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Ca suffit !

Pawol Lib (Libre Propos) est une rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, ce sont des citoyens engagés qui nous soumettent leur billet.

La Démocratie est le pilier de notre vie collective par la garantie des droits pour tous et chacun qu’elle apporte grâce à son principe du gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Le peuple, tout le peuple, est donc la réalité humaine qui constitue la légitimité d’existence de nos institutions et du droit, du chef de l’État aux corps intermédiaires et des collectivités aux administrations. La police est une administration régalienne de l’État dont la raison de l’existence est la protection du peuple et donc de chaque citoyen sans distinction d’origine, de genre, de religion, de profession et ce quelque soit sa position sociale. 

  La police n’est pas hors de la loi, la police n’est pas au-dessus des lois, et la police n’est pas au-dessous des lois. Son autorité ne procède pas de la force dont elle est autorisée à faire preuve, mais de son rôle éminent de gardienne de la paix et protectrice de l’ordre public. C’est ce rôle au sein de la société et au service du peuple qui légitime les interventions qu’elle peut avoir à mener. Ces interventions sont donc encadrées par la loi décidée et validée par les représentants du peuple. 

   Alors pourquoi ? Pourquoi un homme s’est-il retrouvé agressé, battu, tabassé, violenté et roué de coups avec poings, pieds et matraques jusqu’au sang, en se faisant traiter de sale nègre, pris au piège comme un animal et traité avec une sauvagerie inouïe et bestiale par plusieurs policiers réunis en bande comme un gang ? C’est parce que cet homme, Michel Zecler, originaire de la Martinique; n’a pas la peau blanche…

   Aucune règle et aucune loi n’autorisent la police à agir impunément en faisant preuve de violences illégitimes à l’égard d’un être humain. Mais en France, patrie des droits de l’homme, les violences policières subies par des hommes et des femmes en raison de leurs origines, de leur couleur de peau, de leur aspect physique se multiplient. La police n’est pas raciste mais trop de policiers sont racistes ! La ligue des droits de l’homme avait recensé il y a quelques années une moyenne de 10 à 15 morts par an à la suite d’opérations de police, soit en quarante ans entre 500 et 1 000 morts, directement ou indirectement, à la suite d’une opération de police. Le profil type du décédé est « un jeune homme des quartiers populaires, d’origine maghrébine ou d’Afrique Noire ». 

   Cette violence raciste continue alors que le gouvernement, lui, s’acharne à obtenir le vote d’un article 24 d’une loi qui s’apprête à jeter un voile épais d’immunité sur les agents de la police tentés par cette monstruosité qu’est l’agression raciste. Ceci est une violation manifeste et outrageante des fondements de notre démocratie et de son état de droit. Que cette violence s’abatte sur un jeune antillais du nom de Kéziah Nuissier qui manifestait pour la vérité sur le Chlordécone, sur Adama Traoré ou sur Michel Zecler, elle est portée par le même vent nauséabond, pestilentiel et contaminant du racisme. Kéziah Nuissier n’a pas eu droit à l’aide de la justice, tout comme Charles Henri Salin et d’autres avant lui. Grâce à une caméra de surveillance, Michel Zecler lui aura au moins cette possibilité. Mais combien de Michel Zecler potentiels sont en prison ou n’ont pas obtenu gain de cause parce qu’ils n’ont pu bénéficier d’un document sonore ou vidéo prouvant l’horrible injustice dont ils furent victimes.

Dès lors, nous disons aux auteurs de cette violence policière : ça suffit ! 

Nous disons à ceux qui défendent la violence institutionnalisée : ça suffit !

Nous disons aux élus qui ferment les yeux sur la réalité des violences policières : ça suffit !

Nous disons aussi à ceux qui veulent porter atteinte aux libertés du peuple : ça suffit !

Nous disons aux auteurs des innombrables et systématiques contrôles aux faciès : ça suffit !

Nous disons à ceux qui ferment les yeux sur le racisme systémique de cette société : ça suffit !

Nous ne voulons plus de cette haine de l’autre et de cet acharnement sur les hommes et les femmes qui n’ont jamais demandé à paraître différents et nuisibles à vos yeux en raison de la couleur différente de leur peau.

Nous ne voulons plus de vos excuses pitoyables comme celles qui qualifient les auteurs de ces violences de « brebis galeuses » et ces actes odieux de phénomène marginal.

Nous voulons la vérité ! Et la vérité est que ce gouvernement, comme les précédents, ne fait pas assez pour imposer aux forces de l’ordre le respect de la dignité de ceux que l’on a parqué dans des cages qui portent les noms de minorité visible, de personnes de couleur, de bougnoules, de sauvages, de nègres.

Nous voulons que les mensonges de ces agresseurs trop souvent protégés cessent et que les victimes soient enfin écoutées et protégées. En France les lumières ne s’éteignent jamais comme le prétend le président de la République. Alors nous exigeons que nos enfants quelle que soit la couleur de leur peau, grandissent en sécurité, en ayant droit à la sûreté et hors des ténèbres de la haine de l’autre. 

Nous voulons que tous les coupables de ces actes racistes et violents répondent de ceux-ci devant la justice et soient l’objet de vraies sanctions pénales.

Nous voulons vivre dans un pays ou les valeurs humanistes et le respect de toutes les différences soient enseignées et exaltées sans cesse au sein de chaque institution publique au lieu d’être des principes ternis sur les murs écaillés d’une république qui menace de tomber en ruine.

Nous voulons qu’en ce XXIe siècle la France accepte enfin son histoire, toute son histoire et le brassage culturel et ethnique qui en est issu, afin d’en être magnifiée et d’arpenter les chemins lumineux du véritable universalisme: celui du monde tel qu’il est, plein de couleurs et d’ailleurs.

Nous voulons que l’ordre public soit conjugué à la paix civile, et que les valeurs républicaines soient incarnées par ceux-là mêmes qui sont dépositaires de l’autorité publique.

Nous voulons que soient respectés de façon intangible les droits, nos droits, à manifester et à nous exprimer, à être des citoyens à part entière et à ne pas être des cibles du mépris et de la méchanceté de ceux qui souillent la noblesse de leur institution et jettent honte et opprobre sur leur propre pays. Le racisme est aussi systémique et endémique que les violences qui affleurent régulièrement au sein des forces de l’ordre française. Il faut cesser de couvrir cette barbarie qui gangrène l’espace public et renie l’espérance démocratique.

Nous ne voulons plus de cette nausée qui ne cesse d’envahir tous ceux qui aspirent à vivre dans la lumière des valeurs élevées, loin des ténèbres du racisme et de la xénophobie. Cessez de nous diviser pour vos petits intérêts politiques et soyons ensemble sur les remparts de la lutte contre la haine, le terrorisme, l’exclusion, la violence faite aux hommes, aux femmes comme aux forces de l’ordre ou aux étrangers.

Nous disons donc à ceux que la peur, l’ignorance et la haine de l’autre ont jeté dans l’illusion moribonde du racisme que des banlieues parisiennes aux beaux quartiers, des campagnes de l’hexagone aux rivages des outre-mer, les composantes de ce pays que vous ne voulez pas voir et entendre parce que vous ne supportez pas la lumière de leur diversité; vous appellent à la table de la paix, de la fraternité, de l’égalité, et de la justice.

 

Les auteurs :

Sébastien BERNARD. Citoyen engagé

Henri BERTHELOT. Secrétaire général de l’UIR-CFDT Guadeloupe

David BOUCAUD. Économiste, psychanalyste et écrivain

Cédrick Isham CALVADOS. Entrepreneur, artiste et photographe

Marianne CEVA.  Directrice d’établissement scolaire public

Crista CHOVINO HALLEY. Juriste

Michel CORBIN.  Architecte retraité

Le CRAN. Conseil représentatif des associations noires de France

René DATRY. Enseignant retraité, chroniqueur

Bernard LECLAIRE. Écrivain, père de la Caribénitude

Karla LECLAIRE. Avocate

Didier DESTOUCHES. Maître de conférence d’histoire du droit à l’université des Antilles, éditorialiste et essayiste. 

Assetou DIALLO. Doctorante en droit public, juriste internationale

Saïdou DIOP.  Étudiant en master 2 droit public 

Steffy DANABE. Étudiante en droit

Sandra FRANÇOIS. Directrice Guadav France victimes 971

Steve Fola GADET. Maître de conférence en civilisation américaine à l’université des Antilles, écrivain et artiste

Josué GUALITA.  Professeur de philosophie

Victoire JASMIN. Sénatrice

Jacob LABETH. Démocrate et citoyen français

Jim LAPIN. Docteur en droit public, juriste

Jacqueline MAGLOIRE. Conseillère en insertion professionnelle 

Michèle MAKAIA ZENON. Docteur en sociologie, Sociologue

Didyer MANETTE.  Écrivain et chef d’entreprise

Loic MARTOL. Conseiller municipal de Pointe-à-Pitre

Nadine MONTOUT. Conseillère municipale des Abymes

Stéphanie MULOT. Professeur de sociologie à l’université de Toulouse 

Clémence NADEAU. Cadre de la fonction publique et citoyenne engagé

Laurence NEEYA MAQUIABA. Productrice du festival ÉRITAJ

Juliette OLIVIER. Ingénieur de recherche à l’université de Bourgogne (CREDESPO)

Mahité PERRAULT. Cheffe d’entreprise

Jimmy PIERROT. Animateur radio

Alexandra PETIT.  Doctorante en science politique

Enzo PORTECOP. Lauréat concours national d’éloquence, étudiant en droit

Jude SAHAÏ. Retraité de l’audiovisuel privé

Steve SALIM. Entrepreneur et restaurateur

Steeve SEGOR. Éducateur sportif

Raïssa SURPIN . Juriste internationale

Philip SADIKALAY. Maître de conférence de musicologie à l’université des Antilles, saxophoniste

Vincent TACITA. Chef d’entreprise et citoyen engagé

Carole VENUTOLO. Artiste soprano lyrique 

Christophe WACHTER. Secrétaire général des MPI Guadeloupe

Barbara ZANDRONIS. Journaliste et productrice

Dimitry ZANDRONIS. Cinéaste et réalisateur

Ephrème ZELINA. Fonctionnaire territorial

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