Colombie : Le pays qui s’otanise

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Bogota. Samedi 26 mars 2022. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Souvenons nous que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, OTAN, a ses origines dans la signature du traité de Washington le 4 avril 1949, grâce auquel 10 pays des deux côtés de l’Atlantique (la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal et le Royaume-Uni) se sont engagés à se défendre mutuellement si l’un d’entre eux était attaqué.

En réalité, au début elle fut créée pour arrêter l’URSS et l’expansion du communisme, ensuite, la Chine, l’Inde et d’autres pays « dangereux » pourraient subir et ont subi des interventions de cette organisation.

Brève histoire

L’OTAN est un organisme international de caractère politique et militaire composé actuellement par 30 pays membres bien qu’en 1989, ait été créé un statut d’allié-partenaire mondial, par le congrès des États-Unis (pas par l’organisation) comme mécanisme destiné à renforcer les liens militaires avec des pays situés hors de la zone de l’Atlantique Nord mais qui pourraient être d’une certaine aide dans les nombreuses guerres et dans les nombreux processus de déstabilisation politique que les États-Unis déploient dans les coins les plus reculés de la planète. L’Australie, l’Égypte, Israël, le Japon et la Corée-du-Sud ont été les premiers à y entrer et peu après, l’Argentine et plus récemment la Colombie l’on fait.

En 2013, le président de la Colombie de l’époque, Juan manuel Santos, a signé un accord avec l’OTAN en tant que « partenaire mondial » (ou « extérieur à l’OTAN) ce qui a fait de son pays un cheval de Troie dans la région de cette force militaire multinationale commandée par les États-Unis qui s’attribue le droit d’intervenir dans n’importe quelle partie du monde.

En janvier 2021, le ministre de la défense du Venezuela, le général Vladimir Padrino Lopez, a dénoncé l’extension de l’OTAN en Amérique Latine avec la Colombie et son réseau de bases militaires comme « homme de mains » et la présence de plus en plus importante de moyens militaires et navals de l’alliance atlantique dans la « zone d’influence » du Venezuela. Padrino parlait de l’accord entre la Colombie et l’OTAN.

Objectif de l’OTAN en Colombie

L’entrée de la Colombie dans l’OTAN s’est concrétisée le 31 mai 2018 et a pour objectif de contrôler la région. Du point de vue géopolitique, la Colombie est la porte d’entrée des États-Unis en Amérique du Sud pour déstabiliser le Venezuela mais aussi pour discipliner les mouvements populaires.

La succession de violences provoquées par des groupes armés n’appartenant pas à l’État colombien infiltrés dans l’état vénézuélien d’Apure, frontalier avec le département d’Arauca, en Colombie, est destiné à amener le Gouvernement de Nicolas Maduro vers une guerre identique à celle que l’OTAN a provoquée sur la frontière entre la Russie et l’Ukraine.

Dans ce contexte, les États-Unis cherchent à replacer le récit du Venezuela en tant que « état de déliquescence » en utilisant le trafic de drogue colombien comme fer de lance et en provoquant un conflit multiforme sur l’axe frontalier entre la Colombie et le Venezuela qui justifie la présence de l’OTAN avec la doctrine floue de la « responsabilité de protéger » qui est la résolution 1973 du conseil de sécurité de l’ONU du 17 mars 2011.

La Colombie est le seul pays d’Amérique Latine qui joue le rôle de « partenaire mondial » de l’alliance atlantique, ce qui lui donne une position d’allié privilégié des pays du Nord avec l’Afghanistan, l’Australie, l’Irak, le Japon, la république de Corée, la Mongolie, la Nouvelle-Zélande et le Pakistan.

Bien que la Colombie ne soit pas membre de l’OTAN à part entière puisqu’elle n’appartient pas à la région de l’Atlantique Nord, elle jouera un rôle important dans la coopération militaire et dans les tâches que lui assigneront les pays les plus puissants du monde.

La relation de la Colombie avec l’OTAN confirme une fois de plus sa vocation néocoloniale et crée une forte friction géopolitique dans Notre Amérique en affaiblissant gravement la coopération et l’intégration qu’à toujours cherchées notre région. Elle porte préjudice au développement d’une géopolitique alternative qui bénéficie en termes pratiques et matériels à nos peuples.

La Colombie, en s’associant à l’OTAN, donne à entendre qu’ elle a des ennemis dans notre région. On sait que le processus bolivarien n’est pas du goût de l’élite colombienne et qu’elle s’est prêtée à mener à bien des actions de déstabilisation mais son entrée dans l’OTAN ajoute une asymétrie de pouvoir et oblige d’une certaine manière le Venezuela à l’équilibrer à travers ses propos alliances militaires. La configuration que suppose l’entrée de l’OTAN chez notre voisin déchaîne un processus dont nous ignorons comment il peut finir.

Préoccupations

Cette Association Colombie OTAN est préoccupante parce que depuis 2013, le personnel militaire colombien reçoit une formation militaire à Oberammergau, un petit village au sud de l’Allemagne où l’OTAN a une école de cadres des armées qui font partie de cette organisation régionale. À Rome aussi, dans la capitale italienne, au collège de défense de l’OTAN. Et le Gouvernement colombien a des contacts diplomatiques avec les bureaux de l’organisation en Belgique, un Etat dans lequel, de plus, l’Union Européenne a son siège. Là a été signé un accord d’échange d’informations et de sécurité entre l’OTAN et la Colombie qui maintenant, porte ses fruits. Déjà à l’époque, le Venezuela et la Bolivie avaient critiqué ces rapprochements pour ce qu’ils impliquaient au niveau géopolitique sur le continent. Ils ne s’étaient pas trompés. A l’époque, la Colombie a participé à des manœuvres navales dans l’Océan Indien près de la Somalie, à des actions contre la piraterie dans cette zone. Entre 2016 et 2017, la diplomatie renforce la relation Colombie OTAN et là, on reconnaît ouvertement que la Colombie est un partenaire officiel de l’organisation.

« La Colombie occupe le second rang dans le classement des armées les plus puissantes d’Amérique Latine et le 40e au monde, devant le Venezuela qui globalement, se situe à la 52e place. Tout le système opérationnel, de communication, de défense aérienne, d’hélicoptères, de radars, d’opérations spéciales et même de rations de nourriture et de munitions est adapté ou sur le point de l’être aux paramètres et aux systèmes de l’OTAN.

Le budget total de la défense de la Colombie était de 2 145 000 000 $ étasuniens en 2018, son personnel militaire de 511 550 membres au total. Elle a un potentiel total de 450 avions. La Colombie n’a pas de chars mais a 1345 véhicules blindés de combat. Ses actifs navals sont de 234 unités au total. Elle n’a pas de porte-avions mais elle a 11 sous-marin. Selon global Firepower, la Colombie a un large potentiel d’hommes en armes et l’armée la plus grande de la région après celle du Brésil. Les forces spéciales de la Colombie, les brigades de parachutistes, de lanciers et les commandos de la jungle sont parmi les meilleurs du monde. La Colombie possède la plus grande flotte d’hélicoptères d’Amérique Latine, beaucoup d’artillerie et des missiles d’Israël qui pourraient détecter et détruire des chars.

La Colombie est l’un des pays sur armés avec des alliances militaires et des soutiens puissants. Elle dispose d’un personnel militaire qualifié avec une longue expérience. En plus, sa direction a une politique de vision militaire, armée, stimulée par des puissances comme les États-Unis, les pays européens et Israël. Cette direction civile gère des options militaires. Les messages de dirigeants comme Uribe, Santos et Duque sont de la même espèce, leur ton ne varie pas en tout ce qui affirme systématiquement leur obsession anti vénézuélienne. Le Venezuela est « l’ennemi » qu’il faut vaincre sur le terrain à tout prix. Il faut en finir avec le processus bolivarien et avec le Gouvernement de Maduro. » Ce n’est pas un hasard, il est indiscutable que derrière cette décision de la Colombie se trouve la main de Washington qui peu à peu a transformé l’OTAN en une organisation délictueuse de portée mondiale en élargissant le périmètre de l’Atlantique Nord qui était sa limite originale comme nous l’avons déjà signalé. Sur l’OTAN pèsent d’innombrables crimes de toutes sortes perpétrés en Europe même (souvenons-nous du bombardement de l’ex Yougoslavie), en Libye, et elle a collaboré avec les terroristes qui ont pris la Syrie d’assaut.

Alors, l´otanisation de la Colombie présage plus de mal que de bien. C’est un rideau de fumée pour que les États-Unis et l’OTAN puissent réaliser leurs actions arbitraires en Amérique Latine.