Guadeloupe. Nécrologie. Marie-Galante : L’Hommage au patriote Servé Selbonne.

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Grand-Bourg. Mercredi 17 Novembre 2021. CCN. Après les massacres de Mai 1967 à Pointe-à-Pitre vint le temps de la répression judiciaire coloniale. Ainsi donc, des dizaines guadeloupéens, furent arrêtés et emprisonnés. Parmi eux, 5 jeunes Marie-Galantais. Dans l’ouvrage « Marie Galante et MAi 67 » (Editions Jasor) publié en 2017 Alain Rutil et Prosper Gérard Selbonne, ont largement contribué à faire toute la lumière sur ces Marie Galantais qui ont pris une part active à ces événements tragiques. Servé Selbonne, l’un de ces illustres fils de Marie-Galante, authentique patriote s’est éteint le 7 novembre dernier. A. Rutil et P. G Selbonne ont soumis à CCN cet hommage mérité.

On ne dérogera pas à la règle

Il est difficile parfois de rester dans le non-dit.

De ne pas rendre hommage…

Même et surtout lorsqu’on est confronté à l’horreur de perdre un combattant émérite de l’histoire de Marie-Galante et de la Guadeloupe « continentale ».

De cette histoire, de ce pays dont SERVÉ SELBONNE aura été un engagé attentif et continuel.

Et bien plus, un précurseur, un obsédé de son autonomie voire de sa fière indépendance.

C’est ce monde nouveau que SERVÉ s’obligeait à imaginer et pour ne plus trahir l’écart qui a le don de s’agrandir face aux lenteurs des faits et des changements ; il s’ingéniait à mettre en œuvre une véritable transition écologique, un monde plus autocentré.

Par exemple, en réhabilitant journellement la Rivière « Les Sources » à Saint-Louis.

A cet égard, SERVÉ regrettait que notre société soit devenue trop consumériste sans mettre l’accent sur la qualité. Et c’est la raison pour laquelle dans son resto-bivouac de SIBLET il y avait la détestation légendaire des produits importés et hors- sol

Privilégiant notamment dans cet espace verdoyant les légumes –bio, les poyo , cueillant les fouyapen et décrochant les ti-bannann, fouyant les ziyanm etc…Tous ces produits à l’énergie propre sont à portée de mains et plantés le long des berges de « sa rivière » qu’il arpente chaque jour qui fait… jour.

Ces multiples activités ne signifient nullement que notre héroïque SERVÉ SELBONNE s’est retiré sur un quelconque bout de morne et tombe de là-haut à bras raccourcis sur les « révolutionnaires de salon » et sur certains politiques.

Néanmoins il y a, il y aura toujours quelque chose d’excitant, d’exigeant et de vivifiant à entendre SERVÉ parler de ces politiques, de l’impérialisme américain qu’il fustigeait pour l’avoir bien éprouvé après avoir longuement vécu aux States et dans la Caraïbe.

Sans vouloir en faire un testament post-mortem, nous réprouverons comme lui, ces acteurs démagogues que ses critiques de vérités pures charriaient pour s’être laissé porter facilement par le sens du vent.

A l’aune de tout cela, on doit dire toutefois que l’homme avait toujours la foi en l’espèce humaine, le sens du pays et de son avenir…

Ses ultimes écrits, ses réflexions exprimées notamment dans ; « Autopsie politique du massacre de mai1967 : la Guadeloupe entre violence, terreur et résistance» de Julien MERION et « MARIE-GALANTE et MAI 67. Quelle(s) histoire(s) ! » Témoignages recueillis par deux de ses compatriotes Alain RUTIL et Prosper Gérhard Selbonne ont souvent la même facture qui les rendent à la fois graves, élevés et profonds. Mais également au cours de l’émission « À L’ABORDAGE, Point de fuite : Marie-Galante, un paradis chargé d’Histoire ». Ici, il s’exprime encore et toujours en homme libre avec son humour persifleur et son rire gouailleur. C’est un homme profondément créole. Tout le prouve. L’éducation reçue puis transmise. Ses pérégrinations. Son expérience du monde dans le divers. La somme et la synthèse de son savoir et de sa part de tolérance dans la compréhension de l’autre. Sa passion pour la langue qu’il nourrissait, cultivait, chérissait, déclamait et chantait en tous lieux avec un respect majestueux et dénuée de toutes emphases insignifiantes. C’était le Servé au naturel, celui du zayann, plutôt brut mais sans être aucunement brutal.

Voilà. C’est cet homme, qui n’avait aucune inclination à lisser son image, converti depuis toujours à l’impératif de la lutte qu’il menait aussi régulièrement contre la maladie et les douleurs physiques voire contre lui-même, qui nous a quittés.

C‘est cet homme à la démarche dégingandée et aux bras toujours ballants dont l’attitude se caractérisait par une grande et discrète pudeur alors qu’il a été pourtant un glorieux rescapé du massacre perpétré au nom de la république française en Mai 1967 dans l’une de ses dernières colonies, la Guadeloupe.

Une attitude qui l’a conduit à nourrir son personnage bien moins de son imaginaire mais plutôt de son…Vécu !

Le 9 novembre 2021

Prosper Gérhard Selbonne et Alain Rutil