France. Reconnaissance du cancer de la prostate comme maladie professionnelle : une bonne nouvelle qui reste limitée et insuffisante

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Paris. Vendredi 22 octobre 2021. CCN. Nous tenons à saluer l’annonce faite par Monsieur le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, confirmant que le Gouvernement suivrait l’avis de la Commission supérieure des maladies professionnelles en agriculture pour que le cancer de la prostate soit enfin reconnu comme maladie professionnelle.

Cette annonce, qui permettra d’établir une présomption de l’origine professionnelle de la maladie et de faciliter ainsi l’indemnisation des malades, rencontre un écho particulier pour les victimes du chlordécone sur nos territoires. En Martinique et en Guadeloupe, les taux d’incidence du cancer de la prostate se situent en effet parmi les plus élevés au monde et un faisceau d’arguments issus d’études toxicologiques et épidémiologiques plaide en faveur d’un impact significatif du chlordécone parmi ces facteurs de risque.

Cette reconnaissance du cancer de la prostate comme maladie professionnelle est donc un premier pas encourageant qui devra cependant être suivi d’effets concrets pour les victimes trop longtemps ignorées.

Nous demandons d’ores et déjà que le décret que le Ministre s’est engagé à publier pour créer ce tableau de maladie professionnelle ne soit pas borné par des conditions d’accès trop restrictives. Un délai d’exposition et de prise en charge minimal assorti d’un délai de prescription suffisamment large devront être définis pour permettre une juste indemnisation des agriculteurs malades.

Le combat reste cependant long pour réparer les conséquences de cet empoisonnement de masse. Ces dispositions ne permettront, en effet, d’indemniser que les travailleurs agricoles encore vivants et non leurs ayants droits. Par ailleurs, les autres pathologies dues à l’exposition au chlordécone ne sont toujours pas prises en compte.

En somme, nous considérons que seule une indemnisation globale des victimes – qu’elles soient professionnelles ou non – via un fonds dédié est de nature à réparer le préjudice. C’est d’ailleurs tout l’objet de la proposition de loi déposée lors du précédent quinquennat, puis reprise et défendue en 2017 ainsi que des innombrables amendements déposés, qui au Sénat, qui à l’Assemblée nationale, par les parlementaires socialistes et systématiquement rejetés par le Gouvernement et sa majorité LREM/MODEM.

Face à l’ampleur du drame, nous ne désarmerons pas.