Volcanismes. 8 mai 1902 Montagne Pelée : La Guadeloupe n’est pas à l’abri d’une éruption magmatique !

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Baie-Mahault. Lundi 10 mai 2021. CCN. Il y a 119 ans jour pour jour, il se produisit une formidable explosion dans la Montagne Pelée qui projeta sur St Pierre en Martinique une nuée ardente, ou coulée pyroclastique, faite de cendres, de pierres et de gaz enflammés. Le choc et la chaleur furent tels que les 28.000 habitants de St Pierre, alors capitale de la Martinique trouvèrent la mort en quelques instants.

Dès le 5 mai pourtant une éruption avait provoqué la rupture du barrage naturel de l’Etang Sec situé dans le cratère du volcan, provoquant des lahars brulants (coulées de boues générées par les dépôts de cendres volcaniques), qui dévalant la vallée de la Rivière Blanche ont écrasé en passant l’usine sucrière Guérin et provoqué un raz de marée qui a inondé les quartiers bas de la ville. Des dizaines de victimes sont alors déplorées, ce qui poussa les paysans des environs, inquiets, à se réfugier en grand nombre à St Pierre pour pensaient-ils s’éloigner du volcan.

louis Mouttet gouverneur de la MartiniqueLe Gouverneur de l’époque, Louis MOUTTET, chargé par le Gouvernement français de tenir coûte que coute le deuxième tour des élections législatives le 11 mai 1802 (élections alors considérées comme vitales par le pouvoir en place..) se rend le 7 mai 1802 avec son épouse et quelques hauts fonctionnaires français à St Pierre où il appuie de son autorité un communiqué rassurant, rédigé par  la Commission scientifique constituée par lui-même une semaine plus tôt.

L’un des arguments qu’il avance c’est qu’en 1851, la Montagne Pelée était déjà entrée en éruption, comme en 1792, avec des conséquences mineures, résultant de simples coulées de lave canalisées par les vallées.

L’éruption de la Montagne Pelée de 1851 fut une éruption phréatique, suivie 51 ans après en 1902 par une éruption magmatique aux conséquences dramatiques..

FA soufrière de la GuadeloupeLa Soufrière de Guadeloupe est entrée en éruption en 1976, éruption phréatique qui dura plusieurs mois et provoqua l’évacuation de 76.000 d’entre nous vers les zones situées en dehors du périmètre rouge. Sans doute avait-on raison d’évacuer puisque nul ne sait pourquoi une éruption magmatique n’a pas eu lieu dans la foulée des éruptions phréatiques.

Nous sommes donc dans l’attente de la prochaine éruption magmatique, qui sans faire montre de catastrophisme se produira de façon inéluctable dans les prochaines années. Nous devons appréhender cette évidence avec sang-froid et intelligence, sans regarder ailleurs en prétextant que nous sommes en période électorale et que nous y penserons dans un an et demi ou deux après les Régionales, les Cantonales et après les élections présidentielles françaises de 2022.

Et puis diront certains, l’Etat a tout prévu, qui a réactivé le Plan ORSEC, depuis l’éruption de la Soufrière de St VINCENT le 9 avril 2021 et qui a suscité un bel élan de solidarité guadeloupéenne, mais qui n’a pas ému plus que cela sur notre propre vulnérabilité et fragilité face une probable éruption de notre Soufrière. De plus, contrairement a 1976, et selon le spécialiste Christian ANTENOR HABAZAC, nous serons prévenus plusieurs mois avant la prochaine éruption magmatique. Mais le Plan ORSEC organise tout simplement une évacuation rapide des populations et leur relogement de fortune dans les villes protégées du volcan..

Si nous ne voulons pas rebâtir la Guadeloupe sur des cendres, c’est maintenant qu’il nous repenser en termes politiques et stratégiques l’aménagement du territoire et agir.

Et même si les volcans ne sont pas reliés entre eux (chacun ayant  sous lui sa propre zone de stockage du magma..), nous devons avoir une lecture attentive de leur histoire : en 1902, plus exactement le 30 mars, la Soufrière de St VINCENT a connu une éruption magmatique avec nuées ardentes, tuant de milliers de personnes, tout comme la Montagne Pelée 2 mois plus tard en mai.

Montserrat notre proche voisine a perdu lors des deux éruptions volcaniques de 1995 et Montsierra eruption 19971997 plus la moitié de sa surface habitable et les deux-tiers de sa population qui est passée de 12.500 à 5000 habitants aujourd’hui. La crise du volcan Soufrière Hills a séparé durablement des familles entières et généré sept mille cinq cents réfugiés climatiques éparpillés entre l’Angleterre, les USA et Barbade. Une nouvelle Capitale est aujourd’hui en construction  (Brades), après la disparition sous les cendres de Plymouth, ainsi qu’un nouvel aéroport remplaçant Bramble Airport.

Les mêmes causes (volcans gris et explosifs nés de la subduction) provoquant les mêmes effets : L’éruption de la Montagne Pelée a généré le transfert des populations des villes du Prêcheur et du Carbet, proches de St Pierre, vers Schœlcher et plus précisément Fond Lahaye, territoire acheté à un propriétaire privé par la Colonie pour y fonder une nouvelle agglomération. Par contre nombre de Martiniquais victimes de la Pelée vont être encouragés et aidés pour s’installer en Guyane, devenant ainsi des exilés climatiques.

Soufriere Saint Vincent éruption 2021Saint-Vincent, tout juste un mois après l’entrée en éruption de La Soufrière est encore dans la gestion de la crise, après le transfert de 20.000 personnes du nord vers le sud du Pays. Chacun s’accorde à reconnaitre que le Premier Ministre Ralph GONSALVES a bien géré la crise pour l‘avoir anticipée. ‘’Nous savions que cela allait arriver, et nous nous sommes préparés en conséquence’’ a-t’il déclaré au lendemain de la catastrophe. La majorité des déplacés refusant de quitter leur pays pour ne pas devenir des citoyens sans terre, sans maison et sans travail, sans doute le moment venu le Gouvernent de St Vincent devra envisager la construction d’une Nouvelle Ville, comme l’ont fait les Autorités de Montserrat et de Martinique à l’époque.

Je plaide depuis 40 ans pour que nous puissions fonder une Nouvelle Ville (Sans doute la Nouvelle Ville d’Anse-Bertrand, cohabitant avec l‘actuelle sur l’autre façade maritime), rejoint en cela par de nombreux guadeloupéens qui pensent que la réponse à nombre de nos problématiques (volcanisme et réchauffement climatique, entre autres) se trouve en Guadeloupe même et c’est la notre chance que n’ont pas la plupart de nos voisins de la Caraïbe. Une Association pour une Nouvelle Ville écologique a même été créée avec en son sein toutes les compétences requises. Le projet se heurte non pas à une opposition déclarée, mais larvée de certains responsables politiques au cerveau ‘’fossilisé’’ qui sont effrayés par l’audace d’une perspective qui perturbe et bouscule leur paradigme.

J’ai compris depuis une chose fondamentale, c’est que l’aménagement d’un territoire en amont et en aval d’un sinistre majeur, relève  d’un combat politique, d’une volonté politique et d’un acte politique..

C’est la raison pour laquelle, l’organisation politique à laquelle j’appartiens, FOS POU KONSTWI NASYON GWADLOUP (FKNG), travaille depuis quelques temps à une présentation nouvelle du Projet en direction des jeunes et de l’opinion guadeloupéenne qui devront le faire leur et amener ensuite les responsables politiques à s’engager sur un sujet essentiel, voire vital dont dépend la sécurité et l’avenir des guadeloupéens.

Notre devoir est de bâtir ensemble une Réponse domiciliée en Guadeloupe même, réponse qui ne peut être mise en place qu’en amont d’une catastrophe annoncée.

Non, ce 8 mai 2021, nous ne sommes pas spécialement préoccupés par l’anniversaire de la victoire des Alliés occidentaux sur l’Allemagne nazie, mais par l’avenir et le cadre de vie de centaines de milliers de guadeloupéens confrontés aux défis constitués par un volcanisme actif, un Big One sismique redouté pouvant générer un tsunami et une montée des eaux inéluctable..

Nous restons néanmoins  optimistes, confiants dans la capacité des hommes, dans notre capacité de surmonter tous les défis et d’anticiper les évènements, dès lors que nous en ayons la volonté..

Le 12 janvier 2010, un séisme de magnitude 7.2 frappa Haïti et provoqua la mort de 250.000 personnes. Le Président René PREVAL se retrouva assis à même le sol et hébété devant les ruines de sa maison effondrée, incapable de prononcer un mot et encore moins d’organiser les secours. Quelques mois auparavant l’un des rares géophysiciens haïtiens lui avait recommandé de sensibiliser la population aux risques sismiques, lui rappelant que les 18 octobre  1751 et 3 juin 1770 Port au Prince avait été détruite par un tremblement de terre. Il refusa net de le faire, craignant selon ses dires de semer la panique dans la population : il fut le plus paniqué de tous et sans aucun doute est-il responsable d’une partie de l’hécatombe.

Luc REINETTE