Venezuela : La Colombie, une menace hors de l’OTAN ?

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Caracas. Mercredi 23 mars 2022. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Bien qu’elle ne soit pas en Europe, la Colombie est associée de l’OTAN depuis 2017. La stratégie expansionniste de l’alliance militaire, principale cause de son affrontement avec la Russie, pourrait se renforcer en Amérique Latine après que le président des Etats-Unis ait annoncé qu’il allait qualifier le pays voisin du Venezuela  « d’important allié » de l’OTAN hors de la région. Le 10 mars dernier, le président des Etats-Unis, Joe Biden, annonçait qu’il qualifierait la Colombie « d’important allié » hors de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord).

Il l’a dit dans le bureau ovale, devant le président colombien, Iván Duque, en visite à la Maison Blanche. La décision officielle du Gouvernement nord-américain sera connue lorsqu’elle aura été notifiée au Congrès des Etats-Unis qui, de par la loi, doit prendre la décision officielle 30 jours plus tard. Cette annonce a été immédiatement rejetée par le Gouvernement de Nicolás Maduro. De la Turquie, où il représentait le Venezuela au II ème Forum de la Diplomatie d’Antalya, le chancelier Félix Plasencia a condamné les prétentions d’expansion de l’alliance militaire en Amérique Latine. Il a regretté que « le Gouvernement d’Iván Duque fasse partie d’un forum comme l’OTAN » et qu’on tente de faire de la Colombie, un « espace utile pour la menace. » Par cette qualification, la Colombie deviendrait le troisième pays d’ Amérique Latine à avoir le statut extraterritorial de l’alliance atlantique après l’Argentina de Carlos Menem (1998) et le Brésil de Jair Bolsonaro (2019).

La Colombie, principal allié de l’OTAN dans la région

Depuis sa fondation en 1949, l’OTAN s’est élargi 6 fois et est passé de 12 à 30 membres de plein droit. Actuellement, 17 pays possèdent le statut d’allié hors de l’OTAN dont l’ Australie, Israël et le Japon. En Amérique Latine et dans les Caraïbes, divers pays estiment qu’il y a aujourd’hui environ 80 bases militaires des Etats-Unis-OTAN et des chercheurs dénoncent l’existence d’autres bases secrètes dans la région. Les Etats-Unis ont pris cette décision au moment où l’affrontement de l’OTAN avec la Russie bouleverse la géopolitique mondiale et ils travaillent à protéger leurs chars de l’OTAN en Europe de l’Est mais aussi dans cette région du monde, » expliqueJuan Carlos Tanus, directeur de l’Association des Colombiens au Venezuela.

« Les alliés hors de l’OTAN n’ont pas de garanties particulières en matière de sécurité comme les membres de plein droit mais on leur accorde des prêts et du matériel pour la guerre et en échange le pays facilite la présence des militaires étasuniens et de leurs infrastructures, en plus de ce qui a déjà été fait en Colombie, » ajoute-t-il. Le Venezuela partage 2 200 kilomètres de frontière avec la Colombie et est considéré comme une « menace inhabituelle et extraordinaire » pour la sécurité des Etats-Unis comme le disait l’ordre exécutif émis en 2015 par le président Barack Obama (2009-2017).

Pour Tanus, l’annonce faite par Biden 5 mois seulement avant le départ du président Iván Duque, est un message plus destiné au Venezuela qu’à la Colombie à un moment de forts rapprochements géopolitiques et de crise du secteur de l’énergie causée par le conflit avec l’OTAN autour de l’Ukraine. » Nous sommes dans une phase de guerre cognitive et les Etats-Unis cherchent à faire peur au gouvernement vénézuélien sur la frontière avec la Colombie parce que malgré les rapprochements récents, ils ne pensent pas arriver à de bons accords avec le Venezuela. Dans ce jeu consistant à désigner la Colombie comme allié principal hors de l’OTAN, il y a un mécanisme de pression. »

Un plan hors de l’OTAN contre le Venezuela?

Dès la fin de la réunion Biden-Duque en Washington, les sénateurs étasuniens Robert Menéndez et Tim Kaine ont fêté la désignation de la Colombie comme allié extrarégional de l’OTAN. La veille, ils avaient présenté ensemble un projet de loi pour l’alliance Stratégique entre les Etats-Unis et la Colombie de 2022, une initiative qui devait servir de base à la désignation de la Colombie.

Que fait le sous-marin nucléaire des Etats-Unis à Carthagène? Le 1 er mars, à 23:44 GMT. Là, on mentionne une série d’objectifs destinés à garantir « la défense et la sécurité internationales » et ils soulignent, sous le titre de « Rapports classifiés sur les activités de certains groupes terroristes et criminels, » « les liens ce ces groupes avec d’autres pays dont le régime de Nicolás Maduro». Le récit que fait la page internet du comité des Affaires Etrangères du Sénat étasunien de la réunion entre ces 2 sénateurs et le président Duque ne laisse aucun doute : « Lors de la réunion entre les sénateurs Menéndez et Kaine avec le Président Iván Duque ont été discutés les efforts des démocrates du Sénat pour renforcer les relations entre les Etats-Unis et la Colombie, l’importance d’améliorer l’association entre ces pays et la nécessité d’élargir la coopération pour faire face au régime de Nicolás Maduro au Venezuela«.» La Colombie est au Venezuela ce que l’Ukraine est à la Russie. En ce sens, aujourd’hui, la Colombie est un membre essentiel du dispositif militaire des Etats-Unis et la désignation de la Colombie, d’abord comme associé mondial de l’OTAN et aujourd’hui comme associé principal hors de l’OTAN révèle l’importance de l’Etat colombien dans la stratégie de domination de la Maison Blanche dans la région, » affirme le philosophe et avocat Fernando Rivero.

Cet analyste des questions militaires ajoute que la Colombie, depuis 2016, applique la Doctrine de Damas, une sorte de reconversion de ses forces armées destinée à les adapter à la doctrine militaire de l’alliance atlantique qui comprend un matériel important pour al guerre. » Cela signifie que la Colombie se prépare, aujourd’hui, à une guerre conventionnelle et qu’elle pense que ce conflit, selon ses documents doctrinaires, est contre le Venezuela. De plus, la Colombie vient d’acheter des avions de chasse de dernière génération, des véhicules blindés et des chars de combat pour mettre en place une stratégie d’équipement militaire qui a pour but de faire une guerre conventionnelle, » souligne Rivero. Il mentionne, en outre, certaines choses publiées dans le Guide stratégique provisoire de la sécurité nationale des Etats-Unis approuvé par le Gouvernement de Joe Biden en 2021, qui place le Venezuela, la Russie, la Chine et l’Iran au centre des préoccupations dans la stratégie de domination du monde de Washington : « Aujourd’hui, contre le Venezuela se met en place un déploiement militaire en relation avec concept de la stratégie qu’a l’OTAN. En 2022, il y a eu une réunion de l’OTAN à Madrid et là, l’idée que l’OTAN joue un rôle plus mondial s’est renforcée. Ce qui explique l’importance de la Colombie pour cette organisation militaire et pour son expansion sous différentes latitudes, » dit-il. De plus, il ne faut pas oublier « les menaces récurrentes qu’affronte le Venezuela comme l’Opération Gedeón, à laquelle ont participé des membres des services de renseignement des Etats-Unis avec la complicité de certains Gouvernements de la région et évidemment celle du Gouvernement de la Colombie d’où sont partis les bateaux destinés à attaquer le Venezuela, » ajoute Rivero.

Soumission et changement en Amérique Latine

L’historien et analyste politique Amílcar Figueroa rappelle que la politique de soumission de l’État colombien aux intérêts géopolitiques des Etats-Unis n’est ni nouvelle ni secrète. Figueroa considère comme un précédent important le Plan Colombie, mis en marche il y a plus de 20 ans pour que les Etats-Unis exercent leur domination sur la Colombie pour contrôler les vallées de l’Orénoque et de l’Amazonie.

« Cet objectif, caché sous la lutte contre la drogue ou la lutte anti-insurrectionnelle en Colombie, était destiné à la renforcer militairement et à servir à exercer la domination sur toute la région, » souligne-t-il. Pour l’historien Figueroa, qui dirige la maison d’édition Trinchera, un projet destiné à la publication de travaux politiques dans une perspective latino-américaine, la présence de l’OTAN en Colombie est «une menace pour la paix de la région » mais bien que le président Duque soit pro nord-américain et que les Etats-Unis cherchent à étendre leurs tentacules militaires en Amérique, « ce projet va rencontrer des résistances puisque les circonstances politiques ne sont plus les mêmes qu’il y a 20 ans. » Les changements en Amérique Latine vont très vite et cette prétention va être rejetée par le reste des pays, sauf exceptions. Mais, dans son ensemble, l’Amérique Latine doit avancer vers cet espace qu’on a appelé « territoire de paix .» Evidemment, les Etats-Unis auraient beaucoup d’intérêts à cela mais là se trouve le plus grand faux pas pour que ce plan soit réel, » déclare Figueroa.

Il ne pense pas qu’il soit possible que la Colombie devienne l’Ukraine de l’Amérique Latine, entre autres choses à cause de la corrélation des forces internes née des électiosn législatives du 13 mars dernier lors desquelles la force qui a eu le plus de voix a été le Pacvte Historique de Gustavo Petro.

« Même dans la droite colombienne il n’y a pas d’unité sur el fait que la Colombie devienne devienne un véritable membre de l’OTAN, » affirme Amílcar Figueroa.

Il est d’accord sur ce point avec Juan Carlos Tanus, pour qui cette « distinction » accordée par les Etats-Unis à la Colombie devrait causer des maux aux militaires colombiens . » La Colombie est en crise, depuis plus de 2 ans, il y a de fortes mobilisations dans les rues, le conflit armé n’en finit pas, il y a une forte crise politique qu’une nouvelle situation de guerre ne ferait qu’aggraver encore plus » même venant des Etats-Unis « qui ont financé le conflit militaire pendant des décennies et n’ont pas réussi à arrêter la guerre. Les militaires colombiens devraient se sentir offensés parce que ces initiatives affaiblissent l’appreil militaire colombien et le mettent au service des intérêts des Etats-Unis, » précise-t-il.

L’OTAN doit être démantelé

Pendant ces dernières heures, a circulé un communiqué soutenu par d’importantes personnalités intellectuelles et politiques de toute l’Amérique Latine qui condamne le politique expansionniste de l’alliance atlantique, la prolifération des bases militaires dans le monde et défend une issue pacifique au conflit entre l’OTAN et la Russie. On peut y lire : « L’OTAN, devenu le bras armé du capitalisme néolibéral s’étend avec ses armes de destruction massive en Europe et dans les territoires des autres continents, ce qui représente une menace pour la vie, la souveraineté des peuples et la paix du monde. »

Le philosophe Fernando Rivero est l’un des auteurs de cette initiative destinée à créer la conscience sur les dangers, y compris en matière nucléaire, qu’affronte l’humanité à cause à l’existence même de l’OTAN.  «  L’OTAN doit être démantelé et il faut commencer par créer un puissant mouvement d’opinion publique pour éviter la prolifération de ses bases militaires, de ses arsenaux nucléaires et, évidemment, son expansion dans le monde entier, en particulier en Amérique Latine et dans les Caraïbes, » dit le spécialiste des affaires militaires.

« Il faut plus de force du peuple, des partis politiques, des Gouvernements pour exiger que l’ONU réponde à cette clameur parce que souvent, cette organisation a servi par son silence complice à approuver la politique agressive des principales puissances occidentales, » conclut-il.