Dakar 2022. La Biennale Africaine d’Art Contemporain

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Dakar. Mardi 31 mai 2022. CCN. Quand l’artiste Dakarois Fally Sene Sow conçoit l’ordre au milieu du chaos.

Né le 18 Février 1989, Fally Sene Sow est un jeune artiste autodidacte dont les doigts redonnent vie aux objets rejetés et jonchant sur les trottoirs, les routes, les abords de son quartier Colobane.

En arrivant devant cette installation planquée dans la pénombre, il y a comme quelque chose de lugubre qui vous immobilise sur le pas de la porte… Vous êtes accueillis par des cris étranges et saccadés, des sons stridents puis sourds, parfois venus d’outre-tombe vous faisant sursauter comme dans un film d’Hitchcock, mais qui pourtant titillent votre curiosité et vous invitent à entrer. La première impression laisse entrevoir un espace habité d’objets dit « de déchets », enchevêtrés, emmêlés, amoncelés, empêtrés dans une végétation tantôt verdoyante, tantôt desséchée. Au plafond un ciel sombre et nuageux parsemés d’oiseaux charognards comme on peut le voir très souvent dans le ciel de Dakar. Plus on avance et qu’on s’approche au plus près de la scénographie de l’œuvre, et plus on découvre la minutie de l’artiste. Rien n’est laissé au hasard… Chaque objet soigneusement déposé est travaillé dans le détail. C’est l’ordre dans le chaos ! Car la scène qui se joue devant nos yeux est apocalyptique. Tout est en lambeau, tout est à l’abandon, tout est « destroye » … Il ne semble plus y avoir âme qui vive… un bombardement, une épidémie virulente, une météorite ou la famine est-elle responsable de cette catastrophe ?

Sans aucun doute, l’histoire personnelle de Fally Sene Sow, artiste autodidacte passionné de dessin et d’écriture, le pousse à regarder le monde autrement. Ce qu’il côtoie au quotidien comme objets usagés et largués sur son chemin dans son quartier de Colobane, le pousse à redonner une seconde vie, une forme de noblesse aux objets délaissés.

Son œuvre engagée sur les problèmes sociétaux et universels, nous invite chacun au questionnement et à l’introspection.

A l’orée de la pandémie du Covid 19, il a écrit : « Un virus vagabond erre de ville en ville vidant les rues. Il est venu envahir le monde avec virulence ; Covid 19, son nom si mystérieux amène ce monde à son point d’interrogation et d’introspection. Le calme des temps de confinement nous oblige à revoir notre façon de vivre sur terre. Cas, couvre-feu, confinement, chloroquine, Covid… Combien de questions nous posons-nous chaque jour ? Le calme de ces temps nous contraint d’avoir de la créativité dans nos maisons ou d’être encore plus regardants sur l’hygiène. Lavons-nous les mains, mais aussi le cœur et l’esprit. Nous vivons un enfer d’incertitude mais sur le feu de la forge, ce climat vient nous forger… »

Un artiste incroyable et talentueux qui compte plusieurs œuvres à son actif, et avec qui nous espérons très prochainement faire plus ample connaissance…

FALLY SENE SOW à voir absolument – installation située dans la salle E de l’exposition de l’ancien Palais.

Reportage à Dakar de Deborah Vey