La sphère anticolonialiste historique s’enflamme autour de la survie du peuple !

0
1754

La vie démocratique a cela de terrible qu’à tout moment, elle nous met face à des bifurcations parfois anodines, parfois spectaculaires, mais toujours déterminantes.

Ces possibles perpétuels constituent sa richesse mais aussi, hélas, sa grande fragilité. Ces déviances et chapardages qui servent de prétexte à la bonne conscience sont souvent la part émergée d’un profond mal être et de contradictions profondes. C’est pourquoi nous devons tenter de vivre notre démocratie avec l’éthique la plus scrupuleuse, en sorte que si l’on se trompe, on n’aura alors commis que de simples erreurs politiques, mais sans jamais avoir déserté la rive étroite des valeurs fondamentales qui borde les rivières turbulentes que sont les luttes pour l’émancipation des peuples.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, voilà que la sphère anticolonialiste historique, au nom du réalisme, s’enflamme autour de la survie du peuple !

Gardons-nous de ne jamais oublier que c’est au nom du réalisme que l’on met en œuvre la régression sociale dont a besoin le tout-profit capitaliste.

C’est encore en son nom que l’on saccage le principe des retraites, que l’on s’écarte de la démocratie au cœur même des institutions françaises en évitant le Parlement, que l’on infantilise nos peuples dans une gestion sournoise de pratiques colonialistes.

C’est aussi au nom du réalisme économique que l’on empoisonne nos compatriotes sur l’autel du développement, que l’on fait de la Guadeloupe et de la Martinique des destinations touristiques privilégiées quand l’Europe appelle à la fermeture des frontières pour endiguer la circulation d’un virus.

C’est également au nom du réalisme qu’aujourd’hui on sacralise le tout-sécuritaire dit-on, pour la santé selon des modalités qui portent plus atteinte aux libertés fondamentales qu’elles ne sauvegardent une quelconque santé.

On constate enfin que c’est au nom du réalisme que l’on farfouille sans précaution dans les bas-fonds du populisme. Dès lors la crise mondiale du COVID tombe à point nommé.

Toutes ces récentes gloses politiciennes, banalisent ce qui se joue sous nos yeux consternés. Ce qui se déroule sous nos yeux est symbolisé par une triste loi sur l’urgence sanitaire qui dans sa mise en œuvre transforme la privation de liberté et le contrôle social en politiques publiques.

En conséquence ce n’est plus seulement la police nationale qui s’en occupe mais maintenant tout agent dépositaire d’une quelconque autorité publique, tels les agents de sécurité ou patrons de restaurants qui s’érigent en supplétifs. Cette pratique politique qui descend à un niveau de manipulation des masses, ossifie les fractures, attise les cancans et joue avec la liberté.

Il y a là l’irruption d’un système mortifère qui crée de telles abdications de l’essentiel, qu’on se retrouve en fin de compte, comme durant de bien sombres périodes, prisonnier d’un enfer qui risque de tous nous détruire.

L’instrument du tout-sécuritaire, replié sur lui-même, devient une inquiétante valeur de société que personne n’est assuré de pouvoir transformer demain en bénéfice collectif, parce que l’objectif initial est très vite dissipé et l’atteinte aux droits fondamentaux tend à constituer une finalité.

Une bonne majorité des français et des martiniquais rejettent globalement cette politique sécuritaire. Dans sa déclinaison « lutte anti-covid » beaucoup d’entre eux, estimés en Martinique et en Guadeloupe à environ 80% proposent un libre accès à tous les soins préventifs et curatifs existants sans exclusive, « rimèd razié », chimiques, vaccination, car tout doit être tenté, expérimenté, pour sauver des vies, un maximum de vies. Une analyse globale sur la santé des martiniquais et des guadeloupéens nous éclaire aussi sur l’incurie des politiques publiques sanitaires menées depuis des décennies et dont la responsabilité incombe solidairement aux services de l’Etat et aux orientations politiques de nos élus. Faire avec enthousiasme, tout ce que l’on peut faire, avec ce que l’on a, dans un cadre bien définie selon un cap immuable : Voilà notre réalisme !

Derrière cette contestation, ne nous voilons pas la face, il y a aussi un désir de droit, d’émancipation, de respect. Ça serait jouer avec le feu que de vouloir s’y soustraire en omettant de traduire dans les faits cette demande populaire qui s’exprime fortement. Cette demande incarne la souveraineté en actes, elle ne peut être disqualifiée sous peine de fragiliser le pacte social déjà bien malmené.

Nos pays ont su se construire par-delà d’épouvantables épreuves. Nos peuples ont su dégager des valeurs de paix, de fraternité et de vivre ensemble de ces abîmes que constituèrent le génocide initial, la Traite et l’esclavage, la colonisation, et l’actuelle survivance de relents persistants. Une telle trajectoire autorise à penser qu’ils sauront se sortir de la barbarie d’aventuriers de la politique habités par des règles éculées de la domination coloniale, et de la fureur de leurs relais hantés par la peur de la perte de leurs privilèges. Il est temps que nos pays s’attellent à la construction avec la France d’un espace régulé par une gouvernance de partage, de justice, d’échanges équitables et respectueux.

Les luttes pour l’émancipation ou toujours été des tragédies, mais aussi des moments de régénération collective qui ont permis aux peuples de se projeter dans des espérances nouvelles. C’est le prix à payer pour que la volonté populaire triomphe, que l’indispensable hauteur se prenne, et que les misères du monde deviennent l’affaire de tous dans un monde qui relèverait de la responsabilité de tous !

Toute autre attitude ne saurait être que le masque bien-pensant de bavards impénitents.

Jeff Lafontaine