Guadeloupe. Médias. « Bwa Galba, un magazine spécialement dédié aux femmes ? »

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Pointe à Pitre. Dimanche 18 juillet 2021. CCN. Le magazine de société » Bwa Galba » (BG) diffusé par Guadeloupe 1ére réalisé par Dimitry Zandronis (Kontras prod) et présenté par Barbara Olivier Zandronis   a plutôt bien fonctionné et surtout a trouvé son public. Le succès de ce magazine tient d’abord au fait que BG a souvent traité de thématiques, bien en phase avec les problématiques actuelles de la société guadeloupéenne : Violences conjugales, le vivre ensemble, l’exode des jeunes, Bien être en temps de crise   etc… Et puis, il ne faut pas manquer de le dire, outre le fond, la forme, c’est à dire, les images souvent apaisantes, voire écologiques ont aussi beaucoup contribué à faire de BG un magazine de qualité. Sera-t-il reconduit la saison prochaine ?  CCN a interrogé le producteur et réalisateur.

CCN. Comment est né Bwa Galba ??

Dimitry Zandronis. Bwa Galba : est né de la volonté de la chaîne Guadeloupe La 1ère.  La direction nous a demandé de leur faire une proposition d’émission en créole et d’une durée de 26 minutes. Ils font un appel à candidatures en mettant en concurrence plusieurs projets. Au final ils ont décidé de garder deux offres l’une émanant de la société de production Vitamin C qui donnera « BOKANTAJ » et la nôtre « BWA GALBA ».

Par la suite, il nous a été demandé de réaliser 7 émissions ayant pour thème principal le carnaval. C’est comme cela que naît le magazine. Nous sommes mis à l’antenne le 7 janvier 2020 pour la première émission qui s’intitule « Mistik a mas ».

CCN. Quelle est la ligne   éditoriale de BG ?

DMZ. Si on se réfère à ce qui a été dit plus haut, notre ligne éditoriale se situe à ce niveau-là, donner du positif, traiter les sujets sous un angle bienveillant. Montrer aussi ce qu’il y a de beau dans notre pays, les gens, les actions, les associations, les entrepreneurs.

Il y a quelqu’un qui nous a posé la question dernièrement à savoir si nous faisions un magazine spécialement dédié aux femmes. (Rires). En fait non, mais il est vrai que beaucoup de femmes interviennent dans BG, c’est le fait du hasard vraiment. Mais peut-être que cela pose une vraie question sur notre société. La femme guadeloupéenne est-elle plus entrepreneuse ?

CCN. Quel était l’objectif ? Est-il atteint ?

DMZ. L’objectif de BG était d’aborder les thématiques sociétales et culturelles (pour le carnaval) sous l’angle de la bienveillance. Nous sommes conscients que nous vivons une période anxiogène et que la population est soumise à rude épreuve avec tout ce qui se passe dans le Monde et au pays. Chômage, délinquance, crise Covid, etc… Tous ces sujets sont traités au quotidien par les médias, et ne permettent pas à la population de prendre du recul, nous sommes soumis au diktat de l’actu chaude, des réseaux sociaux qui vont de plus en plus loin dans le sensationnel, la fake news etc… Nous voulions prendre un peu de hauteur, de distance, apporter une vision de la société différente. En fait tout est une question d’angle, comment on traite un sujet, par quel biais, ce qu’on veut en dire et surtout ce qu’il faut en retenir de positif. C’est ça la marque de fabrique, l’ADN de BG, la positivité. Nous ne sommes pas pour autant des béni-oui-oui, nous savons que le Monde est dur, sans pitié, qu’il y a peu de place pour les plus faibles. Mais doit-on pour autant leur asséner ce message à longueur de journée ? Nous ne le croyons pas.

Je prends un exemple, nous avons traité deux sujets forts, la violence faite aux femmes et le vivre ensemble. Pour les deux thématiques, nous avons cherché plutôt à faire ressortir les solutions que les problèmes. Nous refusons de voir le verre à moitié vide, c’est notre devise. Notre envie, c’est de nous dire qu’à la fin d’une émission que le public puisse se sentir bien, qu’il a passé un moment agréable, et qu’il puisse entrevoir les choses par un prisme différent. Nous le savons maintenant par les retours que nous avons que les gens aiment ce magazine et qu’ils peuvent souffler un peu. Est-ce que l’objectif est atteint ? Nous ne le savons pas, c’est le public qui doit y répondre, comme je le disais précédemment nous avons des retours, par la famille, les amis, les collègues, mais est-ce représentatif de la population ? Nous avons eu aussi à notre demande les chiffres Médiamétrie qui étaient plutôt bons. Ce sont des indicateurs, mais il reste encore beaucoup à faire et nous essayons de nous améliorer encore et encore.

CCN. Quels épisodes ont été les plus difficiles à réaliser ?

DMZ Les épisodes les plus difficiles à réaliser ont été ceux sur le carnaval, car nous devions tourner tous les dimanches. Les images que nous faisions devaient correspondre au carnaval 2020. Donc il fallait tourner et monter dans la foulée pour une diffusion le mardi d’après. Techniquement ce fut difficile et très éprouvant, car quand vous devez suivre un groupe comme Akiyo, ou Mas Ka Klé il faut de bons mollets. Le carnaval se fini tard, vers 21h et il faut mettre tout ça en machine le soir-même pour gagner du temps.

Après l’émission la plus délicate à faire a été celle sur les violences faites aux femmes car c’est un sujet lourd et qu’il ne faut pas traiter avec légèreté. Nous avions en plus une femme victime de violences qui avait témoigné, mais qui avait demandé à juste titre d’être dissimulée. C’était compliqué, et nous avions aussi voulu faire une mise en scène avec des comédiens qui reproduisaient cette violence (Ndy Thomas et Jade Antoine) en fiction. Elle était hyper compliquée à réaliser, mais on en garde un bon souvenir car nous voulions dire à ces femmes qu’il n’y avait pas de fatalité, et que malgré tout on pouvait sortir de cet enfer. J’espère que le message est bien passé en tout cas. L’épisode sur le vivre-ensemble aussi était particulier car nous savons tous qu’il y a un problème avec certains ressortissants qui sont mal vus par la population. Pour trouver des gens qui acceptent d’en parler ce fut très difficile, car le sujet est brûlant.

CCN. Quel pourra être le profil de la troisième saison ?

DMZ. La troisième saison, s’il y en a une, pour le moment nous n’en savons rien, sera dans l’esprit de la seconde saison avec des thématiques sociétales fortes. Nous avons envie de parler de nos jeunes, de leurs difficultés, mais aussi des séniors car notre Guadeloupe est vieillissante. Comment faire face à cette « déferlante » grise ? Qu’est-ce que la silver économie ? Les thématiques économiques nous intéressent aussi car nous vivons des mutations énormes dans le pays. On parle souvent d’autosuffisance alimentaire, de l’avenir de l’agriculture. Nous avons énormément d’envies, car le dernier numéro de la saison a été très commenté et les gens nous ont dit qu’ils se sont sentis bien après avoir regardé Bwa galba, mais c’est normal c’était sur le bien-être en temps de crise. (Rires)