Gourbeyre. Vendredi 10 décembre 2021. CCN. Alain Plaisir est le leader du CIPPA c’est à ce titre qu’il a soumis à CCN, une contribution où il propose sn analyse de la crise actuelle et réaffirme ses positions et donc celles de son parti sur la question de l’Autonomie.

I- LE CONTEXTE

Institutionnel : La Guadeloupe à la traine.

Jusqu’en 2010, chacun des DOM était caractérisé par une superposition institutionnelle.

En effet, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion étaient à la fois département et région. Ce qui est une aberration intellectuelle, surtout pour la Guadeloupe et la Martinique, qui sont des petits territoires insulaires, peuplées de moins de 400 000 habitants.

En 2010, la Guyane et la Martinique se sont engagées dans la voie de substitution d’une collectivité unique à l’actuelle dualité institutionnelle. Il faut noter que le 10 janvier 2010, les électeurs ont rejeté la transformation de la Martinique en collectivité d’outre-mer régie par l’article 74 de la constitution. Néanmoins, le débat a eu lieu.

En Guyane, le congrès des élus départementaux et régionaux a approuvé à l’unanimité, le principe d’une évolution institutionnelle. Le 24 janvier 2010, les Guyanais ont comme les Martiniquais approuvés à 57,5?% la transformation en collectivité unique

En Guadeloupe, depuis la consultation du 3 décembre 2003 qui avait largement été rejetée par la population, les élus guadeloupéens se sont contentés du statu quo, c’est-à-dire du droit commun français, tout en réclamant plus de dérogations.

Bien que ce soient les Guadeloupéens qui les premiers ont été à l’origine, ces dernières années, des grands mouvements sociaux dans les ex-vieilles colonies, c’est en Martinique et en Guyane que la question statutaire a été posée

C’est dans ce contexte institutionnel que depuis le 15 novembre 2021, la Guadeloupe est en grève générale contre l’obligation vaccinale, avec en première ligne les soignants et les pompiers (seuls concernés par l’obligation).

II-    Économique et social

Le mécontentement parti de la méfiance envers l’état et la vaccination trouve sa source dans les profondes inégalités que vit la population et la colère créée depuis 50 ans, par le chômage massif, l’exode des jeunes, le scandale du chlordécone, les coupures d’eau et les frustrations dans une société de consommation à plusieurs vitesses, aggravées par une vie chère dramatique pour ceux qui non pas la prime de vie chère.

Le taux de chômage s’établit à 20,5?% en 2020 (en France 8¨%) et depuis la crise sanitaire 1000 demandes supplémentaires de RSA, chaque mois.

C’est dans ces conditions qu’en Guadeloupe 33?% de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté fixé à 750 euros (contre 14?% en France avec un seuil de 1 050 euros).

Dans son rapport annuel, l’IEDOM donne des chiffres accablants sur notre économie. Dans le domaine du commerce extérieur, nous apprenons que la Guadeloupe a en 2020, acheté (import) pour 3 milliards d’euros et a vendu (export) pour 222 millions d’euros. Pour parler clairement plus de 3 milliards ont quitté la Guadeloupe pour enrichir et créer des emplois dans d’autres pays.

Cette situation provient de l’héritage colonial : « Je t’achète du sucre, du rhum et des bananes et tu m’achètes tout le reste ».

Et, surtout depuis une quarantaine d’années s’est développé au niveau mondial un capitalisme néolibéral qui préconise le libre-échange et un monde de concurrence. D’où de nombreux accords de libre-échange entre l’Union européenne et le reste du monde. Et, comme la Guadeloupe est juridiquement une région européenne, elle est concernée par tous ces accords de libre-échange.

Ni les exportateurs européens et les autres, ni les gros importateurs guadeloupéens, plus souvent békés, n’ont intérêt au développement d’une activité de production qui pourrait limiter leurs profits. L’État non plus, qui perçoit la TVA sur les transports et sur les marchandises.

II- LA RÉPONSE du POUVOIR CENTRAL  

Au lieu de trouver des solutions à cette situation sociale explosive, le gouvernement préfère envoyer 2250 policiers et gendarmes dont une centaine d’agents du RAID et du GIGN, corps d’élite de la Police et de la Gendarmerie dont le rôle est de lutter contre le terrorisme, la libération des otages et la lutte contre le grand banditisme. Rien de tout cela en Guadeloupe, il ne s’agit que de syndicalistes et de quelques centaines de jeunes qui érigent des barrages sur les axes routiers.

Le traitement essentiellement répressif n’est pas une réponse face à la gravité de la situation.

Il faut négocier avec les syndicats en grève et pour cela le gouvernement doit réintégrer les soignants suspendus et ouvrir un dialogue constructif avec eux pour trouver une sortie honorable à ce conflit.

D’un autre côté, les syndicats doivent appeler à l’arrêt des pillages et des incendies qui portent un grave préjudice aux citoyens avec le risque de pertes humaines.

Par ailleurs, même si les revendications des syndicats étaient prises en compte à 100?% (ce qui est improbable) par les autorités, sur le fond, cela ne changerait rien à la situation économique, sociale et politique de la Guadeloupe. Notamment sur la question économique et notre dépendance vis-à-vis vis de l’extérieur.

C’est pour toutes ces raisons que la question de l’Autonomie est plus que jamais d’actualité.

III- LA QUESTION DE L’AUTONOMIE 

Oui à l’Autonomie. Cependant, il ne s’agit pas de n’importe quelle autonomie !

La remise en cause de la départementalisation ne doit pas conduire à transférer simplement de nouvelles compétences aux élus actuels, comme cela a été le cas avec la décentralisation !

Il faut que les nouvelles institutions, renferment suffisamment de pouvoir pour mettre tout de suite en place une nouvelle politique. En premier lieu, la Guadeloupe doit-être hors du territoire douanier communautaire européen, au même titre que les Pays et Territoires d’Outre-Mer (PTOM).

La nouvelle collectivité doit avoir la compétence sur la fiscalité, le régime douanier, le commerce extérieur, la politique économique, le transport, l’urbanisme, la coopération avec les peuples, la législation du travail, le sport… et un droit de regard sur les programmes scolaires.

La lutte pour ces nouvelles prérogatives institutionnelles est étroitement liée à un contenu socio-économique sans lequel le changement n’aurait aucun sens. Nous devons avancer vers l’autosuffisance alimentaire, nous rapprocher le maximum du plein emploi, assurer la justice fiscale, protéger notre environnement, décoloniser notre culture, notre mentalité et nous insérer aussi dans le mouvement mondial contre le réchauffement climatique.

Alain Plaisir

Président du CIPPA