Saint John's skyline avec la cathédrale sur l'horizontale
St Johns. Antigua. Thursday  January 13 2022. CCN. Coming from a short stay in Antigua, Alain Maurin  economist at Antilles University (UA) launches a debate  about  what Guadeloupe could  be  in the next future. Actually,  for some months the  social  and political situation are very complicated; but according to Mr Maurin, the Archipel ago future could be better if… En effet, au regard de ce qui se passe du point de vue économique dans certains pays de la Caraïbe, la situation de la Guadeloupe, pourrait être considérée comme “meilleure”, sauf que ces Petites Nations insulaires Caribéennes (PNIC) sont comme Antigua-Barbuda indépendantes et arrivent à un taux de croissance supérieur au notre et à un chômage bien plus faible. Cela peut-il changer en 2030 ? Comme disait Late Otis Redding: “I’ve got Dreams to remember…”

En cette période de grande interrogation sur notre Guadeloupe, ce que nous voulons pour son avenir proche ou à l’horizon 2030, je me permets juste de faire un petit clin d’œil invitant à l’approche comparative.

Avec nos homologues de l’hexagone, régions ou départements, nous savons que nous sommes en queue de peloton s’agissant des indicateurs habituels de mesure du développement économique et social.

Ainsi, les DROM apparaissent comme des entités pauvres dans l’ensemble français. Cependant, ces mêmes indicateurs conduisent à nous cataloguer comme des territoires riches dans leur voisinage géographique. Une diversité d’écrits apporte des éclairages multiples sur cet exercice délicat de positionnement des DROM vis-à-vis des autres pays, en particulier des PEID (petites économies insulaires en développement, les fameux SIDS de l’UNESCO), des PMA (pays les moins avancés) et d’autres territoires. Dans les miens[1], j’ai souligné le caractère relatif des classements obtenus pour nos régions-pays de l’Outre-mer français.

Dimension de grande importance, l’évolution des résultats au fil du temps permet la mise en relief de leur chronologie du développement par rapport à celles des régions et départements aux statuts politiques similaires d’un côté et des pays de leur entourage immédiat d’un autre côté.

Dans l’ensemble français, il a fallu proclamer la LOI n° 2017-256 du 28 février 2017 de programmation relative à l’égalité réelle outre-mer pour tenter de formaliser la réduction des écarts des niveaux de vie entre les DROM et les régions de l’hexagone… Aujourd’hui en 2022, la déception est encore de mise… Il n’est pas besoin d’une longue démonstration visant à pointer du doigt combien les retards en termes de PIB par habitant, taux de chômage ou taux de pauvreté n’ont pas été comblés au cours des 75 ans de départementalisation depuis l’adoption de la fameuse loi du 19 mars 1946.

Inversement, vis-à-vis des voisins de la Caraïbe, nos DFA peuvent-ils se prévaloir de satisfactions lorsque l’on évalue la longueur de leurs avances ? Je reviens juste d’un séjour d’une semaine dans un de nos pays limitrophes dans la mer, situé à moins de 30 minutes en avion, qui est si proche mais terriblement éloigné : Antigua-Barbuda, petit pays de 100963 habitants et 440 km² de superficie, indépendant depuis 1981, affichant un PIB par habitant de 13286 $US et un taux de chômage de 11%…

Globalement, au plan macroéconomique, le niveau de développement de la Guadeloupe est plus élevé, c’est vrai. Toutefois sous des angles plus fins de l’observation, sectoriels ou microéconomiques, elle est loin de se dresser systématiquement comme le meilleur parmi les deux.

Pour aller plus loin, en se plaçant dans l’espace bleu plus vaste du bassin CARICOM, en regard de considérations hautement plus qualitatives comme le bien-être collectif, de nécessités salutaires comme la démocratie économique, des valeurs constitutives des socles du monde de demain, …, qu’est-ce que la Guadeloupe affiche des performances mitigées… qu’est-ce que notre Papillon est en proie à des incertitudes… qu’est-ce que nos îles de l’archipel sont sous la menace de rétrograder !

En cette période actuelle où la fracture de notre société a atteint son paroxysme, où la confiance est en chute libre, où les élans d’initiatives collectives sont au plus bas, où l’idée d’un rêve guadeloupéen s’étiole, …, comment relancer la trajectoire de croissance et de développement ?

Des moyens pour agir sont mobilisables avec l’abnégation du travail, d’autant que nous sommes en début de nouveaux cycles d’exécution du pouvoir local (Conseil régional, Conseil départemental, EPCI, Communes, …) et d’échanges et arbitrages sur l’affectation des ressources financières (Programme opérationnel –PO- 2021-2027, Plan France Relance, Contrat de plan État-Région –CPER- 2021-2027, Octroi de mer, etc.).

Des pistes et stratégies sont éparpillées dans la littérature.

Parmi elles figurent les champs des possibles des filières porteuses telles que celles des Industries culturelles et créatives (ICC) et de l’économie sociale et solidaire (ESS), encore enfermées dans une vision de dépenses et qui tardent à être appréhendées en logique d’investissement et de structuration de dynamiques créatrices de valeurs ajoutées et d’emplois pérennes, ainsi que d’externalités positives.

Parmi elles, les défis de la reconfiguration des institutions constituent également des RDV et chantiers primordiaux à mettre en calendrier. Par institutions, il faut entendre celles juridiques et politiques qui sont évidemment primordiales mais aussi, celles au sens de la théorie économique qui, pour un territoire comme la Guadeloupe, sont plus que jamais en attente d’être revisitées pour espérer voir une levée des verrous qui perpétuent les injustices sur le marché du travail, le système de l’économie de comptoir et le mal-développement.

“As now can’t reveal the mystery of tomorrow“, la Guadeloupe a certainement besoin de se laisser contaminer par le virus amenant la confiance entre Guadeloupéens pour croire en la faisabilité d’un avenir plus radieux. A l’égal du virus de l’amour que Stevie Wonder propage dans son titre As, de mon point de vue l’une des déclarations d’amour les plus puissantes des répertoires musicaux, je veux miser en 2022 sur des parties prenantes de notre pays qui agiraient et aimeraient toujours la Guadeloupe (That I’ll be loving you always), …., Jusqu’à ce que nous rêvions de la vie et que la vie devienne un rêve en Guadeloupe (Until we dream of life and life becomes a dream).

Il est vrai que dans le passé assez proche du séisme social de janvier à mars 2009, après les signatures posées et engagements pris, rien ne laissait présager de l’occurrence de ce choc sociétal chaotique qui traverse la Guadeloupe depuis le quatrième trimestre 2021.

En 2022 justement, fort des enseignements à tirer des acquis et erreurs de ces rassemblements ratés, désormais dates emblématiques de l’histoire guadeloupéenne, il importe aux différentes catégories d’acteurs et à chacun d’être poreux aux vents du changement dans leurs pratiques et postures pour supputer l’effectivité d’une Guadeloupe sereine et ambitieuse en 2030. Autour de la table la plus représentative de l’ensemble des parties prenantes, dont les grandes familles désignent les pouvoirs publics locaux et nationaux, les partis politiques, les syndicats de travailleurs, les organisations patronales, les entreprises du tissu productif, les unités du commerce de proximité, les enseignes de l’import-distribution, le monde associatif et la société civile, l’acceptation d’une base minimale pour construire un projet guadeloupéen équitable doit être recherchée. Dans cette optique, le statut quo dans les positions de certains n’est plus envisageable. Les termes de l’idéal clamé par la chanson As peuvent être empruntés et contextualisés ici pour répéter que la réussite de la Guadeloupe passe au niveau de chaque acteur par le « changement de ses mots en vérité et ensuite le changement de cette vérité en amour » (Change your words into truth and then change that truth into love).

Alors, il y a à parier que la réalisation de ce vœu d’amendement des propos et méthodes des uns et des autres ne pourrait que déboucher sur une Guadeloupe en théâtre d’images positives. Elle devrait raffermir la confiance de la jeunesse et faciliter l’inversion du phénomène d’exode et de fuite des cerveaux qui fait tant mal : voir les petits-enfants de nos enfants, Et leurs arrière-petits-enfants dirent je t’aimerai toujours la Guadeloupe (And maybe our children’s grandchildren And their great-grandchildren will tell I’ll be loving you always … Guadeloupe).

[1] Voir par exemple : Alain Maurin, La Guadeloupe et la Martinique dans le bassin caribéen : analyse comparée des modèles et des trajectoires, Document de travail CREDDI, Septembre 2020.

 

Table 1.

Indicateurs économiques et sociaux de quelques pays de la zone Caraïbe en 2018

Pays Population PIB

(milliard $US)

PIBh

(en $US)

Taux de

Chômage

Antigua and Barbuda 95,882 1.45 15,125.05 11
Bahamas 332,634 10.72 32,231.22 9.2
Barbados 293,131 4.73 16,139.63 9.6
Belize 385,854 1.65 4,278.83 9.4
Cuba 11,116,396 76.40 6,873.05 2.3
Dominica 74,027 0.46 6,208.72 12.1
Grenada 112,207 1.03 9,143.88 22.9
Guadeloupe 390,253 9.74 26,624.8 23
Guyana 740,685 3.12 4,205.65 12.1
French Guiana 268,700 4.313 17,710 22,4
Haïti 10,788,440 8.23 762.65
Jamaica 2,812,090 14.23 5,060.78 9.4
Martinique 372,594 9.363 28,072.65 18
Montserrat 5,179 0.063 12,678
Porto Rico 3,294,626 87.55 26,573.69 11.4
Dominican Republic 10,298,756 82.18 7,979.92 5.8
St. Lucia 165,510 1.55 9,387.31 20.9
St. Kitts and Nevis 53,094 0.94 17,789.67 4.5
St. Vincent and Grenadines 101,844 0.76 7,440.27 19.8
Suriname 597,927 4.63 7,740.53 7.6
Trinidad and Tobago 1,215,527 21.16 17,411.64 2.8

Sources: Data from various international bodies.

(*) Classement établi par le PNUD pour les 228 pays ou territoires autonomes recensés dans le monde.

(**) : données de l’année 2016.