Guadeloupe. Régionales 2021. ANG, Kaskod et Art de la séduction : la politique autrement

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Petit Bourg. Mardi 2 Juin 2021. CCN. Le 13 mai dernier au matin, se tenait au Jardin d’eau de Goyave, en présence des journalistes et de quelques invités – afin de respecter les jauges imposées par les textes – une conférence de presse organisée par Alyans Nasyonal Gwadloup ANG). Elle avait pour objectif de présenter les différents partis et groupes nationalistes du Konwa, qui constitueront la liste NOU menée Ronald Selbonne, dévoiler son Logo et son hymne de campagne aussi. Reportage.

Le 13 mai dernier au matin, se tenait au Jardin d’eau de Goyave, en présence des journalistes et de quelques invités – afin de respecter les jauges imposées par les textes – une conférence de presse organisée par l’Alyans Nasyonal Gwadloup. Elle avait pour objectif de présenter les différents partis nationalistes du Konwa, qui constitueront la liste NOU menée par la tête de liste Ronald Selbonne, dévoiler son Logo et son hymne de campagne aussi.

La séance démarre avec le chant patriotique guadeloupéen de Gérard Lockel « Lendépendans » repris en cœur par l’assemblée.

Puis très vite les interventions s’enchainent. Chacun peut expliquer son parcours de militant et la raison de son ralliement au convoi porter par le leader de l’ANG.

Que ce soit le sociologue Ary Broussillon ancien maire de Petit-Bourg et président du parti Agir en citoyen, ou Gaston Samut pour l’UPLG ou encore Jean-Jacob Bicep de l’Alliance pou Gwadloup, tous sont d’accord pour affirmer qu’il faut apprendre des erreurs du passé, que la société a changé et que le discours de l’Alyans Nasyonal Gwadloup (ANG) inspire car il rassemble au lieu de diviser.

Danielle Minatchy, Nou sé ANGSous la houlette de Luc Reinette l’un de ses fondateurs, avec d’autres comme Nathalie Minatchy, l’ANG est née en s’inscrivant dans plusieurs tentatives de création d’un front au cours des ans. Les divergences ont eu raison du mouvement qui se met en sommeil.

En 2019, la volonté de relancer le mouvement frémit. La Covid arrive et le mouvement prend la mesure de l’effet des décisions prises par le bureau régalien, sur la population. Il prend aussi conscience que de nouvelles générations sont prêtes à s’engager pour le même combat.

En juillet 2020 la charte de l’ANG est rédigée. L’organisation se définit comme nationaliste, composée de personnes qui veulent se battre, faire émerger et construire la nation guadeloupéenne.

Il n’y a aucune notion de couleur ou de race dans le combat politique mené par ce mouvement politique. Sont guadeloupéens tous ceux qui y vivent depuis suffisamment longtemps, pour se sentir habités dans leurs cœurs, dans leurs âmes par la Guadeloupe et toute sa « guadeloupéanité » archipélagique, par l’envie de servir la Guadeloupe et les guadeloupéens avant tout.

Et même si l’expression « Blan là » peut choquer certains se sentant visés par cette appellation qu’ils jugeront à connotation raciale, il n’en est rien ! Il est temps de dé-diaboliser le discours et le regard de l’autre, et sur l’autre. Cette terminologie n’est qu’un moyen de dénoncer vigoureusement un système politique colonial établi par la France qui ne servirait que les intérêts de la France sans se soucier véritablement du bien-fondé réel des peuples des Outre-mer. En y regardant de plus près, il est facile de constater que les revendications posées par l’ANG, ne sont pas différentes de celles que certains territoires français réclament et sont en droit d’obtenir … Du coup il y a lieu de s’interroger sur les réelles motivations qui pousseraient l’État français à les freiner, voir les refuser pour la Guadeloupe…

Les membres de l’ANG ne sont pas des professionnels de la politique ! L’Alyans Nasyonal Gwadloup est un groupe de personnes ayant une expertise, des compétences professionnelles et une détermination à faire valoir son « savoir-faire » sur le terrain et ce dans tous les domaines. D’où la création de Kadans – commissions – vous l’aurez compris.

Pour le leader de la liste NOU, voir la politique autrement s’est d’abord inviter la poésie dans le débat, s’éloigner des joutes verbales et des cancans, qui tirent le discours vers le bas. Pourquoi vouloir continuer à penser que la politique est une affaire de domination ? Un modèle où l’on veut croire que le pouvoir se prend en salissant l’autre ? Alors même que nous trouvons le traitement infligé par Israël à la Palestine condamnable, nous sommes prêts à faire la même chose à nos adversaires politiques pour les écraser …quelle contradiction !

N’est-il pas possible de discuter d’égal à égal et faire valoir ses arguments ? N’est-il pas autorisé d’imaginer que cela puisse être différent pour nous Peuple de Guadeloupe, et du modèle que l’on veut à tout prix nous inoculer ? N’est-ce pas aux politiques de montrer l’exemple ?

Le projet régional de l’ANG dans la liste NOU, s’inscrit dans un projet global de la civilisation. Qu’est-ce à dire ? « Bâtir une civilisation de la Parole et de la Responsabilisation ». TOUT MOUN SÉ MOUN un des slogans défendus par les membres de cette organisation avec véhémence.

La poésie, non pas pour encenser, mais pour séduire et donner envie à cette population en attente, à prendre part à la construction de son pays. « NOU KA KONSTWUI GWADLOUP »

Construire la Guadeloupe est une invitation au rêve qu’un jour ce pays, s’il accepte de se prendre en charge, puisse démontrer qu’il est possible de devenir une nation à part entière.

Une invitation à entrevoir les chemins du possible, différent de tous ceux qui ont pu être proposés jusqu’à maintenant, et qui ont démontré leurs failles et leurs faiblesses.

Une invitation à se voir citoyen guadeloupéen dans une Guadeloupe guadeloupéenne tenant compte de toute les composantes qui en font son unicité  et sa singularité,  avec tout ce qu’il y a de plus naturel par rapport à notre environnement, de plus concret et pragmatique par rapport à notre réalité du quotidien, de plus visionnaire par rapport à ce qui nous ressemble et que nous voulons pour le futur de nos enfants, capable de s’ouvrir sur le monde -et déjà en commençant par ceux qui sont à quelques minutes de chez nous – et dont les valeurs sont peut-être plus proches de nous .

Ronald Selbonne, tête de liste NOURonald Selbonne décline le projet politique de la liste NOU selon les 4 éléments que sont la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu, symboles universels présents dans toutes les civilisations.

Joli pied de nez à ceux qui croient encore que se prétendre nationaliste est un enfermement au monde !

La Terre : « On pèp san tè, sé on pèp lokatè ! » Les Guadeloupéens doivent sanctuariser la terre au risque de ne plus être propriétaire de leur territoire, et ne plus pouvoir en assurer la souveraineté alimentaire. Comme cela se fait dans certains départements français, la tête de liste de NOU préconise de mettre en place un Office Foncier Solidaire, géré par la Région, et lui permettant ainsi de louer pour la construction ou l’exploitation agricole.

L’eau : sujet crucial qui divise et agace sérieusement les consommateurs de ce pays Gwadloup ! Et ça peut se comprendre au 21ème siècle dans une île aux belles eaux.

La Région ayant pris part au nouveau syndicat de l’eau, aura son mot à dire. Modifier le principe de gouvernance en y associant les usagers qui doivent avoir une voix délibérante dans la nouvelle structure pour éviter les dérives du passé.  Pragmatisme est de rigueur ! Répondre immédiatement aux besoins pressants des guadeloupéens car ces solutions existent, puis inscrire aux budgets des collectivités la ligne investissement pour ne plus être pris de cours.  L’eau de mer c’est aussi l’une des ressources naturelles du pays Guadeloupe. Quand la sargasse s’invite au paysage, Ronald Selbonne propose de réfléchir à son intégration à haute valeur ajoutée dans l’économie du territoire. Recherche fondamentale et appliquée, fiscalité et emplois peuvent être au rendez- vous de cette nouvelle aventure.

L’air : en référence à la dimension écologique et à la préservation de notre Archipel que l’aménagement du territoire devra prendre en compte.

Le feu : élément de combustion qui anime le peuple guadeloupéen aujourd’hui, et qui se révèlera être le vecteur émancipateur d’un nouveau rapport qualitatif et ferme avec la France. Une main de fer dans un gant de velours !

Et si son programme s’appuie sur les 4 éléments, au centre il y a surtout l’Homme, atout majeur d’un développement économique social et solidaire. L’homme qui devra choisir entre « bonbans » et gestion contrôlée, sans pour cela interdire l’investissement nécessaire au développement du territoire. L’Homme, qui s’inscrit dans une transparence audacieuse, à l’instar de ce que les pays scandinaves ont réussi à instaurer depuis longtemps chez eux . Qu’est ce qui limite notre pays à être plus visionnaire que ne l’est la France pour nous et pour elle-même ? N’aurions-nous pas le droit d’être des précurseurs plutôt que des attentistes ?

Si en moins d’un an, ce mouvement a connu cet essor fulgurant, c’est qu’il a insufflé un souffle nouveau, un langage vrai et inattendu, au point de réveiller les consciences endormies.  Il a réussi a drainé avec lui une jeunesse militante, diplômée et formée, qui se reconnait à travers ce discours, et se sent écoutée…

L’ANG fait le choix d’une politique démocratique visant à permettre aux guadeloupéens de devenir maître chez eux. Cela passe par les urnes sans aucun doute, mais principalement par l’action qui devra être accomplie sur le terrain avec la volonté de tous.

Il est temps de s’autoriser à imaginer qu’il est possible de faire autrement tous ensemble, parce que nous en avons les moyens, les hommes et la connaissance. « Soyons obsédés par Nou même pour Nou même »disent-ils.

Ayant choisi les 4 éléments pour étayer son discours (que de nombreux alchimistes ont tenté d’assembler à des matières peu nobles pour en faire de l’or), Ronald Selbonne terminera ce jour-là par cette phrase que beaucoup se font un plaisir de relayer depuis « Saisissons-nous de NOU afin de transformer la boue coloniale en or de liberté? ».

Le programme de l’ANG sera dévoilé le 1er juin prochain comme l’ensemble des programmes portées par les différentes listes de ces élections régionales.

Nous verrons si le 21 juin au soir la liste NOU aura su séduire le peuple guadeloupéen, et l’engager à penser qu’un nouveau chemin des possibles s’ouvre à lui .

DV.