Nicaragua : Commandants sandinistes, précisions indispensables

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Managua. Vendredi 7 janvier 2022. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Aujourd’hui, 7 novembre, l’édition digitale de Página/12 publie un article intitulé « Elections au Nicaragua : Qui soutiennent les anciens commandants sandinistes ? » qui contient des inexactitudes et des lacunes qui méritent un bref commentaire. Le résumé de l’article dit textuellement : « Sur les 9 membres de l’ancienne direction collective, seul Bayardo Arce soutient ouvertement Daniel Ortega. »

Pour commencer, il faut dire  que le FSLN a été fondé en 1961et que les tendances auxquelles il est fait allusion dans l’article de l’Agence Régionale d’Information récemment ont fait leur apparition en 1976, au milieu de la guerre contre le somosisme et se sont quelques mois avant le triomphe de la révolution en 1979. Daniel Ortega entre au FSLN en 1963, 2 ans après sa fondation et en 1965, devient le chef militaire de la résistance urbaine. Il est vrai qu’il y a eu 2 défections importantes parmi les commandants : Luis Carrión, quelqu’un qui n’est pas resté longtemps dans la guérilla et Henry Ruiz qui a eu de grands mérites dans la campagne de la guérilla mais qui, en 1994, dans la lutte pour le pouvoir au sein du sandinisme, s’est laissé séduire par la candidature du MRS (Mouvement de Renouvellement du Sandinisme) au secrétariat général du Front alors que cette tendance faisait encore partie du FSLN. Vaincu, Ruiz a choisi de quitter l’organisation et quelques années plus tard, il est passé activement dans l’opposition qui prônait la destitution téléguidée par la Maison Blanche.

Mais avec les autres, ce n’est pas la même chose. Carlos Núñez est mort en 1990, et il était toujours membre de al direction nationale du FSLN. Et Tomás Borge -mort en 2012- a soutenu  Daniel Ortega jusqu’au bout.  Borges fut le seul membre fondateur arrivé vivant àau triomphe de la Révolution. L’autre membre fondateur, Carlos Fonseca Amador, est tombé au combat à Boca de Piedra en novembre de 1976. L’un des plus anciens commandants,  Víctor Tirado López, a pris ses distances par rapport au Gouvernement sandiniste pendant quelques années mais après l’offensive séditieuse organisée par les Etats-Unis  en 2018, est revenu au FSLN et maintenant, il soutient fermement Daniel Ortega.

Jaime Wheelock, c’est une autre histoire : il a été » actif et a assumé des responsabilités politiques au Front jusqu’à la fin des années 90.  Il a toujours été assez proche de Daniel Ortega mais en 2018, il a hésité face à la tentative de reproduire au Nicaragua les “guarimbas” de l’année précédente au Venezuela. Ensuite, il est entré dans la bande séditieuse organisée par  Washington et a exigé la démission d’Ortega. La même chose s’est passée avec Humberto Ortega, le frère du Président, qui était à la tête de l’armée lorsqu’ils ont perdu les élections en 1990. A partir de ce moment-là, il est resté dans l’espace sandiniste mais on était encore loin du retour du sandinisme au gouvernement,  en 2007. Cependant, la « révolution de couleur » ratée de 2018 l’a poussé dans le camp de l’opposition. En bref : Bayardo Arce n’est pas le seul membre historique de la direction nationale du FSLN qui soutient encore le gouvernement sandiniste de Daniel Ortega.   Víctor Tirado le soutient encore comme Carlos Núñez et Tomás Borge l’ont fait jusqu’à leur mort. Et la plupart des commandants guérilléros qui ont surgi sur le champ de bataille avant et après le renversement de Somoza et qui ne faisaient pas partie du noyau fondateur du FSLN.

Comme dans tout processus révolutionnaire, il y a. ceux qui restent fermes sur leurs positions et ceux qui désertent ou se rendent à l’ennemi. Après la guerre contre l’agression nord-américaine  déchaînée avec tuerie après la victoire de 1979 qui s’est concrétisée par la défaite du FSLN contre Violeta Chamorro en 1990, beaucoup ont abandonné le sandinisme et ont choisi l’hésitation. Ils ont mal ressenti la défaite et ont pensé qu’il était temps que le FSLN renonce au socialisme, à l’anti-impérialisme, à la lutte du peuple et à être l’avant-garde du Parti. Mais la majorité du Congrès Extraordinaire réuni pour définir des positions à ce sujet (environ 60% des délégués) a décide de conserver ces principes. Quelques mois plus tard, ceux qui avaient été vaincus au Congrès ont quitté  le FSLN et fondé le MRS. Aux élections de 1996, ils ont obtenu 1.5% des voix tandis que le Front en obtenait 36%. En 2000 et 2001, joies se sont alliés avec le Front pour se présenter mais en 2006, ils ont rompu l’alliance et ont fait cavalier seul. Ils ont alors obtenu 6% des voix et le Front 38%. Quand le sandinisme est revenu au pouvoir, en 2007, ces groupes se sont éteints en tant qu’option politique. Leur décadence a pris un tour dramatique en 2018 quand ils ont formé le commandement militaire du coup d’Etat avorté. En vérité, une bonne partie de ceux qui ont eu des charges au Gouvernement et au Front dans les années 80 ont abandonné la lutte dans les années 90, se laissant séduire par les chants des sirènes de l’empire (argent, prestige, reconnaissance, figuration sociale). Mais les militants historiques et les militants actuels sont fermement alignés sur les positions de Daniel Ortega.

A propos de celui-ci, il ne faut pas oublier qu’au Nicaragua, il y a eu 2 guerres: la guerre de libération de la tyrannie somosiste et la guerre des années 80 dans laquelle Washington s’est lancé avec furie pour semer la mort et la destruction dans ce pays en armant, en finançant et en accordant une protection diplomatique aux « contras » pour faire tomber le Gouvernement révolutionnaire. Il en est même venu à ordonner qu’un haut gradé de l’armée des Etats-Unis, le colonel Oliver North, organise, à la demande  du président Ronald Reagan un réseau international de trafic de drogues et de vente illégale d’armes pour obtenir les ressources destinées à financer la “Contra” nicaraguayenne. Un bonne partie des militants sandinistes actuels est composée par des membres de la génération qui ont rejoint très jeunes le Front lors de cette guerre des années 80.

Il nous semble nécessaire de dire tout cela pour mieux comprendre l’article que nous commentons et pour éclaircir un panorama diablement complexe. Il n’y pas que Bayardo Arce qui soutient Daniel Ortega. cette précision ne signifie pas qu’on ne reconnaît pas les problèmes qui existent dans la façon de gouverner du sandinisme qui pourrait s’améliorer comme n’importe quelle autre. Mais si on veut parler de la critique de personnalités ou de médias qui diabolisent, conformément au manuel concocté par Washington, Daniel Ortega et le  Nicaragua (et Cuba, le Venezuela, Evo Morales, Rafael Correa, etc…) alors qu’ils approuvent et occultent les crimes de Gouvernements férocement répressifs comme celui de la Colombie ( 1 assassinat de dirigeant politique ou social tous les 2 jours en moyenne) ou la criminelle répression  de Sebastián Piñera au Chili, cette critique est malhonnête et réactionnaire de façon insensée.

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos