hui et sur nos perspectives pour demain : les effrayantes projections démographiques pour la Guadeloupe aux horizons 2040 et 2070.

1/ Un profond déclin démographique

Effrayantes, car ces statistiques fournies par l’INSEE décrivent une région en profond déclin démographique depuis une décennie, dont la population sera passée de plus de 400 000 habitants au tournant des années 2000 à 388 000 en 2018, pour atteindre 314 000 dans 20 ans (en 2042), puis 242 000 habitants en 2070. Une région destinée à connaître, dès lors, un vieillissement accéléré qui se traduira par un doublement du nombre des plus de 65 ans en cinq décennies, tandis que la part des moins de 20 ans s’établira à 17%. Chaque année, en moyenne, la Guadeloupe perd entre 3 et 4 000 habitants et cela continuera si rien ne vient changer le cours dramatique des choses.

Derrière ces chiffres, il y a des réalités concrètes qui viennent sévèrement percuter les discours optimistes et satisfaits de ceux qui dirigent aujourd’hui la Guadeloupe et qui ne semblent pas prendre la vraie mesure de ce qui est à l’oeuvre. Quand une partie de la jeunesse d’un pays – la mieux formée – part sans vouloir ou pouvoir revenir ; quand la jeunesse qui reste ne fait plus assez d’enfants ; quand le solde naturel et le solde migratoire promettent d’être tout deux négatifs dans les décennies à venir ; il y a urgence à sortir du déni : on parle d’un territoire qui ne donne plus confiance et qui n’est plus attractif ni pour l’extérieur, ni même – et c’est beaucoup plus grave – pour ses propres enfants.

2/ Les fantasmes de l’extrême droite “guadeloupéenne”

Oui, un véritable déni est à l’oeuvre pour ne pas voir que ces tendances démographiques sont un appel à tout changer dans la conduite du pays pour se donner une chance d’échapper au triste destin qui nous est promis.

Déni quand d’aucuns veulent encore voir dans la baisse du chômage avant la crise COVID le succès d’une politique gouvernementale ou régionale. Alors que c’est la baisse de notre population active qui, mécaniquement, fait baisser le taux de chômage. Il est d’ailleurs tragique de se dire que nous viendrons – enfin ! – à bout du chômage de masse. Sans rien faire. Par ce simple effet mécanique qui, selon l’INSEE, fera diminuer de moitié la population des actifs de 20 à 64 ans dans les 50 prochaines années (-110 000 personnes).

Déni aussi, quand l’extrême droite guadeloupéenne entend continuer à prospérer sur des fantasmes délirants de submersion migratoire, alors qu’il n’en est rien, et que la lucidité commande d’admettre dès maintenant qu’avec cet effondrement prévisible de notre population active, inévitablement, nous aurons besoin de main d’oeuvre extérieure pour pourvoir certains postes.

Déni, encore, quand on manque de voir combien cette saignée démographique au coeur des tranches d’âge de nos forces vives fait le bonheur d’autres territoires. Sait-on seulement que la part des diplômés dans la population antillaise de l’Hexagone est supérieure à celle dans toute la population française et que ce chiffre, donné par le démographe Claude-Valentin Marie, a grimpé à toute vitesse ces trois dernières décennies ?

3/ La nécessité d’agir en profondeur… pour éviter le scénario catastrophe

Mais on dira que le pire déni, c’est assurément celui qui conduit à ne pas réagir plus fortement face à ces sombres prévisions. Au-delà des discours qui font parfois croire que parler d’un problème c’est déjà commencer à le résoudre, on rêve d’un électrochoc collectif qui serait, pour une fois, le signe d’une prise de conscience de la nécessité d’agir en profondeur sur la base d’un diagnostic partagé. Or, chez nous, ces sursauts prennent presque toujours la forme d’une éruption sociale qui nous fait traiter dans l’urgence les conséquences et rarement les causes. Et puis après, un peu comme Dutronc, c’est «  j’y pense et puis j’oublie. C’est la vie, c’est la vie ».

Pour que cela change, il faudrait que les décideurs du pays soient tous hantés chaque matin, chaque soir, par ces chiffres et leurs conséquences sur notre développement futur. Qu’ils soient prêts à questionner désormais chaque politique publique pour savoir dans quelle mesure elle permet d’éviter le scénario catastrophe. Qu’ils comprennent que tout se tient. Qu’ils comprennent qu’un pays, aussi magnifique soit-il, où tout coûte cher, sans services publics de qualité, où l’insécurité règne dans les quartiers comme sur les routes, où la justice dysfonctionne, où les atteintes à probité atteignent des records nationaux, où de nombreux secteurs d’activité apparaissent verrouillés et où le dialogue social doit être sérieusement modernisé… désespère d’abord et avant tout sa jeunesse. Celle qui a l’âge d’avoir des envies d’ailleurs et qui a la possibilité de les concrétiser. Celle qui, si nous ne changeons rien dans tous ces domaines, nous manquera demain pour être un archipel d’avenir.

1 réflexion sur “Cette catastrophe démographique qui vient…Guadeloupe”

  1. Chronique d’Olivier Nicolas concernant la chute de la démographie en Guadeloupe et ses conséquences très juste et intéressante. Malheureusement, la situation catastrophique décrite ne va que s’empirer dans les décennies à venir. Les jeunes vont partir en Métropole ou sur le continent Nord Américain, les plus âgés ayant les moyens financiers suffisants vont également partir en Métropole pour être soignés correctement… Beaucoup de choses à faire en Guadeloupe pour empêcher cette évasion de population; encore faut il que les politiques en soient conscients….

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