Guadeloupe : Impasse sanitaire + impasse sociale+ impasse politique :  o nou kay.?

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Les débuts de cette nouvelle année ne changent pas beaucoup de la fin de la précédente

En réalité, les lignes ne bougent pas vraiment.

Flash-back sur la situation politico-sociale de la Guadeloupe : 3 dates majeures sont à retenir pour 2021 :

1/ Le 17 juillet, un Kolektif d’inspiration LKP lançait une vaste mobilisation contre l’obligation vaccinale et le pass sanitaire.

Des semaines et des mois durant, des guadeloupéens pro et anti-vax ont défilé, mais n’ont   été entendus ni par les politiques ni par l’État et ses représentants.

2/ Le 15 novembre, le Kolektif décide de passer à l’offensive et appelle à la grève et à un durcissement de sa protestation.

Sur les axes principaux, la circulation est “empêchée” par des barrages souvent très hermétiques.

Peu de jours après le lancement du “mouvement,” dans plusieurs villes du pays, des magasins et boutiques sont dévalisés, voire incendiés.

La tension atteint son paroxysme, c’est alors que la classe politique, jusqu’ici plutôt aphone, semble vouloir se réveiller. Les contacts sont pris avec le Kolektif qui réclamait depuis juillet, la possibilité de rencontrer  élus et représentant de l’Etat français. A Paris, au retour des festivités du congrès des maires,  les parlementaires, semblent vouloir   bouger un peu.  Ils sont reçus par le Premier Ministre français Castex. Rencontre qui n’aura pour unique conclusion, l’envoi en Guadeloupe de renforts policiers.(RAID et GIGN)

Le Ministre des dernières colonies françaises  , fait un voyage éclair qui n’apporte rien. Kolektif et politiques se retrouvent seuls et face à eux mêmes  pour tenter de trouver une solution à la crise.. Mais là aussi c’est un échec cuisant. Les politiques qui avaient fait un  un petit pas en avant vers le Kolektif, en “signant”(?) un accord de méthode, vont finalement très vite rétropédaler.

 3/ Le 14 décembre 2021, Les négociations entre élus politiques et Kolektif   sont brutalement interrompues, au motif de l’absence du représentant de l’Etat (délégation interministérielle ?). Les politiques s’en vont. La crise qu’on croyait seulement sociale et sanitaire devient alors une vraie crise politique. 

Pourquoi tout à échoué ?

D’abord, parce que le Kolektif n’a jamais caché sa détestation (le mot est faible) de la classe politique.  Il était quasiment impensable qu’en l’espace de 2 rencontres et un protocole de méthode, que tout puisse s’arranger.

Personnellement je n’y ai pas cru.

Mais ces élus, rassemblés mais pas unis, ont-ils une   même vision pour la Guadeloupe ? La réponse est 100 fois non !!!

Prenons le cas de Victorin Lurel, un pseudo socialiste, pro français, et anti guadeloupéen, un politicien qui n’a jamais montré la moindre empathie  à l’égard du  mouvement social. De plus, alors que Chalus, Serva, voire Théophile et un peu Losbar, ont semblé prendre une certaine distance avec la Macronie, Lurel qui sait qu’il aura beaucoup de mal à être crédible en Guadeloupe, a plongé à  corps perdu dans le système Macron. Il n’a cessé de voler au secours de Macron, ce faisant il a bien rempli sa mission :  celle de faire capoter la  négociation.

Lurel le néo- macroniste savait parfaitement, qu’un accord entre les politiques guadeloupéens et le Kolektif ne pouvait que le desservir.  Il faut le signaler, son aversion, voir sa haine, du mouvement social est de loin supérieure à la détestation des politiques par le Kolektif, c’est dire !  .

Il n’y a pas que Lurel.  2 autres parlementaires, Justine Benin, Max Mathiasin, qui eux aussi ont besoin d’être réélus aux prochaines législatives, se sont laissés instrumentaliser par l’Etat colonial. Dès lors, ils ne pouvaient que faire des ” jés makak”, appelés “amendements” mais la réalité est ailleurs. Dans la nuit du 5 au 6 janvier ils ont accepté, sans broncher de voter le projet de loi faisant du pass sanitaire un pass vaccinal. En fait, ces deux  parlementaires se sont montrés plus français que les élus de la France Insoumise, ( Mélanchon)  qui eux, ont tout tenté  mais vainement , pour  essayer “d’amoindrir” les conséquences  du pass vaccinal dans les colonies françaises.

On s’aperçoit donc qu’au plan politique, depuis la mi-décembre l’impasse est totale. La classe politique guadeloupéenne, prise de court par les évènements, sans réel projet pour le pays, n’est donc pas en mesure de répondre aux aspirations du Kolektif et encore moins de s’opposer aux diktats de  l’Etat colonial.

Au plan strictement sanitaire, la déferlante de l“omicron” mixée avec les restes du variant  “Delta” font que la situation sanitaire continue à être compliquée. Les bricolages successifs depuis l’incendie du CHU (novembre 2017), ne permettent pas  à cet hôpital de pouvoir répondre comme il se devrait à  la pandémie.

De plus on savait que la vague des touristes français ou affinitaires de l’avant Noël, n’aurait pas été sans conséquences sur le taux d’incidence du virus. Mais le pire est peut-être à venir, car au plan hospitalier, le petit “soldat” fonctionnaire d’état et DG du CHU Gérard Cotellon, s’est montré totalement inflexible et a appliqué sans concession aucune, les règles de l’article du 05 août 2021.

Ainsi donc, des centaines de soignants ont été, suspendus au CHU. L’ARS, de son côté a complété le job, en écartant de leurs cabinets, médecins, infirmiers libéraux, jusqu’au Kiné. La loi, rien que la loi : “dura lex sed lex” (: la loi est dure, mais c’est la loi).

Cotellon s’est-il rendu compte de la portée sociales de ses décisions, ou est-il à ce point suicidaire ? Pourtant c’est ce même Gérard Cotellon, qui avait été acclamé, presque “chouchouté” à son arrivée au CHU et qui s’est mis a dos  au fil des mois et de ses  “coups de menton” tous les syndicalistes et même une majorité de soignants.

Comment dès lors, s’étonner que le bon petit Soldat Cotellon devienne la cible, d’autres “soldats” ?  Cotellon qui est Guadeloupéen, ne sait-il pas que les conflits sociaux ont toujours été très durs dans son pays ?  A-t-il oublié que gwadloupéyen  pa enmé pwofitasyon? Il s’en souviendra..

En ce début d’année, nous sommes encore loin de l’apaisement, la crise sanitaire qui s’était faite oublier par la crise politique, demeure. Si la 5é vague continue à  prendre de l’ampleur, le CHU ne sera sans doute pas en mesure d’y répondre. Personne n’a oublié la grave situation d’aout 2021, tous ces morts qui auraient pu être évités

Au plan social, après deux années de confinement et de couvre-feux, les petites et moyennes entreprises sont pour une grande partie en difficulté. Tous les secteurs sont impactés selon l’INSEE.  La perte de chiffre d’affaires des entreprises est au moins de 13,1 %.

Même la consommation en est baisse. C’est bien sur le tourisme qui a été le plus durement impacté par cette crise sanitaire, curieusement, par un effet d’entonnoir, l’activité bancaire a par contre connu un véritable bond +de 10 %, cela s’explique par la politique des prêts PGE, consentis à des entreprises en difficulté.  Là aussi comme, ailleurs la Guadeloupe est dans l’impasse.

Le pays se porte très  mal. Les contradictions s’exacerbent encore autour de la question de la vaccination obligatoire . Ainsi on a vu naitre un soi-disant “comité anti violence”, lequel n’a aucune crédibilité, d’autant  que ce “comité” fait mine de ne pas savoir que notre pays est né dans la violence coloniale et que l’exploitation doublement capitaliste et colonialiste continue et génère de la violence.

Que la violence est d’abord celle d’un système, qui depuis 4 siècles a tout mis en œuvre pour asservir, écraser, humilier, aliéner l’homme guadeloupéen, et que cette situation de violence, coloniale, qui perdure ne peut hélas qu’entrainer d’autres formes de violences, et  souvent des réactions  très épidermiques, qui sont le fait des situations coloniales.

Mais ces constats de début d’année ne doivent en aucun cas tuer l’espoir. Il devient en effet urgent que la classe politique, que le Kolektif, et surtout  les fonctionnaires et cadres guadeloupéens  (ceux  ont encore un peu d’humanité et d’empathie)  se mettent ensemble pour tenter de  sauver la Guadeloupe et sa jeunesse.

 Ces crises systémiques de tous ordres et qui se prolongent démontrent que le pays est dans une totale impasse.

Nos politiques sont frileux ,pas visionnaires,  notre peuple est, lui  plus que méfiant vis à vis de ses élus, le Camp Patriotique, ce qui en reste, est encore désuni et très affaibli.

La solution , est elle  d’une urgente  nécessité; elle  ne peut venir que de l’union pacifiée  de toutes les forces sociales, économiques, politiques , pas de l’exclusion. Nous sommes pour l”heure  encore loin de la fin des crises et des “chiraj” ..mais l’espoir , le sursaut  sont  peut  être  au bout du tunnel, qui sait ?