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Bolivie : Interview d’Evo Morales par HispanTV

Sucre. Mardi 17 décembre 2019. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. HispanTV : Bienvenue, comment allez-vous ?

Evo Morales : Merci pour ce contact, pour cette interview. Comme toujours, je suis prêt à exposer mes inquiétudes et mes impressions sur ce qui se passe en Bolivie.

HispanTV : Tout le plaisir est pour nous de parler avec vous et d’informer notre audience de ce que pense le président de la Bolivie. Je peux vous appeler président, ex-président, président déposé. Comment aimeriez-vous que nous vous appelions dans cette interview ?

Evo Morales : Je suis, si on prend en considération le coup d’Etat, l’ex-président bien que les juristes m’affirment que je suis toujours président parce que l’Assemblée Législative Plurinationale n’a pas approuvé ma démission.

HispanTV : Donc, nous allons parler avec Evo Morales, l’homme en chair et en os, qui a dirigé le pays pendant presque 14 ans. Evo, Che Guevara disait qu’il ne fallait pas faire confiance « à l’impérialisme, même pas un tout petit peu » et je me demande pourquoi Evo Morales a fait confiance à l’Organisation des Etats Américains (OEA) et lui a demandé un audit des élections du 20 octobre alors qu’on connaissait des instructions, des données, des détails, le nom et des enregistrements audio même destinés à vous renverser et tout cela 30 jours avant le coup d’Etat. Pourquoi avez-vous fait confiance à l’impérialisme, Evo Morales, à l’Organisation des Etats Américains ?

Evo Morales : Regardez, Luis Almagro qui représente l’OEA est un renard déguisé en brebis. Je dis ça parce que le 17 et le 18 mai, il est venu en Bolivie et plusieurs fois il a insisté sur la croissance économique de notre gestion publique et il a même dit que je suis le meilleur président de la Bolivie bien que moi, je me considère comme le président de la meilleure Bolivie de notre historie.

En mai de cette année, il a dit qu’Evo avait « légalement le droit » de se présenter pour la quatrième fois. J’ai compris qu’il parlait avec une grande responsabilité devant le peuple et le monde entier. J’avais confiance mais derrière les accusations de fraude, il y avait le coup d’Etat, je m’en suis rendu compte très tard.

C’est pourquoi j’ai demandé un audit des élections pour vérifier les élections et le dimanche matin, le coup d’Etat s’est ajouté à l’audit. Bon, je comprends votre réflexion et vos commentaires, y compris à propos des paroles ou des messages du Che.

Je crois maintenant que nous avons plus d’expérience d’une gestion publique mais essentiellement pour la libération des peuples. Il ne faut pas céder à l’Empire ni lui faire confiance pour quoi que ce soit. C’est mon expérience vécue, d’abord en tant que dirigeant syndical et ensuite en tant que président et ex-président de l’Etat Plurinational de Bolivie.

HispanTV : Evo, vous êtes parti au Mexique pour éviter ce que nous vivons actuellement en Bolivie : une violence et une répression démesurée. La paix reviendra-t-elle à La Paz, à El Alto, dans toute la Bolivie ?

Evo Morales : Sous mon Gouvernement, du 21 octobre au 10 novembre, il n’y a pas eu un mort par balle. Nous avons fait attention à la vie. Nous sommes des défenseurs de la vie. Pour moi, au-dessus de tout droit des peuples et des personnes que ce soit des droits collectifs ou des droits individuels, il y a d’abord la droit à la vie.

Justement, nous avons démissionné, Álvaro et moi, pour qu’il n’y ait pas d’agressions et de violence, de racisme, de fascisme. Mais en 10 jours de coup d’Etat, 33 morts par balle. Alors, c’est une préoccupation mais je veux dire aussi que très sincèrement, en contactant et en appelant des camarades, la lutte pacifique pour la vie, pour la démocratie et pour la Patrie continuera et je souhaite beaucoup revenir. Très étrange, le travail que je faisais.

Du lundi au dimanche, de 5 heures du matin jusqu’à 11, 12 et même jusqu’à 1 heure du matin, tout pour la Patrie. Je veux réaffirmer que moi, je suis venu à la Présidence pour la Patrie et pas pour l’argent. Je suis arrivé à la Présidence avec la vérité et avec l’honnêteté. Et je le dis, jamais je ne demanderais à aucun organe de l’Etat de m’aider ou qu’il y ait une fraude. Je ne suis pas un délinquant, encore moins un corrompu.

Comme ils ne peuvent prouver ni corruption ni aucun délit, maintenant, ils m’accusent de terrorisme, de subversion, ils disent même qu’ils vont me juger pour racisme et pour discrimination. Cette charge qu’ils inventent, imaginez cette charge qu’ils inventent, que maintenant, je suis entre les mains d’INTERPOL.

HispanTV : Vous êtes aussi accusé d’incitation à la violence et vous êtes sous le coup d’une alerte bleue d’INTERPOL dans les pays qui ont une frontière avec la Bolivie. Que pouvez-vous me dire de cette action du Gouvernement de fait ?

Evo Morales : Regardez, pourquoi ils n’inculpent pas et on traite la grève civile nationale de Santa Cruz comme une invitation à la violence. Dehors, Evo, ce n’est pas de la sédition ?! Démission d’Evo, le lundi 4, comment faire pour ne pas avoir une inscription d’Evo ?

Depuis le 21, grève civile, avec des violences, organisée par Carlos de Mesa parce qu’ils ont perdu, ils ont fait brûler des tribunaux électoraux, des procès-verbaux, la maison de frères dirigeants et de membres du Gouvernement départemental et de Mairies, de dirigeants syndicaux, ils ont brûlé la maison de ma sœur. Ce n’est pas de la violence, ça, ce n’est pas de la sédition ? Pour la droite mobilisée, tout est légal. Les peuples qui se défendent, évidemment, beaucoup de dirigeants avec des messages, c’est ça la sédition…

On m’a informé de Bolivie qu’ils font pression en menaçant, jusqu’à l’enlever momentanément, le défenseur du peuple. Ce n’est pas dela sédition, ça ? Et la Police dit que c’est son droit de protester mais quand les pauvres et les humbles protestent, sédition… Quand ceux qui ont le pouvoir économique protestent, ah, c’est légal ! Et ils humilient le peuple bolivien. Ils utilisent la Bible contre la famille. Ils prient pour faire haïr le peuple bolivien.

Vous me parlez de Santa Cruz. La concentration prie. Après avoir fait prier avec Jesus Christ, ils disent “Evo, salaud !”, ils font crier des milliers de personnes. Ce n’est pas de la sédition, ça ? Ce n’est pas de la conspiration ? En plus, on voit que c’est de la discrimination et du racisme. Mais ils m’accusent, moi, de discrimination et de racisme. Que le peuple sache, que le monde sache, dans les médias, que nous, nous avons suffisamment combattu le racisme et la discrimination, justement pour qu’il y ait l’unité et la compréhension entre les frères boliviens.

HispanTV : Evo, à cause de ce que vous me dites maintenant, je veux dire que si vous étiez resté en Bolivie, si vous n’aviez pas accepté l’exil politique que vous a offert le Mexique, aujourd’hui, cette conversation serait totalement impossible. Où serait Evo Morales à cette heure, en ce moment, s’il était resté en Bolivie ?

Evo Morales : Il faudrait le demander aux représentants des putschistes, à Camacho et à Carlos de Mesa. Ce que je peux faire, c’est commenter 3 des situations qui se sont présentées le 8 et le 9 ou le 9, le 10 et le 11 novembre. Le 9, je suis allé dans la zone du tropique de Cochabamba et la sécurité de l’avant-garde, après qu’on ait atterri à l’aéroport de Chimoré me dit : « Président, j’ai reçu ces messages et ces appels téléphoniques. » le message disait : « Remettez-nous Evo ! » et l’appel disait : « Donne-nous 50 grands bâtons.

Et j’ai demandé en quoi consistaient ces 50 grands bâtons et (ils m’ont répondu) 50 000 dollars. Avant mon arrivée à Chimoré, l’aéroport international, un groupe de policiers a voulu prendre l’aéroport mais il y avait le personnel de l’aéroport et les militaires ont essayé d’éviter cette prise.

Deuxièmement, le dimanche, quand je suis arrivé à Chimoré, le pilote m’a amené directement au terminal militaire et non au terminal commercial ou civil. J’ai demandé ce qui se passait. Le pilote me dit qu’on leur avait donné pour instructions de m’amener là et de fermer la porte du terminal commercial. A ce moment-là, j’ai vu quelques 10 ou 15 voitures arriver à toute vitesse pour chercher à me sauver de cela.

Et ensuite, les militaires nous ont fait savoir, avant que je démissionne, ils étaient déjà debout, en uniforme, armés et bien équipés au terminal militaire et enfin, je dois dire, après tellement d’opérations, le lundi… d’abord, l’avion que j’avais demandé our 11 heures, ils l’ont supprimé, 3H et ensuite 3:15, ils l’ont aussi supprimé et enfin, l’avion est arrivé à 9:25 à Chimore. Des milliers de camarades qui attendaient pendant la journée, plus de 11 000, 12 000, pendant la nuit, 6000, 7000. L’avion du Mexique, nous roulons, nous allons au bout de la piste saluer le peuple et le général – quelle conscience il aura – dit au pilote qu’il est un général et lui demande s’il a son permis de vol. Du bout de la piste, demi-tour, rouler vers le terminal commercial.

HispanTV : Evo, nous avons été attentifs aux informations et nous avons même suivi le parcours de votre avion jusqu’à ce qu’il arrive au Mexique et notre chaîne a donné tous les détails à ses auditeurs. Mais maintenant, j’aimerais revenir au coup d’Etat. Il existait, en fait, il existe un mouvement contre votre quatrième candidature et il semblerait que celui-ci se soit renforcé là, en Bolivie. Ma question est : est-ce que votre équipe de travail ou vous-même n’avez pas sous-estimé la force de l’opposition qui, depuis des mois avant les élections, parlait déjà de fraude électorale ?

Evo Morales : Vous avez raison. Moi-même, je ne croyais pas qu’ils avaient organisé le coup d’Etat par anticipation bien qu’une employée de la maison de La Paz, 3 semaines avant les élections nationales, ait entendu à la réunion des comités civils de La Paz qu’ils disaient : nous allons faire le coup d’Etat et nous allons désigner un nouveau président. J’en ai parlé brièvement au Cabinet mais personne n’y croyait. Moi non plus, je n’y croyais pas. Qu’est-ce que ça signifie ? Il s se sont préparés d’avance en utilisant la fraude, en refusant de reconnaître les résultats ou en rejetant la légitimité et la légalité du Tribunal Suprême Electoral et finalement, le coup d’Etat a débuté.

Regardez, même si j’avais gagné avec plus de 50 %, ils auraient fait le coup d’Etat parce qu’ils ne me pardonnent pas les bons sociaux, la lutte démocratique de la révolution démocratique et culturelle, nous avons nationalisé les ressources naturelles et pire encore, ils ne me pardonnent pas le fait qu’un Indien puisse prouver qu’un autre monde est possible avec des politiques économiques, avec des programmes sociaux, avec des projets de production, avec un investissement à la tête de l’Etat bolivien.

HispanTV : Et pourquoi cela n’est-il pas bien vu par les autres classes sociales en Bolivie ? Que s’est-il passé dans le pays ? Pendant ces 14 ans ? Comment votre Gouvernement, vos politiques aussi, ont influé sur le changement de mentalité des Boliviens et sur l’intégration dans la pensée, pas seulement avec les actions, pour que tous les Boliviens se voient égaux en condition ?

Evo Morales : C’est un problème de fond. A nouveau, on voit la lutte des classes. Ils ne nous pardonnent pas, à nous, les plus humbles, les mouvements indigènes, les mouvements sociaux, d’abord d’avoir récupéré la Patrie, deuxièmement, d’avoir démontré que la Bolivie a beaucoup d’espoir, la Bolivie ne se meurt pas comme ils le disaient au moment d’instaurer le vrai néolibéralisme. Quand la banque Mondiale ou le Fonds Monétaire International ne commandent plus, alors, il y a un ressentiment de ces groupes. Et pire, c’est que ces groupes qui détiennent le pouvoir économique, sont alliés à la Police, aux Forces Armées et surtout à l’OEA, au président Almagro, alors, ils font un coup d’Etat.

HispanTV : Mais l’économie de la Bolivie n’est pas parmi les pires économies de la région. Les données parlent d’elles-mêmes : la Bolivie a eu une croissance importante. Que se passe-t-il alors ?

Evo Morales : Justement, ils ont une mentalité raciste, fasciste et putschiste, ils ne nous pardonnent pas que nous, les humbles, les mouvements indigènes, nous puissions démontrer que nous changeons la Bolivie. Ils ont voulu, eux, mais ils n’ont jamais pu. Seulement une donnée importante : en 180 ans, de1825 à 2005, ils nous ont laissé à peine 9 000 000 000 de dollars de PIB. L’année dernière, nous sommes arrivés à 40 800 000 000 de dollars de PIB. En décembre prochain ou en janvier, nous verrons avec combien s’achèvera ce conflit provoqué. Je le répète, Camacho […], certains caciques, certains patrons, ils ne sont peut-être pas tous ainsi, n’acceptent pas que nous, nous puissions changer la Bolivie.

HispanTV : Et maintenant, Evo, ceux qu’on appelle les « démocrates, » des démocrates, assis sur le trône, là, continueront-ils à voir la Bolivie comme l’Etat Plurinational que vous avez défendu, auquel vous avez donné de la visibilité ?

Evo Morales : Ils doivent changer la Constitution pour en finir avec l’Etat Plurinational. Les putschistes, je suis sûr qu’ils ne pourront pas mais ils en assoiront les bases sous le contrôle, sous le mandat des Etats-Unis. Imaginez qu’ils ont humilié la Wiphala qui est le drapeau, le symbole originaire, millénaire, de l’existence de l’interaction et de la libération. Nous respectons et nous saluons le drapeau bolivien, le drapeau bolivien vient de 1825, en plus, nous avons changé 3 fois le drapeau bolivien. La Wiphala est millénaire.

C’est justement une attaque contre ce qui est indigène, contre Evo Morales, une agression de cette sorte, de mes frères et de mes sœurs de la campagne. Alors, je veux seulement vous dire qu’ils ne pourront pas changer. C’est pourquoi une telle résistance et en 10 jours, 33 morts par balles. C’est pour cela qu’ils ont tué non un accusé, non quelqu’un qui passait en jugement, non un prisonnier mais des dirigeants sociaux, des autorités, d’anciennes autorités qui luttaient durement pour le bien des Boliviens , ils ont déjà des mandats d’arrêt. Ils ont un processus, c’est la grande différence. Je salue la communauté internationale pour qu’elle dise la vérité et exprime aussi sa solidarité envers les patriotes qui défendent la vie et la démocratie.

HispanTV : Le rapprochement avec les Etats-Unis est déjà évident parce que les infomations ont déjà été révélées, aussi le rétablissement des relations avec Israël. Parlons de l’expulsion des diplomates vénézuéliens et du retrait des médecins et des autres collaborateurs cubains. Tout cela, ne croyez-vous pas que cela vient corroborer l’hypothèse selon laquelle les Etats-Unis sont derrière, le néolibéralisme et les tendances actuelles qui ressurgissent en Amérique Latine indiquées, ordonnées à partir du nord du continent ?

Evo Morales : Nous en sommes convaincus, j’en suis plus que convaincu. Aucun doute. Seulement, je veux vous le dire, ils veulent à nouveau que s’impose le modèle économique du fonds Monétaire International et le monde sait comment il nous porte préjudice. Avec cette sorte d’actions, ils veulent diviser les Boliviens, nous diviser pour nous dominer et nous dominer pour piller, pour voler nos ressources naturelles. Mais le peuple est conscient : les travailleurs, les mobilisations patriotiques, le mouvement indigène, divers secteurs sociaux, pour récupérer le pouvoir politique du pain au peuple.

Je veux vous dire très sincèrement, avec Evo ou sans Evo, la lutte va continuer, une lutte pacifique, justement, pour revenir à ce que nous avons fait auparavant.

HispanTV : Et il y a de nouvelles élections et on a convoqué des élections bien qu’on n’ait pas donné de détails à propos de ces nouvelles élection et moi, je me demande si le Mouvement Vers le Socialisme est réellement prêt à renouveler la direction d’Evo Morales. Cette direction qu’il a eu pendant presque 14 ans et à propos, Evo, allez-vous travailler à cela, à cette direction ou peut-être à trouver un remplaçant pour après, pour le futur ?

Evo Morales : D’abord, je veux dire que le Mouvement Vers le Socialisme, un instrument politique pour la souveraineté des peuples, va participer aux élections. Je suis en contact permanent avec leurs réunions, les mouvements sociaux, les différents secteurs, je suis en contact avec leurs réunions d’urgence, justement pour revenir récupérer la Patrie et nous allons continuer à aider comme nous pouvons mais je veux que vous sachiez, justement, pour pacifier, justement pour cela, j’ai renoncé à être candidat bien que je sois toujours président, je suis le président du bicentenaire élu au premier tour mais j’ai fait un sacrifice pour la Bolivie, un effort pour la Bolivie, j’ai renoncé à être candidat à cette élection comme président.

Ma force sociale, les indigènes, les paysans, les ouvriers, je le répète, j’ai tellement d’appels, tellement de contacts que nous allons participer et nous espérons surprendre à nouveau comme toujours lors de ces élections nationales. Il nous manque du temps pour trouver un consensus. Il ne s’agit pas d’élire en pratique mais il s’agit de trouver un consensus et mes camarades militants, les mouvements sociaux, en particulier le mouvement indigène « originaire, » ces consultations départementales sont importantes pour renforcer notre mouvement économique, pardon, politique et ainsi garantir la stabilité et le développement social et économique de notre chère Bolivie.

HispanTV : Mais il ne reste pas beaucoup de temps parce que, selon ce qui est envisagé, il reste environ 5 mois avant ces nouvelles élections et selon les critères du Gouvernement de fait, vous ne remplissez pas les critères pour être candidat à de nouvelles élections.

Evo Morales : D’abord, selon la Constitution, j’en ai le droit, deuxièmement, il y a des précédents, une jurisprudence, quand quelqu’un démissionne avant la fin de son mandat, il a le droit d’être candidat. Je le répète, c’est un sacrifice personnel entièrement pour la Bolivie, entièrement pour l’unité et fondamentalement entièrement pour le retour de la paix, c’est pour ça que j’ai renoncé à être candidat. Cela ne signifie pas que le MAS ne va pas participer. Nous allons participer et nous espérons. Je suis très convaincu qu’à nouveau, ils vont faire une surprise comme ils l’ont fait aux dernières élections du 20 octobre de cette année.

HispanTV : Mais Evo Morales poursuivi par INTERPOL, avec toutes les menaces qui planent sur lui, avec la violence qui règne dans le pays, pourra-t-il rentrer dans sa Patrie ? Si Evo Morales rentre, le feu se calmera-t-il ou s’attisera-t-il en Bolivie ?

Evo Morales : C’est à voir, je ne sais pas s’il se calmera. Mais oui si le Département d’Etat des Etats-Unis qui commande au Gouvernement de fait de la Bolivie dit que les élections sont propres, libres et transparentes. Dans des élections propres, libres et transparentes, il ne peut y avoir de personnes poursuivies politiquement, il ne peut y avoir de réfugiés, il ne peut y avoir de frères qui n’aient pas de sauf-conduit. S’il vous plaît, ceci est une autre preuve de la dictature instaurée grâce à un coup d’Etat. On ne comprend pas. Il ne peut y avoir d’élections propres. Ne laissez pas Evo revenir en Bolivie. Pourquoi tant de peur d’Evo ? Je ne suis pas un corrompu, je ne suis pas un délinquant, que me prouvent-ils ? « Ces procédures sont des procédures politiques, » procédures politiques, qu’est-ce que c’est ? Terrorisme ? Sédition ? Pour avoir élevé la voix contre le coup d’Etat ? Ça, pour moi, ce n’est pas de la délinquance mais peu importe, je veux que vous le sachiez : sur instructions des Etats-Unis, la droite bolivienne ne veut pas que je revienne et je veux seulement créer des institutions internationales pas comme INTERPOL, les autres ne sont pas des instruments de l’Empire.

Les institutions, les organismes. Ils défendent les plus humbles, les pauvres, c’est un autre de mes péchés, tellement de programmes sociaux, une politique économique destinée à changer le modèle économique de la Bolivie. Vous commentiez vous-même les résultats de cette gestion. Je veux vous dire à nouveau ce qu’ils veulent faire mais ils ne pourront pas et les Indiens, les mouvements sociaux montreront que la Bolivie a beaucoup d’espoir. C’est le pire de mes délits, par conséquent je n’ai pas peur de revenir , qu’on m’arrête et de ce qu’on me ferait […] Cette responsabilité est d’abord celle de la droite putschiste, raciste et fasciste et ensuite celle de l’Empire nord-américain.

HispanTV : Evo, pour finir, mettons dans son contexte tout ce qui se passe et regardons le continent : le Chili est dans la rue, la Colombie est en flammes. Dans tout ce qui se passe en Amérique Latine s’enchaînent une série de faits et d’événements qui ne sont pas de maintenant, rappelons-nous aussi ce qui s’est passé avec Correa, ce qui s’est passé avec Cristina Fernández, avec Lula da Silva. Que pouvez-vous me dire sur cela pour conclure notre dialogue ? Vous êtes au Mexique, nous, ici, à Téhéran.

Evo Morales : Il y a des peuples comme au Chili, comme en Colombie, en Equateur, qui défendent la liberté, la dignité, l’identité des peuples, la souveraineté et l’indépendance des Etats mais il y en a aussi qui, comme en Bolivie, en mentant et avec beaucoup d’investissement, portent atteinte à ceux d’entre nous, les gauches, les progressistes, les anti-impérialistes, qui avons démontré qu’une autre Bolivie est possible sans que nous nous soumettions à l’Empire nord-américain.

Tant que le capitalisme, qui est le pire ennemi de l’humanité, le pire ennemi de la jeunesse et des nouvelles générations, existe, le capitalisme est l’ennemi de la Terre Mère, par conséquent, s’il existe, la lutte continuera et dans d’autres pays voisins en Amérique du Sud, les peuples se lèveront. En Bolivie, je le répète, c’est une question de temps. Je le répète pour la deuxième fois : avec Evo, ou sans Evo, nous allons continuer à garantir la libération du peuple bolivien. La droite se préparera, avec le soutien d’Israël, des Etats-Unis mais quand le peuple se révolte, il n’y a pas d’empire au monde qui puisse arrêter un peuple révolté pour la vérité, pour la justice et surtout pour l’indépendance et pour la dignité du peuple bolivien.

HispanTV : Etes-vous optimiste, avez-vous confiance dans le peuple, dans la majorité indigène qui vous soutient en Bolivie pour que le Mouvement Vers le Socialisme revienne sur le devant de la scène et au Gouvernement du pays ?

Evo Morales : J’en suis convaincu. C’est une question de temps…

HispanTV : Mais de beaucoup de temps, à long terme, à moyen terme, de quel temps parlons-nous, Evo ?

Evo Morales : Je pense qu’à court terme, c’est moins le bon moment, sachant que ce Gouvernement de fait va mettre en place des politiques néolibérales. A nouveau, on va se soumettre au Fonds Monétaire International et 70%, 80% ou 90% du peuple bolivien lutte avec des différences, évidement mais oui, avec des Gouvernements de fait et surtout avec la politique économique qui vient de l’étranger, bientôt ce peuple va se faire respecter.

HispanTV : Au nom d’HispanTV, de notre centre mondial à Téhéran, je vous remercie pour le temps que vous m’avez accordé. La conversation la plus agréable que nous ayons eue pendant ces dernières heures a été celle que nous avons eue avec vous. Au nom de toute l’équipe, sachez que nous sommes attentifs à votre situation là, au Mexique, à ce qui se passe en Bolivie et que nous transmettons au monde la réalité de ce qui se passe dans l’Etat Plurinational. Une accolade, portez-vous bien.

Evo Morales : Merci beaucoup, également. Je veux dire que je vais bien bien que je sois triste mais comme toujours, fort pour revenir à tout moment dans mon pays et que je souhaite ici comme toujours apporter quelque chose de mon expérience pour renforcer la lutte pour la libération des peuples en Bolivie et dans le monde. Merci beaucoup.

HispanTV : Souviens-toi que les coups d’Etat enseignent, dit un refrain de ma Cuba. Une accolade à Evo Morales et un salut très cordial à tous les auditeurs d’HispanTV.

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2019/12/01/bolivia-entrevista-exclusiva-de-evo-morales-a-hispantv-texto-completo/

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