Caraïbe. La Guadeloupe entre espoirs d’intégration et limites de la coopération

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Pointe-à-Pitre. Lundi 5 juin 2021. CCN. Les Guadeloupéens, Caribéens de facto, français et même européens de par la colonisation ! Tant d’identités présentes dans notre conscience collective, et pourtant notre caribéanité semble être un titre à arracher par le biais de formalismes. La voie de la coopération avec nos îles sœu de la Caraïbe,  paraît être la seule à nous rapprocher d’une potentielle intégration. L’analyse de Prisca Claude.

Cette année marque les 40 ans de l’Organisation des États de la Caraïbe Orientale (OECO), organisation régionale d’ampleur au sein de l’espace caribéen, et dans laquelle siègent en tant que membres associés, la Guadeloupe (2019) et la Martinique (2015) ;

Nous donnant ainsi accès aux projets coopératifs régionaux, en plus de ceux portés par l’Association des États de la Caraïbe (AEC), organisation régionale dans laquelle nous apparaissons aussi comme membres associés. Toutefois, notre présence au sein de ces organisations ne nous donne pas pour autant accès aux pratiques intégratives.

Car il ne faut pas l’oublier, la législation française nous exclut de toute forme de projets d’intégration régionale.

Notre identité française serait-elle incompatible avec notre identité caribéenne, ou son refoulement fait-il historiquement partie d’une politique d’assimilation ?

Nous sommes tenus à distance ne serait-ce que par la barrière de la langue, ou encore par les restrictions européennes qui nous empêchent d’échanger d’avantage nos produits locaux, ou encore de voyager « librement » dans la zone Caraïbe.

L’idée même de cette intégration, confrontée à la législation française en vigueur, constitue un frein à une volonté locale commune et prônée de plus en plus fort.

En effet elle serait le rapprochement dangereux des frontières de l’évolution statutaire (autonomie ; indépendance).

Parce qu’après 75 ans de départementalisation, 39 ans de décentralisation et 173 ans de néocolonialisme, les calculs ne sont pas bons dans un espace où il y a déjà au moins 40 ans de coopération et de tentatives d’intégration.

Et c’est à la vue de ces mauvais calculs que les revendications se sont faites plus fortes, et que des invitations à l’éveil d’une conscience et d’une identité collective ont émergé.

Avec les confinements on a observé un regain d’intérêt pour les questions culturelles et traditionnelles. Questions qui en soulèvent d’autres notamment relatives au statut, aux rapports coloniaux, ou simplement aux rapports avec nos voisins autant caribéens que nous guadeloupéens et martiniquais dits antillais.

Car que oui en termes de représentation, l’appellation qui revient le plus souvent et celle des « Antilles françaises ». Appellation qui a tendance à faire oublier cette identité caribéenne qui nous est pourtant propre.

On note en revanche une volonté des élus locaux en place, de venir altérer ce fait par le biais de quelques accords.

D’où notre présence dans les organisations régionales telles que l’OECO ou encore l’AEC qui semble vouloir réaffirmer cet aspect. Maintenant, l’adhésion à l’OECO sous l’impulsion du Président de la Région Guadeloupe Ary Chalus en 2019, a certes marqué un nouveau tournant pour le territoire, mais elle ne reste pas moins régie par des règles limitatives du pouvoir central.

Produit de la décentralisation, depuis 1982 les territoires français de la Caraïbe ont obtenu davantage d’autonomie. Près de 30 ans plus tard il semble qu’un autre statut soit envisagé, et une partie de la population a exprimé être de cet avis lors des élections régionales en Guadeloupe (liste « NOU » et « En Avant pour l’Alternative ») et cantonales en Martinique (élection de Serge Letchimy).

En tant que territoire français il nous est inenvisageable de prétendre à la participation d’un quelconque projet d’intégration.

Donc oui aujourd’hui la Martinique et la Guadeloupe ne sont pas intégrées à l’espace caribéen.

La présence d’élus, « pros » (à minima) coopération régionale, tels qu’Ary Chalus et Serge Letchimy (à la tête du Collectivité Territoriale de la Martinique) peut être observée avec un regard progressiste, toutefois les bras de fers avec le préfet respectif de chaque île demeurent.

D’ailleurs depuis le 1er Avril 2021, la deuxième étape de la réforme de l’Organisation Territoriale de l’Etat (OTE) est enclenchée. Les objectifs étant paradoxalement d’accorder plus d’autonomie de gestion aux collectivités territoriales pour –

« Permettre une meilleure mise en œuvre des politiques prioritaires du Gouvernement, en l’articulant mieux avec l’action des collectivités territoriales » ; (source : prefectures-regions.gouv.fr)

cela en donnant davantage de pouvoirs de gestion aux responsables des services déconcentrés … dont le préfet.

Ainsi de la même manière que la réforme territoriale se déroule en plusieurs étapes, on peut peut-être espérer une contre évolution progressive de la Loi d’Orientation pour l’Outre-Mer (LOOM) qui depuis 2016 a permis de simplifier la procédure en termes de coopération régionale avec nos voisins caribéens.

Nos Présidents de la Région Guadeloupe et de Collectivité Territoriale de la Martinique ont donc en ce sens jusqu’aux prochaines élections de 2028 pour avancer ne serait-ce que d’un pas.