Guadeloupe. Théâtre. Mwen sé Sina: la parleuse des lignées silenciées

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Basse-Terre. Capitale. Lundi 21 mars 2022. CCN. L’Artchipel a fait peau neuve, et propose depuis quelques semaines sa nouvelle programmation alléchante. C’est ainsi qu’à l’issue de 8 jours de résidences d’artistes, se jouait la restitution de « Mwen sé Sina », une idée originale de G’NY mise en scène par Dominik Bernard, sous la direction musicale de Stéphane Castry , adossée au travail de la chorégraphe Natty Montella. Sina, est la génération d’une lignée de femmes « silenciées » dont elle prétend hériter les stigmates d’une douleur qu’elle n’a pas choisie. 

Serions-nous passifs et porteurs de valises qui concernent notre descendance ? Ou avons-nous pour certains, réussi à les déposer quelque part et à poursuivre notre propre chemin parce que nous l’avons décidé ?

Si vous ne vous étiez jamais posé la question ainsi, G’NY elle, nous entraine subtilement et habilement vers cette introspection.

Comment se libérer de ces mémoires transgénérationnelles qui peuvent impacter et parfois affecter notre propre histoire personnelle contemporaine ?

L’association théâtrale, chorégraphique, audiovisuelle et musicale de ce projet, nous permet d’aborder le sujet avec une certaine légèreté. En effet, le seul fait d’accepter que l’histoire personnelle de nos ancêtres puissent interagir sur nos décisions à être et à devenir ce que nous souhaitons, est de l’ordre de la psychanalyse.

Mais sans aller jusque-là, parce que nous ne possédons pas tous les outils pour démêler ces questionnements, notons que le message délivré par Sina à travers cette œuvre originale, consiste à poser les mots pour adoucir et soigner les maux, qui nous mèneraient à notre liberté d’être et de penser, sans pour autant  omettre d’honorer la mémoire des générations qui nous ont précédées, et pour lesquelles les époques et le contexte ne les autorisaient pas à s’exprimer.

Bien que l’œuvre s’appuie sur la complexité pour les femmes d’hier et d’aujourd’hui à pouvoir vivre leurs vies, leurs envies telles que la gente masculine le ferait, vous comprendrez que ce constat va bien au-delà du genre. D’ailleurs les images furtives qui défilent sous nos yeux, nous rappellent ô combien un territoire comme celui de la Guadeloupe a pu superposer comme souffrance tout au long des siècles.

Ces histoires de mémoires transgénérationnelles, sont les nôtres certes, mais plus largement celles de toutes les civilisations qui peuplent cette terre.

On peut saluer le travail de la direction musicale qui a su associer les influences caribéennes d’une musique qui traverse les générations. Un travail méticuleux sur les sons et les bruitages proche parfois d’un appel à la méditation, et harmonieusement liés à la chorégraphie et à l’éloquence de l’artiste sur scène, ainsi qu’à l’évolution de l’histoire que Sina nous raconte.

On notera également la beauté du rendu lié à la qualité des textes et des mots choisis, afin que ceux-ci résonnent en chacun de nous.

Cette restitution n’est que le début d’un projet murement réfléchi qui ne demande qu’à grandir.

Cette performance à laquelle nous avons eu le privilège d’assister en étant conviés par G’NY, n’aurait pu se faire sans le savoir-faire, la complicité et la passion d’une équipe de jeunes et moins jeunes talentueux intermittents, qu’on retrouve à la création et réalisation, la direction musicale, chorégraphique, scénographique, à l’accessoirisation, mais aussi à la technique et ce, dans toute sa  dimension.

Il convient donc de les citer tous, pour ne pas les oublier, et venir les retrouver à la première représentation officielle qui aura lieu prochainement.

La création est portée par Karibbean Woman Association . Les textes sont de Geniffer Louise et Dominik Bernard. L’auteure compositrice et interprète des chansons est G’NY posée sur une mise en scène et scénographie de Dominik Bernard. On a pu entendre aux claviers Audray Claudion, à la batterie et au Ka Andy Bérald-Catelo, à la guitare Luidji Chérod et Stéphane Castry à la basse.

Les voix additionnelles sont celles d’Esther Myrtil, Jacklin Etienne et Nicole Valton. A la création musicale on retrouve Geniffer Louise, et Stéphane Castry à la direction musicale. La chorégraphie est signée Natty Montella. Les jeux de lumière étaient assurés par Jean-Pierre Listoir. A la réalisation vidéo Jean-Luc Stanislas et aux sons additionnels Steve Lancastre. Les maquillages sont réalisés par Gaëlle Gimer et les costumes par Sandra Bellevar.

Déborah Vey

Crédit photo @Anais Colors