Banditisme ou manip. Faut-il avoir peur des flics et… même des politiciens ?

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Les soudaines « révélations » d’un procureur de la république française à Pointe-à-Pitre ont jeté le trouble à la fois sur les policiers, le collectif et sur les politiciens.

Un gradé de la police urbaine est d’ailleurs toujours sous mandat de dépôt, donc en détention. On lui reproche d’avoir été le « cerveau » d’une opération de gangstérisme. visant à « racketter » les propriétaires des « temples » de la consommation situés à la périphérie de la communauté d’agglo-pointoise. Un « grand frère » plutôt considéré comme un médiateur en direction des jeunes « délinquants » dort lui aussi en prison.

Une telle information émanant de l’autorité judiciaire ne peut être en aucun cas anodine.

D’abord parce que ces « révélations » interviennent, et ce n’est pas un hasard, en pleine crise sociale.

Tout de suite, la presse française, qui depuis des mois à l’œil sur notre pays, en a aussitôt fait ses choux gras. L’info a très vite fait le tour des médias français, lesquels qui n’ont pas hésité pour la plupart, à cibler les politiciens guadeloupéens, singulièrement Olivier Serva (Député LREM?) et Ary Chalus (Président de Région, LREM?). Pourtant, ce sont  eux qui ont tenté en discutant ouvertement avec  les « grands frères » (pour ne pas dire chefs de gangs) de trouver une voie de sortie pour cette jeunesse désoeuvrée qui « profite » systématiquement des mouvements sociaux pour casser des boutiques de téléphonie ou des magasins de sports.

De son côté le journalisme français-résidant, Éric Stimpling, qui passe son temps à relayer les infos transmises à dessein par le pouvoir colonial, et le soir dans le JT de la télé du pouvoir, prend des postures « d’investigateur » en faisant son job habituel : discréditer autant que faire se peut la classe politique guadeloupéenne.

Citation du site de « #Outremer la 1ère » : « … les événements de ces dernières semaines ont montré une proximité ou à minima une possible convergence d’intérêt. La justice s’interroge notamment sur le rôle des élus locaux… » et notre hyper investigateur-relais-du-pouvoir d’en rajouter une couche le 24 janvier : « Ary Chalus et Olivier Serva ont reçu une délégation des représentants de la jeunesse or parmi les représentants des jeunes on retrouve certains membres des gangs mis en examen ».

Une fois cela lâché, l’amalgame fonctionne. D’un côté la déclaration du procureur et ensuite le « papier » de notre hyper-investigateur-relais-du-pouvoir. Comment dès lors ne pas penser que Chalus et Serva soient directement impliqués et « complices » des gangs ?

Est-cela du journalisme d’investigation ou au contraire une volonté de faire passer in fine un message qui est celui du pouvoir colonial : « les policiers, les politiciens, le Kolektif  et les gangs » fonctionnent ensemble.

D’ailleurs avant même la conférence de presse du procureur, le Ministre des Dernières Colonies Françaises laissait entendre qu’il ne souhaitait aucunement discuter avec le Kolectif qu’il assimile aux gangs.

Es i bon ?

Allons plus loin. Les policiers guadeloupéens, fonctionnaires au service du pouvoir (demain dans une Guadeloupe décolonisée ils accompliront les mêmes tâches) sont responsables  du maintien de l’ordre républicain.

Mais ont-ils vraiment les moyens de leur mission ?

Depuis des années, tous les journalistes guadeloupéens ont au moins une fois entendus les représentants syndicaux des manblos déclarer, qu’ils ne cessent de réclamer des effectifs  et des moyens supplémentaires, ont-ils été compris ?

Ainsi depuis le mois de novembre, ce sont les spécialistes parisiens, antiterroristes Raid et GIGN qui  sont arrivés,  ce sont eux qui « gèrent » les manifs. Les policiers guadeloupéens  eux ont été un peu en « retrait ».  N’est-ce pas pour eux une forme de  désaveu ?   Les plus anciens n’ont sans doute pas oublié qu’à l’époque des attentats de l’Alliance Révolutionnaire Caraibe (ARC), c’étaient déjà des flics français, surnommés « la tornade blanche » qui avaient été dépêchés en Guadeloupe pour mener les enquêtes.

Mais derrière toute cette série d’infos largement diffusées et relayées sur les gangs racketteurs, les politiciens plus ou moins compromis ne sont pas les seuls. Le Kolektif  d’organisations en lutte est l’une des victimes collatérales de cette vaste opération de communication politico-médiatico-policière. Il s’agit en fait de tout « miganné » et de discréditer à la fois les politiciens et le Kolektif.

Olivier Serva a sorti un communiqué de soutien aux « grands frères », le LKP lui, a toujours soutenu les jeunes emprisonnés. Ary Chalus est sur le même ligne, seront-ils à leur tour inquiétés par cette enquête confiée, et c’est – exceptionnel – à deux juges d’instruction ? c’est à suivre…

Quand on y réfléchit et qu’on prend juste un peu de recul, on s’aperçoit que c’est la Guadeloupe qui est la grande perdante de cette vaste opération.

D’abord les policiers locaux deviennent tous des suspects. Au commissariat de Pointe-à-Pitre, règne depuis quelques temps une ambiance de suspicion, certains flics se savent « écoutés » et donc préfèrent se taire, silence radio.

Les politiques qui ont « webé » avec Macron, se rendent bien compte qu’ils n’ont plus aucun crédit de ce côté,  et que la visioconférence du jeudi 27 janvier, c’était vraiment  du pipeau. Ils n’ont rien obtenu, sinon de vaines promesses. Macron est resté sur sa position.

Le Kolektif qui depuis Juillet 2021 est en marche semble être est à bout de ressources : continuer à marcher dans la rue ? bloquer  tous les axes routiers ? discuter avec les élus ? rien n’a vraiment permis de débloquer la situation des soignants sans salaires.

Macron, on le sait, à la veille des présidentielles françaises, ne peut pas désavouer son pass vaccinal, car aux yeux des français « vaccinés » il perdrait tout crédit. Même si le nouveau variant est  dit-on moins mortel que le précédent, même la capacité protectrice du vaccin, semble être remise en cause ou relativisée, Macron, Castex et Varan gardent le cap au moins jusqu’aux présidentielles.

En Guadeloupe, les centaines de soignants en souffrance parce que sans argent, sont sans perspective aucune. On les presse de se faire « accompagner » dans un dispositif que beaucoup  rejette.

Que peut le Kolektif ? relancer les manifs mais jusqu’à quand ? La stratégie de vouloir  politiser le combat jusqu’ici n’a pas (encore) fonctionné.

En 2009 LKP avait terminé la grève par un accord et l’obtention des 200 euros au bout de 44 jours. Cette fois de Juillet 2021, nous sommes déjà à plus de  6 mois de mobilisation et 3 mois de manifs et barrages.

Peut-être faudrait-il que les Guadeloupéens politiques, syndicats, société civile se décident à faire bloc pour peser sur l’avenir du pays  et obliger ainsi l’Etat colonial à discuter ? Cette décision qui semble difficile est  peut-être la seule issue possible. Car le pouvoir colonial ne pourra céder que devant un peuple uni.

Sommes-nous prêts ?

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