Jacob Desvarieux est parti… avec Kassav mais aussi avec le Zouk !

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Gilles Floro (1999), Jean Zenarre (2007) Patrick St Eloi (2010) Éric Brouta (2014) César Durcin (2016) et en ce mois de juillet 2021, c’est Jacob Desvarieux cofondateur de Kassav, et principal porte étendard du Zouk, music Made in Gwadloup qui tire sa révérence.

Ça commence vraiment à faire beaucoup de ces zoukeurs guadeloupéens, souvent excellents musiciens, auteurs- compositeurs-interprètes qui s’en vont mais sans laisser la moindre trace.

Quand je parle de trace, je vais plus loin que la simple discographie. C’est sûr, on écoute encore avec beaucoup de plaisir avec une émotion certaine et parfois même et de la nostalgie : St Eloi, Floro, Brouta, mais est-ce suffisant ?

Pourquoi Jacob Desvarieux qui a été 4O ans durant le leader historique de Kassav, n’a-t-il jamais pris (à notre connaissance) l’initiative de sanctuariser notre Zouk National ?

Pourquoi Jacob n’a-t-il pas publié un seul ouvrage méthodologique sur ce qu’est ce zouk, qu’il a tant aimé, tant défendu, tant porté sur toutes les scènes du monde ?

Pourquoi Jacob n’a-t-il pas contribué à créer une fondation du zouk, voire même une école du zouk ? Jacob s’en va et notre zouk est définitivement orphelin, i san papa San manman.

Du seul fait de ce manque d’une volonté affirmée et concrétisée de transmission, qui n’est en aucune manière excusable, Jacob et ceux de Kassav, ont créé et laissé un vide.

Aujourd’hui, cette musique dont les racines guadeloupéennes, ne sont pas discutables, appartient au monde entier mais pas à la Gwadloup.

On me dira que Jacob qui était “généreux” a aidé un nombre incalculable de jeunes musiciens, guadeloupéens, africains, ou afro caribéens, c’est vrai ; mais ce ne sont là que de collaborations souvent individuelles, qui ne marquent pas une volonté de faire de cette musique qui est notre, La nôtre.

Vu sous cet angle J. Desvarieux a raté quelque chose, car un musicien de son talent, de sa dimension, de sa créativité aurait pu être un excellent théoricien du zouk et sa soudaine et brutale disparition aurait été moins cruelle, pour notre musique. Cette possible école du zouk aurait – au cours de décennies à venir- permis à des jeunes guadeloupéens de continuer plus aisément dans la voie tracée depuis la fin des années 70 par les inventeurs de cette musique. Il est bien triste de constater qu’un jeune (musicien) guadeloupéen né à la fin des années 90, ne sait rien ou presque par ex du groupe “Zouk Machine”, qui a été comme Kassav une référence du Zouk au niveau international.

Mais – le “reproche ” (plutôt un constat) post mortem fait à Jacob Desvarieux, s’adresse aussi à nos politiques pour leur absence de vision de la dimension culturelle de notre pays. Car même si Jacob ou/et les autres illustres zoukeurs n’ont pas été pas en mesure de fournir au zouk, ces éléments structurants, n’est-ce pas aussi le rôle de ces politiques, de donner cette  impulsion permettant  au zouk de conserver sa guadeloupéanitude ?

Hélas, un autre pan de notre patrimoine musical est dans une situation quasi identique. Il s’agit de la biguine, là non plus rien n’est vraiment entrepris politco-culturellement pour préserver voire développer cette belle musique. Les quelques biguineurs vivants, Winnie Kaona, (interprète) Rony Théophile, (show man et interprète) Jean Max Mirval (musicien/auteur compositeur) et depuis peu Florence Naprix(interprète)  sont les ultimes défenseurs de la biguine. Comme pour le zouk, ils le sont mais à titre individuel.

Comme pour le zouk Il n’existe pas de “maison de la Biguine”. Le concours annuel de la biguine a depuis longtemps disparu. Tout comme le “Rêve antillais”, cette initiative prise jadis par Jacob pour faire émerger des jeunes zouk-talents, et rien n’est venu combler ces vides.

Mais tout n’est pas perdu, le Gwo ka, autre puissant héritage culturel et musical de nos ancêtres venus d’Afrique, semble un peu mieux loti. Ainsi, en dépit des polémiques, Le Gwo ka est entré au patrimoine immatériel de l’Unesco. Le monde entier sait que cette musique est 100/100 guadeloupéenne.

Il faut néanmoins souligner que cette sauvegarde du Gwo ka, est avant tout le fruit d’une démarche politico-culturelle originale. Ce sont en effet , les patriotes gwadloupéyens, qui se sont battus contre le système colonial, lequel dès l’origine avait tout mis en œuvre pour stigmatiser la ” banboula”, ancêtre du Gwo ka.Mais la résistance culturelle  misd en oeuvre par  peuple gwadloupéyen a triomphé d e l’acculturation ..

Ce sont aussi des musiciens-patriotes, tels que Gérard Lockel, Robert Oumaou, Georges Troupé, Christian Dahomay, qui ont milité, mais aussi et surtout produit des oeuvres tant musicales qu’écrites permettant d’équiper le Gwo ka au plan théorique. A ceux-là, il faut inclure tous ces Gwokatè qui continuent inlassablement à porter leur contribution à l’enseignement et à la transmission du Ka. Rudy René le président de la Fédération des groupes de Gwo Ka en est un bel exemple, mais pas le seul.

Ce n’est d’ailleurs pas non plus un hasard si le créateur du “festival de Gwoka” Felix Cotellon est lui aussi un patriote. Pendant plus de 3 décennies, il a fortement contribué à la sauvegarder de notre Gwo ka  C’est encore, ce même F. Cotellon qui crée (2006) le Centre “Repriz” dont “la vocation originelle, est la recherche la valorisation du patrimoine musical et dansé de l’archipel guadeloupéen. Et aussi un centre de formation et de conseil pour les professionnels et personnes encadrant des activités pédagogiques, artistiques”

Même si depuis quelque mois ” Repriz” semble ne plus être ce qu’il était, il n’empêche, que le Gwo ka est encore très dynamique, au plan de la transmission et de l’étude théorique, il se porte beaucoup mieux que le Zouk de l’après Jacob. Les écoles, les musiciens-formateurs, contribuent au quotidien à faire le job. Il faudrait sans doute davantage, une aide plus soutenue des « collectivités ». – une politique volontariste -, mais nos politiques sont encore loin de cette Gwo ka attitude. Mais ce qui a été fait et qui se fait pour le Gwo ka, démontre qu’on aurait pu agir pour préserver  le Zouk. Le décès de Jacob Desvarieux, oblige à s’interroger sur ce qui se passe pour le Zouk, mais il est vrai que le zouk, même  sil s’origine de  l’un des rythmes du ka, (Mendé) n’a pas cette dimension patrimoniale et de résistance culturelle qui a donné tout son « balan » au. Gwo Ka.

Dans une décennie au moins, comme pour tous les autres zoukeurs « partis », Jacob ne sera rien d’autre qu’un beau souvenir musical et surtout discographique. Le fameux « Conservatoire des musiques guadeloupéennes » projet qui ressort à chaque campagne électorale, est encore dans un nuage de fumée qui s’envole là-haut dans le ciel. A coup sûr, il rencontrera surement Jacob…

DZ

PS. Faut -il rappeler que la Maison du Zouk” se trouve…en Angola?